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Une vie équilibrée passe par l’entreprise, par Pierre Denier

Anne-Laure Raffestin, le 17 octobre 2011

logo débatDans le cadre de notre débat du mois sur l’équilibre vie pro/vie perso, nous recevons aujourd’hui Pierre Denier, que vous pouvez retrouver sur Haut les Coeurs !!!, un blog rempli de conseils pratiques pour réussir sa candidature. Bonne lecture !

Pierre DenierPierre Denier, 40 ans, est fondateur de HLC.France – accompagnement des demandeurs d’emploi, conseils, conférences et animation du blog  » Haut Les Coeurs !!! « . Il est également Directeur des Ventes Internationales chez Lippi Fencing Solutions – spécialisé dans le déploiement international de stratégie commerciale et de conquête de marchés, animateur de réseaux et d’équipes multiculturelles.

Le thème de l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle a été abordé par bon nombre de coaches, conseillers, experts et reste pourtant cruellement d’actualité. Regardez l’impressionnante série de livres et manuels couvrant les étagères de nos libraires, un sujet récurrent, comme si, finalement, aucune solution n’apportait la garantie de trouver ce fameux point imaginaire construit de façon temporaire dans une existence en mouvement, instable et souvent imprévisible…

La quête d’un équilibre entre vie personnelle et vie personnelle ou familiale n’a pourtant rien d’imaginaire, n’avez-vous jamais éprouvé cette lassitude ou frustration de devoir mettre de côté une partie de vos objectifs pour vous consacrer physiquement ou intellectuellement (les deux aussi) à une situation plutôt contrainte que réellement souhaitée ? Si bien sûr…

Souvent est opposée à la vie professionnelle, la vie personnelle, comme si ces deux éléments, distingués, n’avaient rien à voir entre eux. Une chose les relie pourtant : le mot « vie ». Finalement, la question ne concerne pas la façon dont vont s’harmoniser ou se confronter les différents moments de nos existences, mais bien davantage sur ce que l’on veut faire de sa vie. Comment vais-je trouver un équilibre entre ce que je veux faire et ce que l’on m’impose de faire ? A quel moment aurai-je le sentiment d’avoir trouvé cet équilibre ? Un équilibre dans ma vie : pour quoi faire ? Vaste sujet, non ? En tout cas, merci à Regionsjob de lancer le débat.

La notion d’équilibre est personnelle, elle dépend de toute sorte d’éléments, de ce que l’on est, de ce que l’on veut, de ce qui nous entoure. Elle est alors relative et chacun se détermine, de façon diffuse et changeante, selon les périodes de sa vie, en plaçant le  » curseur  » du point d’équilibre au gré de sa sensibilité. A quoi sert l’équilibre ? A ne pas tomber me répondrez vous… Bonne réponse, évidemment, il permet de garder le contrôle de ses choix, de ses actes pour ne pas subir, mais aussi, et c’est souvent le cas, pour survivre, du moins pour ne pas  » tomber « . Trouver l’équilibre de l’instant n’est pas une lubie  » new age « , à la mode, c’est un besoin fondamental, celui qui nous met en condition de mener une existence voulue, davantage que subie. Ce besoin répond à nos aspirations les plus profondes et ne constitue en aucun cas un luxe, puisqu’il est vital. Si je n’ai pas d’équilibre dans ma vie, je tombe. « La tendance la plus profonde de toute activité humaine est la marche vers l’équilibre » (Jean Piaget).

La quête de cet équilibre ressemble effectivement à une marche. Chaque pas rétablit l’équilibre, empêche de chuter et permet d’avancer vers le but que l’on s’est fixé. Nous corrigeons constamment notre posture en fonction des obstacles, de l’environnement, un peu comme l’on adapte aussi bien que possible nos emplois du temps selon nos obligations, devoirs et aspirations, tout ce qui ponctue nos existences. Cette correction, constante, est contraire à l’immobilisme. Si je sens que je tombe, alors une décision, un mouvement m’empêcheront de chuter – pourvu que je sois en mesure d’agir.
équilibre vie privée vie perso
Cependant, ce n’est pas parce que l’on évite de tomber que l’on ressent la plénitude de l’équilibre… N’est-ce pas ? Le mouvement, l’action sont nécessaires, certes. Ils dépendent tous deux de notre capacité à réagir et à décider, cette capacité découlant largement de contraintes extérieures, dont celles de la vie professionnelle. Je m’attache à défendre, en toute occasion, l’entreprise dont les systèmes libèrent le collaborateur, estimant qu’il est de l’intérêt et du devoir de celle ci de veiller à sa pérennité et sa prospérité en construisant avec l’ensemble de ses employés une démarche épanouissante de développement, si possible durable. Les pressions des clients, des parties prenantes nous entraveront toujours à un moment ou un autre, écartant d’autant plus le sentiment d’équilibre entre sa vie perso et sa vie pro. Partant du constat qu’un équilibre de vie sera continuellement remis en cause par les contraintes extérieures, notamment celles de l’entreprise, je ne crois pas aux recettes individuelles d’un jour et pense que les solutions appartiennent aux entreprises et à ceux qui les constituent… nous tous. La finalité d’une entreprise est de pérenniser son activité et de la faire prospérer en mettant en commun l’ensemble des compétences humaines qui la compose au service d’un même objectif. La pression exercée sur cette dernière provient des clients ou de l’actionnariat, influençant considérablement nos existences, professionnelles d’abord puis personnelles. Les modèles d’entreprise se concentrant autour de leurs employés, les plaçant délibérément dans les conditions optimales d’auto responsabilisation et de créativité, inversant les schémas classiques de hiérarchie pourraient constituer un pilier, un repère sur lequel chaque individu s’appuiera pour construire son équilibre et répondre à ses aspirations. Naïveté ? Non, simple constat d’échec des systèmes classiques existants, ne laissant aucune chance à qui que ce soit de trouver une harmonie personnelle dans un processus souvent déshumanisé, contraint et pressé par les exigences extérieures.

Placer l’individu au coeur des objectifs de l’entreprise, c’est se concentrer autour d’une finalité de développement et non d’investissement, c’est surtout donner à chacun la capacité d’apporter et de contribuer à la création de valeur en libérant des contraintes les plus chronophages et anxiogènes. Quelques exemples parmi tant d’autres : apprendre à rendre des comptes à ceux qui créent de la valeur (et non plus l’inverse), réinstaurer la confiance par l’exemplarité et la bienveillance mais aussi, et plus simplement, éviter d’organiser une réunion tard le soir, s’interdire de remettre un dossier important à l’un de ses collaborateurs juste avant de quitter le travail, répercuter les efforts commerciaux sur les productivités ou rendements de production… la liste est encore longue ! Je vous rassure, je ne suis pas dans le fantasme, quelques entreprises dont celle (pme industrielle) pour laquelle je travaille met en place un tel système de management.

Vous l’avez compris, je doute fortement de notre capacité individuelle à trouver un jour, et de façon durable, notre équilibre de vie sans remettre en cause les systèmes classiques et actuels de management. Bien entendu, sur le papier, nous avons toutes les cartes en main pour décider nous-mêmes de nos destins, et assumer nos choix, ceci dit, il serait exagéré de penser qu’une simple décision de choix de vie permettra à une femme élevant seule ses enfants de trouver rapidement un sentiment d’équilibre dans son quotidien… pour se consacrer à ses propres objectifs, quels qu’ils soient.

J’évoquais plus haut le rôle de l’entreprise et de ses acteurs dans la transformation du système de management en un modèle libératoire. Nous sommes tous responsables de cette mouvance, seuls protagonistes, nous avons les moyens, collectivement d’oeuvrer en ce sens. Se prendre en main, seul pour trouver son équilibre me semble vain. En revanche, déterminer ensemble, au sein de l’entreprise, quels seront les chemins à suivre pour créer de la valeur, participer au développement, mais aussi mettre en place les conditions d’expression, de liberté et d’auto responsabilisation contribuerait, de mon point de vue, à construire durablement ce sentiment d’équilibre tant convoité individuellement. Changer de paradigme, ne pas subir l’entreprise mais au contraire s’appuyer sur la valeur collective pour trouver durablement sa place, au service de son développement économique mais également au service de son épanouissement. Rien n’est simple j’en conviens, mais pourtant, il nous faudra bien passer par là pour arrêter de courir vainement après l’impossible sentiment.

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