Le média des professionnels du digital
Le média des professionnels du digital
Fermer

Mutation des organisations : les enjeux de la transformation digitale selon Gilles Babinet

Juliette Pignol, le 8 décembre 2016

À l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, La Transformation Digitale : Enjeux et Mutations, Gilles Babinet a partagé avec nous ses recherches sur les mutations du monde de l’entreprise face au numérique.

Digital Champion à la Commission Européenne

Il est 19 heures à Paris lorsque nous arrivons dans les locaux de onepoint, une société spécialisée en transformation numérique depuis une quinzaine d’année. David Layani, son fondateur y reçoit Gilles Babinet à l’occasion de la sortie  de son troisième livre La Transformation Digitale : Enjeux et Mutations. Pour introduire son hôte, il le décrit comme un « passeur du monde d’aujourd’hui et de demain ». Et comment être plus juste lorsque l’on évoque cet essayiste du numérique, créateur de start-up multi-recidiviste et Digital Champion de la France à la Commission Européenne.

Un livre dans l’ère du temps

C’est après avoir eu quelques propos angulaires envers la CNIL en 2013 que Gilles Babinet s’était employé à écrire son livre concernant l’impact du big data sur l’Homme. Cette fois-ci, c’est sans road map et sans pression aucune qu’il a tenté de comprendre ce qu’était la transformation digitale. Et pour se faire, il s’est contenté d’être « à l’écoute du monde qui l’entoure et en interviewant 120 start-ups ». Malgré la maturité de la transformation digitale dans les pays anglo-saxons, le sujet n’a été que très peu traité et c’est pourquoi l’auteur explique avoir pris un goût particulier à faire ses recherches.

La prédiction de Gordon Moore

Pour mieux comprendre dans quel monde nous évoluons, Gilles Babinet revient sur la prédiction de Gordon Moore, l’un des trois fondateurs d’Intel. En 1965, il avait compris que de la puissance des ordinateurs ne cesserait de croître à une vitesse exponentielle :

« La complexité des semi-conducteurs proposés en entrée de gamme va doubler tous les ans ».

Et cette prédiction n’a cessé d’être prouvée à travers les décennies : en 1990, nous entrions dans l’ère de la micro informatique, en 2000, la micro informatique s’invitait dans tous nos foyers. En 2010, la puissance des calculs qui composent un smartphone équivaut à la totalité des données des ordinateurs des années 90 aux USA. Aujourd’hui, on en est à un point où on a réussi à créer et à vendre un smartphone en Inde à ….3,30 euros. D’ici 2025, on devrait compter pas moins de 2 milliards d’utilisateurs connectés.

Le Freedom 251

L’Afrique, nouvel acteur du marché

Passionné par l’Afrique, Gilles Babinet est très attentif à la croissance du continent et ses mutations. Il explique que les pays qui connaissent la meilleure croissance ces dernières années sont les non-minéraliés (c’est-à-dire ceux qui ne vendent pas de matières premières). Sinon, le reste du continent connait un appauvrissement majeur à hauteur de 37%. La raison : l’absence de télécommunication. C’est là qu’il y a un réel enjeu pour les investisseurs et les entrepreneurs. Il note néanmoins l’arrivée massive des smartphones dont certaines applications répondent à des problématiques spécifiques à l’Afrique par exemple faciliter le transfert d’argent d’une région à l’autre ou s’informer sur les risques de santé. D’ici 2025, le PIB par habitant africain devrait suivre la croissance du marché des smartphones.

« Les barrières d’hier sont les opportunités d’aujourd’hui »

Vu comme le chat noir hier, le partage de données est aujourd’hui plus qu’une nécessité, c’est une question de survie pour les entreprises. Il explique que celles qui sont capables d’engranger des données, mais surtout de les étudier sont celles qui sont les plus mâtures en termes de transformation digitale. Gilles Babinet illustre ce « détournement des données » au profit des marques à travers un exemple parlant : il y a quelques années, une université américaine a été chargée de délester un hypermarché de ses 4 petaoctets de données venant de ses cameras de surveillance. Au lieu de s’en débarrasser, les étudiants ont analysé ces données et ont ensuite été capables de faire le lien entre la marque de voitures des entrants au supermarché avec leur consommation et de leurs enseignes favorites. Avec de telles informations, il est ensuite un jeu d’enfant de les vendre à des annonceurs pour faire de la publicité ciblée. Aujourd’hui cette technique est employée par toutes les plateformes qui sont capables de le faire, et surtout qui en ont les moyens.

Le cerveau des jeunes en pleine mutation

« Passez un jeune au scanner et vous verrez qu’il n’a pas le même cerveau qu’avant » déclare Gilles Babinet.

Si cette affirmation est un peu terrifiante, elle tient pourtant la route. L’essayiste nous explique qu’un Millennials (ou jeunes issus de la génération Y) a moins de mémoire qu’un jeune des années 70 par exemple, mais qu’il aura plus de mémoire de localisation et de synchronisation sociale. Il prend l’exemple du jeu vidéo World Of Warcraft, si addictif que certains instituteurs l’ont tenu responsable de nombreux redoublements de niveau. Si la totalité des adultes d’aujourd’hui se ferait « bananer illico » (pour reprendre les termes de Gilles Babinet), les jeunes Millennials, quant à, eux sont capables de fédérer des gens qu’ils ne connaissent pas et qu’ils ne verront probablement jamais autour d’un objectif commun.

Nous sommes donc très loin des préceptes classiques post-révolution industrielle comme le Taylorisme, de Fayol et son système administratif ou de Max Weber pour la bureaucratie. Aujourd’hui, le succès n’est plus voué aux règles établies et la hiérarchie n’a plus lieu d’être. Exactement comme dans les entreprises de la Silicon Valley.

« Mais les Chinois sont en train de surpasser les Américains »

Ces entreprises américaines billionaires, qualifiées également de « barbares » du marché par Gilles Babinet, ont tout de même du souci à se faire. En termes d’entrepreneuriat digital, les Chinois sont entrain de dépasser les US et devraient, d’ici 2017 les surpasser. Quelques chiffres :

  • Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) valent 1740 milliards de dollars en 23 ans d’existence.
  • Les NATU (Netflix, Airbnb, Tesla et Uber) en sont à 140 milliards de dollars en 14 ans.
  • Les BATX chinois (Baidu, Alibaba,Tencent, Xiaomi), 460 milliards de dollars en 14 ans.

 

Voir l’entreprise comme une plateforme

La recette qui marche pour réussir la transformation digitale d’une entreprise ? C’est de mettre fin à la hiérarchie horizontale,à prioriser la transparence d’entreprise et d’adopter la méthode agile (mettre le client au cœur de son business et avancer étape par étape dans des laps de temps définis que l’on appelle des « projets »).

« Il faut abolir les silos des organisations pyramidales qui bloquejnt les talents et la croissance d’une entreprise. Cette aplatissement de l’entreprise offre beaucoup plus d’autonomie à ses salariés, plus de fonctions support et de gestion de projets » explique Gilles Babinet.

L’exemple parfait est Facebook, où 3000 employés travaillent tous ensemble dans un immense open space. Mark Zuckerberg lui même n’a pas son propre bureau et se déplacerait de poste en poste en fonction du projet sur lequel il avance. Gilles Babinet encourage toutes les entreprises à bouleverser leur culture d’entreprise : du management à l’organisation totale de leur structure, afin de gagner en efficacité. De ce fait, il explique que toutes les start-ups digitales qu’il a pu approché n’ont plus besoin de faire d’études de marché lors du lancement d’un nouveau produit puisqu’ils ont déjà priorisé le consommateur, et que la data recueillie leur permettait toutes les segmentations et informations nécessaires.

Les talents au cœur de la réussite

Même si tout passe par le numérique, on ne fait rien sans les hommes.

« Le plus important c’est de savoir repérer les talents » assure Gilles Babinet.

Si la majorité des Prix Nobel viennent de Normale Sup, il n’en est pas de même pour les entrepreneurs. En effet, aujourd’hui, vous pouvez venir de tout horizon et avoir LA bonne idée. Que vous sortiez d’une grande école, ou non. Pour Gilles Babinet c’est l’enjeu majeur des responsables des ressources humaines : il faut casser les barrières, forcer les a priori au profit du « disruptive thinking » (le pensé autrement) afin de faire bouger les choses, de faire avancer le monde.

Recevez nos meilleurs articles

En vous abonnant, vous acceptez les CGU

Commentaires
  1. Eric LEGER dit :

    @uliette Pignol.
    Je rejoins globalement l’analyse de Gilles Babinet, particulièrement au regard de la partie relative aux « talents au coeur de la réussite ».
    Des talents qui sont, plus largement, leur Richesse Humaine, tout particulièrement dans des secteurs « a priori » fortement concurrencés, comme celui de la bancassurance.
    A priori car, au-delà de l’impact du numérique et de la robotique, le client souhaite rester maître de ses choix.
    Des choix qui viennent renforcer le besoin de proximité physique. Le numérique n’ayant comme principale « mission » que de simplifier, accélérer des tâches / besoin de 1er niveau !
    Les « institutions » doivent donc comprendre ce principe de base et solidifier l’expertise, le maintien en connaissance de ses salariés pour espérer évoluer dans un monde en perpétuelle révolution disruptive !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *