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Quand les fondateurs d’une start-up utilisent l’argent levé à des fins – très – personnelles

Thomas Coëffé, le 9 août 2016

En 2013, un projet a beaucoup fait parler sur Indiegogo : le casque connecté Skully AR-1. Au départ, c’est l’histoire d’un motard, victime d’un accident car il avait quitté la route des yeux pour déchiffrer un panneau de signalisation. Il pense alors qu’il serait bon de visualiser les informations utiles au conducteur directement sur la visière du casque, et imagine alors un casque de moto connecté, sur le même principe que les Google Glass. Il présente son projet sur Indiegogo avec l’espoir de réunir 250 000 dollars. L’objectif est pulvérisé : la start-up Skully lève près de 2,5 millions sur Indiegogo, et d’autres investisseurs viennent porter cette somme à 14 millions de dollars. On pouvait alors légitimement espérer le développement puis la commercialisation du casque connecté… mais au début du mois d’août, la firme a annoncé qu’elle « cessait ses opérations ». L’argent a visiblement été utilisé trop vite, et The Next Web révèle qu’il n’a sans doute pas été utilisé à bon escient…

skully

Des billets d’avion aux voitures de luxe, en passant par les « dépenses dans des clubs de strip-tease »

Une ancienne employée de la start-up, Isabelle Faithhaueur, a décidé de porter plainte contre les fondateurs de Skully. Elles les accusent d’avoir profité de l’argent levé pour mener la belle vie. Le document, enregistré par la Cour Suprême de Californie, est accablant. Outre des différends communs (heures supplémentaires non payées, pauses non respectées, différences salariales non-justifiées, décisions non-équitables…), la plaignante explique qu’elle était contrainte, depuis mai 2014, de fausser la comptabilité de l’entreprise pour que les dépenses personnelles des fondateurs avec les comptes de Skully passent inaperçues. On peut notamment citer :

  • Les courses alimentaires et tous les repas au restaurant.
  • La location de plusieurs appartements et l’équipement de ces derniers.
  • Les déplacements personnels en avion : l’ancienne employée raconte que les fondateurs ont acheté un billet d’avion pour les Bermudes, et qu’ils ont pris un second vol pour Hawaï le lendemain car les Bermudes ne leur convenaient pas.
  • La location de voitures de luxe (Lamborghini…).
  • Tous les achats high-tech, de l’iPhone à la GoPro en passant par la TV.
  • Un versement de 80 000 dollars à un ancien co-fondateur, transformé en « remboursement de frais professionnel en Chine » pour ne pas attirer les soupçons.
  • Divers pots-de-vin à des journalistes.
  • Les frais d’avocat liée à une contravention reçue en Audi R8 – une voiture de luxe achetée par l’entreprise.
  • L’achat de deux motos personnelles, achetées et assurées par l’entreprise.
  • L’achat d’une Dodge Viper pour le compte de l’un des associés. On apprend qu’il a eu un accident, et qu’une seconde Dodge Viper a été achetée par l’entreprise.
  • Un tour du monde, dont certaines dépenses ont été prises en charge par Skully (location de limousines, dépenses dans des strip-teases, achat d’œuvres d’art…).

La plaignante décrit également plusieurs scènes de harcèlement moral, où son fils autiste est comparé à un chien qu’on peut tenir en laisse. Elle a été rétrogradée, puis licenciée en décembre 2015. On lui a proposé une forte indemnité pour son départ, en échange de son silence sur les pratiques illégales des fondateurs. Elle a refusé. Elle a trouvé un nouvel emploi, mais a rapidement été licenciée suite à l’appel téléphonique d’un des cofondateurs de l’entreprise Skully au nouvel employeur de la plaignante.

Pour le moment, les fondateurs n’ont pas répondu officiellement à leur ancienne employée. Ils ont simplement indiqué à The Next Web qu’ils travaillaient « dans un contexte complexe, liée à la forte croissance d’une start-up ». À cause de « ce contexte complexe », les personnes ayant investi dans Skully ont perdu leur argent, ils ne recevront jamais de casque connecté. Et 50 personnes ont été licenciées.

Quelle responsabilité pour les plateformes de crowdfunding comme Indiegogo ?

Les plateformes pour lever des fonds se dégagent de toute responsabilité : Indiegogo explique notamment, sur ses pages d’aide, que les créateurs sont les seuls responsables de leurs projets : « Like anyone getting in on an early-stage project, you accept the risk that the project may experiences changes, delays, unforeseen challenges, and it’s possible that a project you fund might not come to fruition. We leave it up to you to make your own judgment about a campaign’s merits before making a contribution ». Le site indique également qu’il n’est peut être tenu pour responsable en cas de non-livraison du produit escompté : « Indiegogo is unable to guarantee that projects will succeed or that perks will be delivered or deemed satisfactory ». Si la responsabilité des fondateurs de Skully est confirmée par la justice, espérons pour les contributeurs que leur argent leur soit rétribué. Ils s’expriment via les commentaires du projet, et sont assez remontés contre la plateforme et les fondateurs de l’entreprise Skully. Mais quelle que soit la finalité du procès et les démarches des contributeurs, cela risque de prendre – beaucoup – de temps.

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Commentaires
  1. seb dit :

    en 2003 ?

  2. German BRUNO dit :

    Bonjour, plutôt 2013 non ?

  3. Effectivement, merci 🙂

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