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Interview : SensCritique, le réseau social du bouche à oreille culturel

Hugo Clery, le 1 juillet 2013

SensCritique est un réseau social culturel ouvert au public en 2011. Fondé par des anciens de Gamekult, le site connait depuis un succès grandissant et propose régulièrement des nouveautés. Clairement positionné pour favoriser le bouche à oreille culturel, SensCritique évolue avec son temps. Nous nous sommes entretenus avec l’un des fondateurs, Clément Apap, qui nous parle de la genèse du projet, de son ambition ainsi que des perspectives de SensCritique.

Les fondateurs (de gauche à droite) : Guillaume Boutin, Kevin Kuipers et Clément Apap.

Pouvez-vous commencer par nous présenter SensCritique, son but, son esprit ?

SensCritique est un service gratuit qui permet de découvrir des films, des séries, des livres, des BD, des jeux vidéo et de la musique. C’est un site social dont la vocation est d’organiser et de démultiplier la puissance du bouche à oreille culturel.

Par exemple je peux noter les films que j’ai vu, faire une liste de ceux que j’ai envie de voir mais aussi, d’un coup d’œil, voir ceux que mes amis ont aimé. Et au-delà de mon cercle d’amis, je peux découvrir ce qui fait le buzz en ce moment ou parcourir les multiples listes et Tops créés par les autres internautes.


Après avoir vendu Gamekult avec vos collaborateurs, vous avez fondé SensCritique. Comment êtes-vous passé de l’univers du journalisme vidéoludique à un réseau social culturel comme SensCritique ? Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

Nous faisons partie de ces entrepreneurs qui créent le service qu’ils aimeraient utiliser mais qui n’existe pas. Nous sommes en fait la propre cible des sites que nous créons. C’était le cas pour Gamekult à la fin de l’an 2000 : adeptes de jeux vidéo, nous ne nous retrouvions pas dans l’offre web de l’époque, qui ne répondait pas à nos attentes et/ou nos exigences.

C’est la même logique qui nous a conduit a créer SensCritique. L’offre classique, à sens unique, ne pouvait plus seule nous convenir. Le numérique a bouleversé la donne et l’offre devenait de plus en plus pléthorique. En parallèle, la puissance sociale du web s’imposait. Partant du constat que le bouche à oreilles a toujours été le meilleur vecteur de partage culturel, nous avons imaginé SensCritique comme un service qui puisse organiser tout cela pour permettre une découverte culturelle pertinente et démultipliée.

Aujourd’hui, l’accès à la culture est facilité par Internet (et des canaux plus ou moins officieux), était-ce nécessaire pour que SensCritique prenne son envol ? Un tel site est-il justement nécessaire pour faire le tri dans cette offre devenue pléthorique ?

L’accès à la culture a en effet drastiquement changé. Lorsqu’on était ado, il y avait 6 chaînes de TV. La musique ne s’écoutait pas à volonté sur Deezer et Spotify. Les séries US se limitaient à celles qui passaient sur la 5 ou, pour les plus chanceux, Canal Jimmy. La simple popularité de notre Guide TV nous a fait comprendre à quel point les gens ne savent même plus de ce qui passe à la TV et son offre pléthorique.

Ce qui est intéressant, c’est qu’au-delà de la masse quantitative, les univers culturels se diversifient. Par exemple dans le jeu vidéo, la dématérialisation a permis un essor formidable des jeux indés, et le paysage du jeu vidéo est beaucoup plus riche et varié qu’il y a encore quelques années. Et c’est bien cette double transformation qui légitime un service comme SensCritique.

Car au-delà de faire le tri dans le nombre, le service vous aiguille vers des contenus susceptibles de vous plaire et dont vous ne soupçonniez même pas l’existence. J’en suis la preuve : étant pourtant un observateur privilégié du jeu vidéo, je serai néanmoins passé à côté de beaucoup de perles sans SensCritique et mes éclaireurs.

Beaucoup de sites de critique et notation de bien culturels existent désormais (SensCritique, Vodkaster, Cinémur, Foundd aux USA, etc.), même Facebook s’y met, quels sont les moyens de se démarquer dans cette rude concurrence ?

La multiplicité des univers culturels, pour commencer. Tous les services français cités se cantonnent à un seul univers culturel (les films) tandis que l’américain Founnd propose aussi les séries. SensCritique propose les films et les séries, mais aussi les livres, les BD, les jeux vidéo et la musique. Tout est réuni et pensé au sein d’un même service.

SensCritique propose aussi une profondeur qui va au-delà de la simple notation ou du like. Les critiques peuvent être longues, fouillées, et nous proposons de nouvelles manières transversales de découvrir les oeuvres, à travers des milliers de listes (une sélection dans le listomatic) ou à travers les Tops SensCritique, des tops participatifs. Aujourd’hui, SensCritique c’est plus de 400 000 critiques, 18 millions de notes attribuées par les internautes, et plus de 110 000 listes.

Quant à Facebook, c’est encore un cas à part. Pour nous il ne s’agit pas là de concurrence mais de complémentarité, voire de synergie pour les internautes qui le souhaitent. Se faire sa collection sur Facebook est plutôt fastidieux, c’est par contre très simple et ludique sur SensCritique. La beauté de la chose c’est qu’en quelques clics c’est partagé automatiquement sur Facebook avec les paramètres désirés.

Les réseaux sociaux et leur potentiel de viralité peuvent être importants pour un site comme SensCritique. Est-ce aujourd’hui une source de trafic importante ?

En terme de trafic ce n’est pas si significatif, sauf sur les listes à potentiel viral (comme celle Les films de mes voisins préférés dans le métro), mais ce sont surtout des canaux qui ont été très utiles pour le recrutement de nos premiers membres.

Leur puissance est par contre massive sur les processus d’inscription. Aujourd’hui, il ne reste plus que 20% des nouveaux inscrits qui utilisent l’inscription old-school (rentrer son mail et créer son mot de passe). La grande majorité des nouveaux inscrits utilise l’inscription via Facebook, qui permet en 1 clic de ne pas avoir à retenir de nouveau mot de passe et surtout de retrouver ses amis déjà présents sur SensCritique.

SensCritique vient de lancer son offre publicitaire il y a peu, sous forme de posts sponsorisés (native advertising). Pourquoi ce choix ? Comment avez-vous fait pour vivre sans publicité pendant trois ans ? Pourquoi ne pas avoir succombé à la tentation de l’affiliation ?

Notre offre publicitaire, comme le site, est fondée sur le bouche-à-oreille. A fortiori dans le secteur des loisirs culturels, le bouche-à-oreille est l’élement clé recherché par tous les acteurs du secteur. Nous proposons donc à ces annonceurs des dispositifs visant à amplifier le bouche-à-oreille autour de leur produit. Si la publicité classique (display) peut offrir de la puissance et de la visibilité elle ne s’inscrit pas dans cette problématique de viralité

Nous pensons aussi que l’on peut proposer des actions intelligentes et ciblées et ainsi réconcilier annonceurs et consommateurs, ces derniers se sentant souvent envahis par la multiplicité des formats publicitaires sur le web.

Pour que nos dispositifs soient pertinents, nous devions cependant atteindre une taille critique. C’est pourquoi nous proposons ces dispositifs depuis 3 mois, date à laquelle nous avons dépassé les 700.000 visiteurs uniques mensuels. Nous savons en effet par notre expérience que l’on doit arriver sur le marché publicitaire avec un minimum d’audience. Nous avions donc prévu de financer l’aventure sans revenus pendant 2 ou 3 ans, avec l’argent récolté via la vente de notre précédente entreprise.

Quant à l’affiliation elle existe bien sur le site, avec la possibilité d’acheter via les principaux sites de e-commerce). Ceci dit, nous l’avons mis en place avant tout comme un service pour nos membres et non comme un levier de chiffres d’affaires significatifs, car d’expérience nous savons que l’affiliation est très peu rémunératrice dans le secteur de la culture.

Quel est le futur de SensCritique ? Quels sont vos objectifs, les nouveautés à venir ?

SensCritique est pour l’instant connu pour son site web, même si nous proposons un site web mobile (m.senscritique.com). La mobilité est clairement l’un des axes de développements du site, avec une application native qui doit arriver à la rentrée sur iPhone, et un peu plus tard sur Android. Au delà de la mobilité, l’ambition de SensCritique est de devenir un réflexe culturel, et ce sur tous les écrans où l’on peut consommer de la culture. Dans cette optique nous discutons également avec des opérateurs TV pour proposer SensCritique au sein même de leurs services.

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Commentaires
  1. Maelle dit :

    Très bonne interview!
    On en apprend plus quand les gens partage leur savoir. En tout cas le réseau à l’air vraiment sympa. A essayer

  2. Letilor dit :

    Je suis fan de sens critique , je suis sur le site depuis le debat lors de la phase beta déja a l’epoque tout le monde s’arrachait les invites. C’est vraiment un bon site de qualité, je suis contente que ca marche pour eux.

  3. teiki arii dit :

    C’est mon site de référence, loin des « critiques » trop convenues. On parle franc et le système des éclaireurs permet de se faire une idée assez juste de ce qui vous convient ou pas… Très ingénieux! Bravo encore…

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