Le média des professionnels du digital
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Twitter, l’avènement de l’information jetable ?

Flavien Chantrel, le 6 avril 2009

Pour une pause quotidienne aussi rapide que distrayante, rien ne vaut un petit détour par L’actu en patates. Le blog BD de Martin Vidberg traite chaque jour l’actualité à sa manière, de façon décalée et pertinente. Le billet du jour vaut le coup d’œil. Ou comment résumer le service Twitter pour les non-initiés.

actuenpatates

(La suite du dessin sur L’actu en patates)

Derrière le traitement volontairement simpliste se cache une vraie problématique. Rarement un service web n’aura autant fait parler. Ses indisponibilités chroniques, son utilité en entreprise, l’introduction du journalisme participatif. et plus récemment les rumeurs de rachat par Google… Entre analyses et actualités, la blogosphère est en constante ébullition quand on aborde le cas du célèbre site de micro-blogging. Pourtant, bien que valorisé à 250 millions d’euros, le service peine à trouver son modèle économique.

Derrière ce nuage médiatique assez impressionnant se pose la question de l’évolution des usages d’Internet. En effet, le service repose sur un concept simple, voir basique. D’un côté, choisissez les personnes dont vous souhaitez recevoir les actualisations. De l’autre, d’autres membres vous ajouteront à leur liste de « following ».Il ne vous reste ensuite plus qu’à actualiser votre profil quand vous le désirez en laissant un message de moins de 140 caractères. Liens, pensées du moment, débats courts mais intenses, actualités brûlantes, résultats sportifs, les formes sont multiples. Pourtant, l’engouement est immense et les usages sont constamment réinventés. L’arrivée des RT (retweet, geste qui consiste à reprendre mot pour mot l’actualisation d’un autre utilisateur en le citant), l’utilisation de twollars, la création de multiples classements ou encore le lancement du controversé follow friday ne sont qu’un début. Comme toute service émergent, Twitter va se redessiner au fil de ses utilisations et du bon vouloir de ses utilisateurs. Et peu importe s’il n’est pas encore grand public. Les blogueurs seraient même moins actifs depuis qu’ils ont envahi cette grande cour de récréation.

twitter

Mais le bouleversement introduit par Twitter repose selon moi sur un autre point : l’avènement de l’information jetable. Certes, le phénomène n’est pas nouveau. Société de consommation oblige, notre consommation se fait moins sur la durée. Le besoin d’immédiateté grandit aussi vite que notre boulimie d’infos, de liens et d’actualités. Les blogs ont grandement contribué à ce phénomène, en lançant des buzzs aussi rapides que puissants. Quelques semaines plus tard, les protagonistes de ces « évènements » sont bien sûr oubliés. Twitter accélère encore le mouvement… Vous suivez plus de 100 personnes ? Il est alors quasi impossible de lire toutes leurs contributions, à moins d’y passer vos journées. Certes, vous pouvez toujours jeter un coup d’œil rapide sur le fil pour sentir la tendance.

Mais que se passe-t-il si vous vous absentez deux jours ? Les informations publiées sont à jamais perdues. De même, vos publications ont 95% de chance d’être lues dans les 5 minutes. Passé ce laps de temps, elles tomberont aux oubliettes. D’où peut-être ce fort sentiment addictif. La consommation doit être instantanée ou ne doit pas être. Certes, il existe de moteurs de recherches dédiés (Twitter search, Tweefind), mais ils vont à mon sens à l’encontre du concept, qui repose plus sur la passivité que sur la recherche active. Nous y subissons l’information qui vient jusqu’à nous, le seul choix repose sur les liens que nous cliquons. Pour les accros à l’exhaustivité, c’est raté. L’information devient plus que jamais jetable, à nous de changer nos usages en conséquence… A moins que Twitter ne soit pas la révolution du monde de l’information tant annoncée ? Je serais curieux d’avoir votre avis sur le sujet.

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Commentaires
  1. Véronique dit :

    Excellent billet et vaste question! Je n’est pas d’expertise, mais je ne pense pas à une « révolution », c’est un des modes de communication (pas d’information, mais si elle y circule), de ceux effectivement qui peuvent donner le sentiment d’être en permanence « en lien », dedans, dans ce qui est en train de ce faire (compte tenu de sa dimension et du côté international). C’est peut-être ce côté qui tend à être « addictif ». Et tous les outils qui favorisent cette simultanéité ont des chances de se développer (et , si un psy passait par là, il aurait sans doute des choses à dire sur cette nécessité là). Mais, ça n’est pas suffisant. Il faut d’autres modes -opératoires – des outils « mixtes » pour justement suivre, approfondir (les sujets, les relations, les informations).
    Voilà, petite contribution, un peu longue, de soirée!

  2. Véronique dit :

    Rrho, il y a 31 personnes en ce moment sur le blog du Modérateur et pas une qui vient donner son avis sur Twitter?! 🙂

  3. Luc-Olivier Lafeuille dit :

    Tout à fait d’accord avec la notion de « jetabilité ».
    Mais n’est-ce pas une « certaine » utilisation de la chose qui induit ce phénomène ?

    Je twitte depuis 2 semaines et je vois passer des 100.000 followings, des 150.000 followers.

    Au début, j’en ai eu la nausée. Mais j’ai vite trouvé une manière de l’utiliser correctement.

    Dans les faits je ne « suis » que quelques personnes qui sont les plus intéressantes et les plus alternatives dans leurs Tweets. Celles qui apportent vraiment de l’eau à mon propre moulin : la veille.

    Je pense qu’une fois que le phénomène de mode sera passé, les utilisateurs trouveront globalement des utilisations plus utiles que le simple Marketing.

  4. jadlat dit :

    la jetabilité – je n’y avais pas pensé mais c’est un peu vrai si on y réflechit. POurtant ce n’est pas le principal intérêt que j’y vois. Pour moi, c’est de mettre en un même lieu contenu (informations) et contenants (profils) l’un et l’autre se co-construisant. Ce que je publie permet de mettre en avant qui je suis mais a contrario la connaissance se crée par agrégation de bribes (là je pense à l’expérience mené sur @realismemagique.)

    Micro-contenu (élément de base de la connaissance ?) et micro bribes de profils le tout concourant à créer une approximation fine de nous autres.

    C’est assez confus dans mon esprit.

    si d’autres veulent rebondir ?

  5. Modérateur dit :

    @Véronique : effectivement, le problème est peut-être celui de l’approfondissement. Le fait de baigner dans l’info est grisant, on est en contact permanent avec l’actu. Mais les débats sont plus concis, moins denses et cela contribue à l’éparpillement des conversations, qui autrefois étaient plus centrées sur les blogs et les commentaires. Désormais, il faut compter sur Twitter, Facebook, les digg-likes et autres outils permettant de donner son opinion. La réflexion devient du même coup moins commune, même si cela peut paraitre paradoxal… L’information deviendrait-elle à la fois jetable et superficielle ? Ou va-t-on encore plus loin dans le « journalisme de liens », et en élargissant, vers l’agrégation plus que vers la création de contenu ?

    @Luc-Olivier : le début de la solution passe sans aucun doute par la sélection. Twitter y perd du coup un peu de son intérêt, celui d’être connecté à de nombreux acteurs du web, mais gagne en efficacité… Après, comme tu le dis, les usages vont évoluer, l’avenir nous dira comment les gens s’approprient le service. D’autant que la dilution par l’augmentation du nombre d’utilisateurs devrait changer beaucoup de choses.

    @jadlat : oui, les bribes de paroles et de profils permettent d’aller plus loin dans la connaissance des autres. Reste ensuite à ne pas se noyer dans l’océan de ces bribes, qui perdront en sens en même temps qu’on augmente son nombre de following et qu’on rate par la même occasions une bonne partie des contributions.

  6. Véronique dit :

    @Modérateur: oui, bien-sûr, comment ai-je pu passer à côté de cela: l’agrégation de contenu plutôt que la création de contenu. C’est déjà une tendance lourde (pour ceux qui ont besoin de la veille et ils sont nombreux). Mais il faut quand même de la distance, de la réflexion. Bon, je n’ai pas fini de réfléchir, ça va me travailler cette histoire!
    Sinon, juste, ce que dit jadlat sur les bribes ça m’ intéresse aussi, merci.

  7. geek dit :

    Super dessin, mais un peu inspiré de la vidéo présentant twitter non?

  8. palpitt dit :

    bizarrement je n’arrive pas encore à faire le switch dont tu parles, je suis environ 400 profils suivis et j’essaye de ne pas trop dépasser cette limite (je tris pas mal, j’en supprime régulièrement, et tout le monde ne tweete pas à la même fréquence) pour continuer pouvoir suivre à peu près tout, il m’arrive souvent de revenir sur certains fils pour vérifier que je n’ai rien oublié. Par contre, je passe vraiment moins de temps sur mon lecteur de flux. Et je blogue moins telle ou telle info sans développement, je la tweete, et je réserve de plus en mon blog au travail de fond.

  9. Modérateur dit :

    @Palpitt : c’est une tendance qui semble se confirmer, le temps n’étant pas extensible il faut effectivement faire des choix… J’ai du mal à vider mon flux RSS aussi, je n’en lis même pas la moitié. Chapeau, suivre 400 profils ne doit pas être facile ! Tout dépend sans doute du nombre d’update des followings, perso avec un peu moins de 300 personnes suivies je fais l’impasse sur plus de la moitié des twitts publiés dans la journée.

  10. // Enormissime et tellement vrai, c’est de l’info vite fait bien fait … si on suit bien les tweets de certains, on peut retracer exactment toute leur journée 🙂

  11. C’est marrant, j’aurais pas dis jetable mais éphémère. Il arrive qu’il y ai de vrais scoops, intéressants, je veux dire. Jetable ça fait un peu péjoratif.

    Sinon beau billet de fond, j’aime.

  12. Modérateur dit :

    @Lionel : éphémère effectivement. Quand je dis jetable, c’est que même les informations intéressantes disparaissent très vite noyées dans la masse, le tout est de ne pas les rater…

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