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Tour de France Digitale : une consultation des entrepreneurs transmise aux candidats à la présidentielle

Fabian Ropars, le 22 avril 2016

La French Tech Rennes Saint-Malo accueillait aujourd’hui dans ses locaux le Tour de France Digitale. Cet événement unique est axé autour de 2 points importants. C’est tout d’abord un concours de start-up dont le vainqueur remportera un investissement d’1 million d’euros, et un prêt de 500K€ auprès de la BPI. Mais c’est surtout une grande consultation des entrepreneurs du numérique. France Digitale rencontre en effet pendant les 8 étapes françaises et internationales les entrepreneurs du digital et font une consultation sur leurs difficultés et les points à améliorer. Des propositions qui seront ensuite remises aux candidats à l’élection présidentielle de 2017. Pour en savoir plus sur ce projet nous avons interrogé Marie Ekeland, Vice-Présidente du Conseil d’administration de France Digitale et Investisseur en Capital Risque du fond Daphni.

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En écoutant les débats, on a l’impression que l’État au sens large est un frein pour les start-up. Est-ce une vision partagée par l’ensemble des intervenants ?

C’est en effet une vision partagée par de nombreux entrepreneurs mais c’est finalement assez normal face aux mutations de l’économie et de la société. La société française était historiquement tirée par les locomotives du CAC 40 – des groupes qui ont 104 ans d’âge moyen – et un tissu de PME familiales. Ces modèles sont aujourd’hui remis en question par de nouveaux types d’entreprise, la fameuse « uberisation » de l’économie par des start-up plus agiles, user-centric, avec des logiques internationales. Il y a un changement des équilibres établis. Quand on voit comment Uber, une entreprise jeune et américaine a changé la donne pour les taxis parisiens, on se rend compte qu’il y a de nouvelles règles à intégrer et comprendre. Le constat que tout le monde fait, c’est que les règles du jeu historiques ne sont plus adaptées à l’état actuel du monde et de l’économie. Nous ne sommes pas armés d’un point de vue réglementaire pour que les start-up qui disruptent les industries soient françaises. Il y a une obsolescence des différents cadres législatifs face à l’évolution des modèles. Cela concerne la législation, mais aussi les modes de financement par exemple. Il faut faire une remise à plat face à cette nouvelle économie numérique pour créer de la croissance. C’est d’ailleurs plus un problème européen que français uniquement.

Concrètement, quelle forme prendra le retour aux candidats des différents points soulevés pendant le Tour de France Digitale ?

On ne sait pas encore quelle forme cela aura, mais l’objectif est d’avoir des propositions constructives plutôt qu’un cahier de doléances. On pense qu’en ayant analysé les problèmes des entrepreneurs sur le terrain on pourra être force de proposition, et nous pourrons les interpeller avec ces constats et propositions. On voit qu’il y a des thématiques communes partout où nous allons. L’objectif d’avoir une dizaine de propositions très concrètes issues de ces discussions. Nous aurons aussi une plateforme web qui pourra recevoir ces propositions.


Comment réagissent les hommes politiques à ce type de démarche de lobbying ?

Les hommes politiques ont tous fait le constat de la transformation de la société et de l’économie qui entraîne une remise en question des organisations. La transformation digitale des PME et des grands groupes est un sujet qui les intéresse et les touche. Il y a une bonne réceptivité du sujet par les hommes politiques qui sont en demande de clés pour comprendre. Il y a une vraie demande de dialogue et de rencontres. Ce n’est pas un sujet qui concerne uniquement l’économie, on aborde de nouveaux modèles de relation au travail, d’entreprises, on parle vraiment d’impacts sociétaux qui touchent tous les aspects de la vie. Et on constate une vraie appétence des politiques pour comprendre ces changements liés au numérique. De notre coté on essaie de ne pas être corporatiste, et de ne pas être un lobby d’investisseurs ou d’entrepreneurs.  Nous essayons de représenter l’écosystème en mélangeant à parité entrepreneurs et investisseurs.

Quels sont les sujets majeurs qui ressortent à l’issue de ces différentes rencontres ? Quels sont les problèmes  mis en avant ?

On constat plusieurs gros sujets qui reviennent de façon récurrente. Il y a tout d’abord l’éducation, à la fois en ce qui concerne l’éducation aux compétences numériques et l’éducation à l’entrepreneuriat. Il y a une très faible culture du risque en France qui est paralysante. La question de mieux former à la création d’entreprise à l’école se pose donc vraiment, ainsi que la formation aux compétences numériques tout au long de la vie. L’une des caractéristiques de ce nouveau monde est qu’il va très vite et qu’il faut s’adapter en permanence. Si on a pas appris à apprendre il sera difficile de rester employable auprès des entreprises.

Le deuxième sujet est le travail au sens large. Il y a évidemment de grands débats sur les nouvelles relations au travail, et la possible fin du salariat ou l’avènement de l’auto-entrepreneuriat. L’équation capitalistique historique était que l’on travaille pour gagner de l’argent afin de pouvoir consommer. Elle est aujourd’hui remise en cause car les gens veulent mieux vivre et donc avoir un travail qui les intéresse. Il cherchent à côté à rationaliser leur consommation : voyager moins cher avec BlaBlaCar, revendre ses habits sur Vestiaire Collective…

Le troisième grand point concerne la fiscalité. L’un des enjeux des start-up est que ce sont des entreprises basées sur la croissance et qui ne sont pas rentables au démarrage. Il faut d’abord investir pour mettre en place un produit et le développer. Tout cela ne se finance pas par de la dette mais par du capital. Il y a une structure de financement qui est historiquement très intermédiée par les banques et la dette bancaire. Il faut chercher à trouver comment faire en sort que l’épargne des Français soit orientée vers le financement de cette transition numérique. Il faut investir pour créer les entreprises innovantes de demain, et ça ne passera pas par de la dette bancaire. Il faut aussi repenser les incitations fiscales pour favoriser cet investissement et cette prise de risques.


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