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Télétravail : interview de Xavier de Mazenod de Zevillage

Flavien Chantrel, le 5 février 2009

Le débat du mois sur le télétravail continue sur la plateforme, avec le témoignage de Xavier de Mazenod, consultant internet qui a quitté la région parisienne en 2003 pour s’installer en province. Dans ses bagages, un projet original, Zevillage, le site du télétravail, une structure d’aide dédiée aux télétravailleurs. Cette interview est l’occasion d’aborder cette initiative plus en détail. Plus globalement vous y trouverez également des informations sur l’intérêt du télétravail, ses avantages et ses inconvénients. Inutile d’en dire plus, tout est dans cette interview très enrichissante. Bonne lecture !

zevillage

  • Pouvez-vous nous présenter zevillage ?

C’est un projet destiné à aider l’installation des télétravailleurs en milieu rural, dans le département de l’Orne (près d’Alençon, ville assez proche de Paris). Lorsque je suis arrivé, j’ai commencé par faire un site web pour expliquer qu’il était possible de s’installer en milieu rural et d’aider les gens à faire de même afin qu’ils ne soient pas « perdus ». Le dispositif consiste à faire parrainer les nouveaux arrivants par un élu local ou un habitant et à les intégrer dans un club qui réunit des entreprises installées, récemment ou non, qui marquent un intérêt particulier pour les TIC.

  • Vous travaillez donc en synergie avec les élus locaux?

Pas du tout. Ça va peut être venir lors d’une seconde phase mais au début il s’agissait uniquement de travail de bénévolat avec quelques personnes qui s’étaient lancées avec moi. Il n’y a ni structure ni budget. L’avantage est de ne pas perdre pas de temps en gestion de structure. L’inconvénient est que l’on est moins réactif, car on le fait « à nos heures perdues ».

  • Quels sont les avantages de ce type de dispositif pour les télétravailleurs ?

Être maitre de son organisation professionnelle. Avoir la liberté de son organisation, dans sa manière de travailler, de gérer son temps. Le département de l’Orne est superbe, assez bien préservé, à 1h45 de Montparnasse, mais surtout équipé en haut débit sur tout le territoire (ADSL, Wimax, satellite). C’est d’ailleurs la première préoccupation des personnes qui aimerait s’y installer, avant même de connaitre la fiscalité ou les structures… Il est vrai qu’il est difficile aujourd’hui de travailler sans internet.

  • Combien de personnes ont intégré zevillage à ce jour ?

Nous avons eu 170 demandes de dossiers, 5 installations (la plupart de la région parisienne). Nous allons passer à la vitesse supérieure en impliquant les collectivités locales. Je suis en train de voir avec le conseil général comment généraliser ce prototype de politique d’accueil auprès du gouvernement. Nous allons mettre en œuvre d’autres moyens comme essayer de professionnaliser l’espace public numérique, et d’être si possible équipés en fibre optique. En dehors de cela, nous disposons d’un réseau de 75 à 80 personnes autour de zevillage qui sont également télétravailleurs. Cela permet de constituer un « petit club utile » pour le relationnel et le travail. Ces télétravailleurs se sont présentés à nous après nous avoir vus dans la presse, sur le site web ou lors de rencontres personnelles.

  • Des dispositifs comme zevillage peuvent-ils être une piste vers une solution à l’exode rural ?

Bien sûr. C’est une manière de créer de l’emploi à des endroits où il n’y a pas d’employeur. Il y a des agriculteurs, des artisans, de l’agro-alimentaire mais peu d’industries, peu de sociétés du secteur high-tech… Les télétravailleurs présentent l’avantage de venir avec leur propre travail.

  • Quels sont les premiers retours ?

Ils sont très demandeurs de ce genre de dispositif. Le souci des télétravailleurs est généralement l’isolement. Ils peuvent être un peu perdus loin de leur entreprise. Ils manifestent un grand besoin de lien social. Pour la convivialité (déjeuners par exemple…) mais aussi pour le boulot, pour échanger, pour des contacts commerciaux… En clair, pour tous les bénéfices d’un réseau. Les salariés sont minoritaires, il s’agit surtout d’indépendants et de tpe (très petites entreprises).

Zevillage existe depuis septembre 2004, soit bientôt 5 ans. Le bilan est positif. Le démarrage s’est fait à l’échelle de quelques communes. Implanter 5 télétravailleurs à petite échelle, cela se voit et c’est utile. Maintenant que j’ai prouvé que le prototype pouvait marcher, nous allons essayer d’élargir cela à l’échelle départementale.

télétravail

  • Y-a-t-il d’autres personnes d’intéressées pour implanter ce modèle ailleurs ?

C’est souvent le cas mais cela n’a pas encore été fait. Quand nous aurons attiré un peu plus de monde et qu’il sera possible d’avoir une politique d’aménagement du territoire autour de ce genre de dispositif, qu’il sera devenu un outil de développement rural, il y aura sans doute plus d’initiatives de ce genre ailleurs. Pour le moment, le concept reste assez théorique. Si les campagnes se vident et que les jeunes s’en vont, c’est parce qu’il n’y a pas de travail pour les retenir. Beaucoup partent à contre cœur et préfèreraient rester s’ils le pouvaient. Internet a joué un rôle primordial dans la possibilité de pouvoir rester en milieu rural et de travailler à distance.

  • Le télétravail est donc une solution avantageuse pour tous ?

Il y a des pays où la proportion de télétravailleurs est beaucoup plus importante que chez nous (Hollande, pays scandinaves, Etats-Unis). Tout simplement parce que le télétravail, c’est de l’autonomie, de la responsabilité, de la liberté. Si il est bien géré par l’entreprise, il n’y a pas de rupture du lien social, les gens n’ont pas l’impression d’être en dehors de l’entreprise. Quand des gens sont en open space et communiquent par mail ou par tchat, ils pourraient être à 500 kilomètres les uns des autres ça ne changerait pas grand chose. Il ne faut pas croire que nous sommes plus productifs quand nous sommes entassés tous au même endroit. On peut très bien travailler en équipe et à distance. Il faut que le projet soit bien préparé, que les gens soient formés aux outils et aux méthodes de travail et il n’y aura pas de souci.

  • Concrètement, quels sont les avantages du télétravail en général ?

Télétravailler, ce n’est pas forcément travailler à domicile. Il y a des personnes qui n’ont pas forcément envie de travailler chez eux mais qui n’ont pas envie d’aller au bureau tous les jours. Cela peut donc se faire via des solutions alternatives : travailler chez son client, dans un télécentre où on a un bureau quelques heures par semaine…

Les avantages ? Déjà, une meilleure qualité de vie, l’on vit où l’on veut ! Plusieurs millions de personnes déclarent dans les sondages vouloir quitter la région parisienne mais très peu passent à l’acte : peur de « tomber dans le vide » et de ne pas trouver de travail. Si vous leur offrez la possibilité de travailler où elles ont envie, cela va régler de nombreux problèmes. Autre bénéfice du télétravail : on évite de gaspiller beaucoup de temps et d’énergie pour aller tous les jours au bureau, notamment du carburant, d’être bloqué dans les embouteillages, d’être stressé… Tout cela pollue, et si l’on peut diminuer ce « va et vient » quotidien, cela sera une bonne chose pour tout le monde. Ce genre de choses influent aussi sur la productivité et la qualité du travail. Souvent, les télétravailleurs sont plus créatifs et plus productifs.

  • Quels sont les inconvénients du télétravail ?

Il y a des risques. Le télétravailleur peut se retrouver isolé, à part de la vie de l’entreprise. Il faut être prêt mentalement. C’est pour cela que légalement, la mise en œuvre du télétravail dans une entreprise ne se fait que sur la base du volontariat. Cela ne peut pas être un moyen de se débarrasser de quelqu’un, ce n’est pas un placard. C’est un choix. Paradoxalement, on encourage le travail par objectif dans le domaine des ressources humaines (on assigne les fins, non les moyens). Pourtant, beaucoup de managers ont peur de voir leurs salariés qui partent loin d’eux ne plus rien faire. Alors que lorsqu’on leur donne une mission et que l’on fonctionne par objectif, cela peut très bien se faire à distance. Paradoxalement, l’entreprise peut être un lieu de non productivité. On peut très bien se balader dans l’entreprise et faire semblant de travailler. La présence n’assure pas le travail, et inversement. Il est important de ne pas tomber dans les clichés.

  • Quel avenir pour le télétravail selon vous ?

Si les conditions générales restent les mêmes, il devrait se développer. L’énergie coûte très cher, la gaspiller est un non-sens fondamental. De plus, l’immobilier d’entreprise en ville est assez cher. Télétravailler, c’est éviter des frais d’installations liés à l’acquisition de locaux ou à l’achat de meubles. La tendance est donc normalement à la hausse des télétravailleurs. Il devrait y avoir une demande croissante de la part des salariés. Si la proposition de loi qui est en cours voit le jour, une entreprise ne pourra plus s’opposer aux demandes de télétravail des salariés sans raison. Car aujourd’hui, un patron n’est pas obligé de justifier son refus, mais cela va peut-être changer. Il y aura peut-être également un prise de conscience : celle qu’il est possible de faire moins cher et plus efficace.

Le blog de Zevillage, réseau social du télétravail

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Commentaires
  1. Carole dit :

    Merci beaucoup pour cette interview très intéressante, on a vraiment une vision complète de ce mode d’emploi qu’est le télétravail !

  2. Véronique dit :

    Remarquable, merci (pour l’initiative, les tenants et aboutissants et l’analyse).

  3. BJC dit :

    Génial ! enfin quelqu’un qui parle du télétravail comme moi… à moins que ce ne soit moi qui parle comme lui… 😉
    merci Flavien pour cette super ITW ! et bonne continuation à Xavier

  4. julien dit :

    Personnellement ce qui me fait le plus peur, dans le cas ou on travail chez soit, c’est ensuite de plus faire la difference entre vie privé et travail. Comme tout se passe au meme endroit j’ai l’impression qu’on se met vite a travailler n’importe quand, les week end et companie…

  5. Jori dit :

    Le télétravail, c’est définitivement le futur de l’emploi. Au sujet du risque de faire l’amalgame entre vie privée et boulot, il suffit de penser aux professions libérales, par exemple : il suffit d’avoir un cabinet, à part, un bureau bien identifié, ne pas travailler dans le séjour. Si on vit à la campagne, où l’espace est tout de même beaucoup moins cher qu’à Paris, ce ne devrait pas trop être un problème!

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