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Reseaux sociaux et pouvoir des foules, deux cas concrets

Flavien Chantrel, le 14 février 2011

Voici le dernière compte-rendu de la série consacrée au Cap Com, rencontres nationales de la communication et des technologies nouvelles qui a eu lieu en fin de semaine dernière à Rennes. Il concerne la table-ronde intitulée Le pouvoir des foules et qui réunissait Nicolas Maurice, chef de l’unité internet de la préfecture de Police de Paris, Grégoire du Pontavice, organisateur du MP3 Expériment et Antoine Dupin, auteur du guide pratique « Communiquer sur les réseaux sociaux ». Cette table-ronde était l’occasion de revenir sur les flashmobs et ses implications des deux côtés de la barrière.

cap com mp3 experiment

MP3 experiment Agitato

Le Mp3 experiment agitato est un flashmob qui a été organisé à Rennes l’année dernière. Un fichier audio avait été préparé pour l’occasion par le cercle culturel du Triangle, organisateur de l’évènement. Les participants étaient invités à le télécharger sur un lecteur MP3 et à se réunir Place de la Mairie. A la même heure, chacun devait appuyer sur Play au même moment. Ils étaient alors embarqués dans une aventure collective pour le moins originale, guidés par une voix leur dictant des actions. Le concept est le même que celui lancé par Improv Everywhere dans différentes villes des États-Unis.

La principale problématique pour l’organisation était d’arriver à tout minuter. Le flashmob devait être écrit comme une partition, d’où la difficulté à le mettre en place. Le Triangle s’est appuyé sur les réseaux sociaux pour organiser l’évènement, mais pas seulement. Si leur potentiel viral est considérable, la complexité de l’évènement rendait difficile sa compréhension en quelques mots sur Facebook… Une double page a donc été ajoutée au programme du triangle et un espace dédié sur le site était accessible pour mieux l’expliquer. Un ciblage a été fait pour compléter auprès de différentes populations enclines à aimer ce genre de manifestation : arts du spectacle, école de commerce, réseau des organisateurs… Faire passer le message passait par une explication orale, ce qui a été fait le plus possible.

Un teaser vidéo a été publié pour inciter les gens à s’inscrire. Cela a permis d’être relayé sur Facebook de manière plus conséquente et plus claire. Le public présent était hétéroclite, il y avait aussi bien des enfants que des personnes âgées. Au total, 350 personnes étaient présentes le jour J. Deux fichiers MP3 avaient été mélangés lors du téléchargement (surprise !) pour créer deux groupes qui pouvaient interagir. La foule a été amenée à se déplacer dans la ville pendant une heure. Les meilleurs moments ont ensuite été diffusés dans un bar, mais seules 70 personnes se sont déplacées, preuve du côté éphémère de ce genre d’évènement. Le tout n’a coûté que 3000 euros. Par souci de sécurité, une demande d’autorisation avait été faite auprès de la Ville de Rennes.

L’apéro géant vu par la préfecture de police

Et de l’autre côté de la barrière, comment ce genre d’évènement qui rassemble des foules est-il vécu ? Nicolas Maurice, Responsable de la communication électronique à la Préfecture de police de Paris, était présent pour répondre. Dans un premier temps, pour encadrer ces rassemblements, il s’agit pour la police identifier l’évènement et ses organisateurs. Vient ensuite le moment d’informer sur la règlementation et de prévenir les risques. Pour cela, il est important d’instaurer un dialogue entre organisateurs et autorités. Et bien sûr, la police est en charge d’accompagner l’évènement sur le terrain.

place de l'apéro
Le fait central commenté par Nicolas Maurice était l’apéro géant prévu sur le champs de mars. A son point culminant, 20 000 personnes s’étaient inscrites. La cellule Communication électronique a commencé par prendre contact avec les administrateurs de la page Facebook. Pas forcément simple, car tous les administrateurs de la page n’étaient pas forcément organisateurs… L’idée était de leur rappeler la législation : il est nécessaire de faire une demande d’autorisation avant de lancer une telle manifestation. Les messages ont été envoés par messagerie privée sur Facebook pour une première approche. Les personnes étaient ensuite invitées à venir discuter avec les forces de l’ordre. Pas forcément simple en raison des aprioris négatifs sur la police, certains pensaient être convoqués ! Des messages de prévention et de conseils sur la sécurité ont également été envoyées sur différentes pages Facebook.

La dernière étape consistait à accompagner sur le terrain. Cela s’est effectué de la manière suivante :

DISPOSITIF DE SÉCURITÉ

  • Déploiement de policiers et CRS
  • Barrières autour du champs de mars
  • Contrôle des sacs pour éviter l’alcool

PRÉVENTION ET SECOURS

  • Présence de pompiers et de la Croix-rouge
  • Installation de fontaines à eau de 600 litres
  • Distribution de sirops de fruits par la mairie

SALUBRITÉ

  • Installation de conteneurs à verre
  • Mobilisation des services de propreté de la mairie

De manière générale, la police cherche par mots clés sur Facebook pour trouver ce genre d’évènements ou des informations complémentaires. Au final, il est intéressant de voir que l’apéro avait des finalités commerciales, puisqu’il était organisé par la tenancière d’une boite de nuit adjacente…

Bilan : cela coute cher à la société de par l’argent public employé (nettoyage, police, …), Cela n’a pas de rapport avec l’outil réseau social, cela aurait pu se faire par flyer, téléphone, télé, cela aurait été pareil. La présence sur le terrain est dans tous les cas nécessaire pour accompagner, pas pour punir.

Conclusion, par Antoine Dupin

Antoine résume bien les choses. Il ne pas stigmatiser les réseaux sociaux. Les médias ont tendance à le faire. Il faut bien séparer technologie et usages. Les débordements existaient bien avant les réseaux sociaux. Le rôle des collectivités est de former le personnel pour faire une veille et mieux appréhender de type d’outils. Les réseaux sociaux sont au final plus facilement appréhendables que des outils comme le téléphone portable, dont les messages ne sont pas publics. Cela passe par des recherches, une veille (hashtags, pages fan…). Attention à la diabolisation ! Mieux vaut comprendre qu’avoir peur.

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