Réputation numérique : tout n’est pas condamnable

antoine3.pngCet article a été rédigé pour notre débat du mois sur l’identité numérique par Antoine Dupin, consultant spécialiste des médias sociaux et auteur du livre « Communiquer sur les Réseaux Sociaux« . Il vit actuellement à Québec, où il est conseiller stratégique chez Chalifour. Vous pouvez retrouver Antoine Dupin sur son site et sur Twitter @antoinedupin.

Au feu des projecteurs il ne faut pas négliger le feu des projectiles. Google est devenu au fil des années le catalyseur d’une partie de la vie numérique de tout internaute, mettant à l’index blogs, commentaires, forum et autres publications. Le  » name googling « , qui désigne le fait de faire une recherche à partir d’un nom et un prénom, est entré dans les moeurs pour appréhender la personnalité d’un interlocuteur. On retrouve cette pratique par exemple tant du côté des recruteurs que des candidats. Le résultat de ce puzzle numérique est constitué de contenus positifs, négatifs ou neutres pouvant être produit par l’individu en question mais également par des tiers, proches ou lointains, ayant de bonnes ou mauvaises intentions : la réputation numérique.

Cette dernière se compose donc d’une partie maitrisable, ses propre propos, mais également d’une partie qui échappe à tout contrôle, les contenus produits par des tiers. Si les nuisances volontaires peuvent être répréhensibles par la loi, que peut-on dire quant à des données négatives qui ne seraient que le fruit d’une certaine bêtise, de certains réflexes, voire d’un hasard qui nous échappent ? Peut-on moralement attaquer en justice un ami au motif qu’il nous a marqué sur une photographie où nous apparaissions dans un état d’ivresse avancée en train de voler une table ? Peut-on légalement attaquer un homonyme pour des idées qu’il a soutenu ?

La réputation numérique est donc menacée par des comportements ne pouvant être répréhensibles, quand bien même ils constituent une sérieuse menace. Il y a un certain hasard qui nous échappe, qui ne saurait presque pas être anticipé. Au final, j’identifie trois grands acteurs qui vont façonner le prisme des résultats :

Identité numérique

Les réflexes pavloviens des tiers

Si les internautes ont clairement compris les enjeux de la réputation numérique, il ne faut pas négliger certains réflexes qui se sont développés au fur et à mesure du temps. Le réflexe a cette problématique qu’il annihile toute réflexion quant aux conséquences des actions que l’on exécute. L’utilisation des médias sociaux s’est inscrite dans les pratiques quotidiennes, si bien que les conséquences inhérentes à nos publications sont très vite oubliées au profit de réflexes presque pavloviens. Une photo, un tag sur Facebook. Une critique, un hashtag sur Twitter, des mots clés sur des blogs. Les tags, ces petits termes qui viennent définir un contenu (photo, vidéo, texte) sont devenus des indicateurs insidieux quant à la perception d’autrui, au même titre qu’un commentaire, une liste …

Un exemple avec la plate forme Tumblr qui s’est amusée à regrouper les mots clés liés aux publications concernant les candidats aux primaires des élections présidentielles. Ce panorama émotionnel permet en un rapide coup d’oeil d’appréhender la vision des blogueurs quant à ces personnalités politiques. Ainsi l’on peut comprendre que le slogan de Cain (phrase qu’il associait à un poète mais qui était inhérente au générique des Pokémon) a fortement marqué les esprits et participé à sa discréditation, au même titre que ses affaires de harcèlement sexuel.

Tagging the candidates

Un autre exemple récent est l’affaire concernant une personne de chez Free venue dénigrer sur le mur Facebook l’un de ses concurrents en se faisant passer pour une cliente. Le bruit fut tel que son nom et son prénom devinrent un  » trending topic  » sur Twitter. Méritait-elle un tel acharnement pour une mauvaise pratique ? Les internautes étaient-ils conscients que son nom ainsi lâché en pâture aurait potentiellement des incidences dramatiques sur sa carrière ?

Dans les même logiques, qui n’a jamais tagué un ami sur une photographie Facebook ? Accoler un nom sur un visage pourrait paraître anodin si la plateforme n’avait pas de système de reconnaissance faciale. Soirée arrosée, lendemains difficiles, l’individu peut être connecté à un ensemble de photographies dont il pouvait ignorer l’existence ou simplement se contenter de ne pas y être identifié. Qui peut prédire ce que sera l’avenir de Facebook ou à quoi pourront servir ces données ?

Une partie des internautes ne pense pas nécessairement à mal lorsqu’il accole des contenus, des mots clés, des notifications négatives à un individu. Pourtant, ces petits bouts de phrases participent au prisme de la réputation numérique.

Nos cercles et nous-mêmes avons développé des réflexes dont nous ne percevons pas nécessairement la portée car étant le fruit d’automatismes. Pourtant, cet ensemble de données que nous structurons autour d’un individu peut être potentiellement dramatique pour sa réputation numérique. Ces pratiques sont-elles condamnables, puis-je porter plainte contre un ami ou même me retourner contre lui ?

L’application du futur pourra, peut être, centraliser l’ensemble des tags autour d’un profil pour afficher un panorama émotionnel sous forme de nuage de mots clés, voir d’images. Les sites comme 123people proposent déjà des fonctionnalités similaires, bien que peu puissantes, car à leurs débuts et fortement limitées :

Nuage de tags

Vous noterez la présence de mots clés comme Mouvement Démocrate, François Bayrou : c’est parce que j’ai un homonyme, homme politique.

L’Homonyme, cet être qui a le droit d’exister

Figure emblématique de la réputation numérique, l’homonyme pose un cas éthique quand au droit d’existence. L’homonyme est une personne qui a le même nom et prénom qu’un autre, mais qui va se différencier sur d’autres critères. Ses actions par conséquent ont des impacts sur la réputation numérique d’un tiers, et ce de manière complétement dénuée de toute animosité, pouvant même être de l’ordre du pur hasard. Philosophie de vie pouvant entrer en confrontation avec l’éthique d’un métier, agressivité excessive, voire bêtise flagrante… La question est de taille quant à la gestion d’un homonyme qui viendrait égratigner notre réputation numérique, ne pouvant le museler au seul motif que son expression dérange. Car implicitement se pose cette question :

Un homonyme a-t-il le droit d’être lui même si il ne correspond pas à l’image que l’on souhaite véhiculer ? Inversement, ma réputation numérique est elle dérangeante pour mon homonyme ?

Comme je l’expliquais, j’ai le même nom et prénom qu’un politicien. Il m’est arrivé certaines choses amusantes, comme un commentaire sur mon blog d’un internaute s’offusquant de mes propos en les mettant dans la bouche d’un élu, ou une division locale de son parti politique m’envoyant une invitation à un congrès. Bien évidemment, à chaque fois j’ai fait en sorte de faire la lumière sur la vérité.

L’homonymie est une partie du prisme de la réputation numérique dont il faut réussir à se défaire par la mise en avant de faits qui nous sont propres. Dans mon cas, les photos parlaient d’elles mêmes. Il faut peut être insister lorsque l’on bâtit son identité numérique, notamment au travers des profils, sur les facteurs de différenciations : âge, profession …

A vous de faire avec, d’adopter la meilleure stratégie pour vous affirmer mais également pour vous référencer !

Le pseudonymat, quand l’internaute est soi-même un potentiel danger

Face aux dérives de la réputation numérique, soucieux que leurs publications soient reliées à leur identité réelle les internautes, ont de plus en plus un recours au pseudonymat pour se protéger d’eux même. Il faut prendre en considération notre potentiel, en tant qu’humain, à être souvent à la limite des convenances. Je ne rentrerai pas dans les débat philosophiques sur l’essence de l’homme, cependant il faut admettre que nous avons tous un potentiel à déverser une certaine forme de haine, soit en réaction face à un article, soit pour des raisons qui nous sont personnelles (humour douteux, mauvaise journée).

Le pseudonymat nous enferme dans un cocon d’apparence, où nos pires pulsions semblent pouvoir s’exprimer en toute liberté. L’impression de toute impunité nous pousse à nous dévoiler sans retenue. La facilité à créer une fausse adresse mail, un faux profil, nous rend plus que jamais vulnérable à notre condition d’animal obligé de vivre dans un monde civilisé. Par le pseudonymat, l’internaute moyen a l’impression d’abroger certaines frontières, morales, éthiques ou de l’ordre des lois. Il n’y a qu’à voir les sites d’information pour appréhender le penchant hautement méprisable enfoui en chaque internaute, transcendé par un masque virtuel.

Pourtant le pseudonymat ne nous garantit pas l’impunité, car des erreurs peuvent être commises. Je parlais avec un ami qui utilisait le pseudonymat, m’affirmant que personne ne pouvait remonter jusqu’à lui. Je lui demandais alors quelle était l’adresse mail qu’il utilisait pour s’enregistrer, il a tout de suite compris qu’il avait commis une erreur, car elle était du genre nom.prenom@gmail.com.

Nous sommes nous-mêmes une potentielle source de problème pour notre propre réputation numérique car nous sommes dépendants de pulsions. Internet, sa rapidité à envoyer/commenter allié à la sensation d’impunité nous offre une tribune à l’expression de nos plus sombres pensées.

Mais encore une fois, nul ne sait de quoi demain sera fait, je me répète mais c’est extrêmement important. Le pseudonymat crée une barrière numérique friable que tout un chacun un jour pourra probablement faire voler en éclat. Imaginez un programme capable d’identifier votre adresse mail utilisée sur Facebook puis de la comparer sur les forums ? Evidemment, vous pouvez déjà le faire à la main !

Pour aller dans ce sens, l’avenir du web se jouera probablement dans l’identification de tiers. Les normes européennes et les projets de lois américaines, ainsi que l’orientation des plateformes pour créer des signatures numériques vont dans ce sens. Qui sait jusqu’où pourra-t-on aller dans l’identification des internautes, et qui sait les traces indicibles qui seront mises à nues ?

Conclusion

La réputation numérique est dépendante de plusieurs acteurs, qui bien évidemment ne pensent pas nécessairement à mal lorsqu’ils vont l’égratigner. Gérer cet ensemble peut s’avérer particulièrement délicat car il ne repose pas sur une volonté de nuire, mais bien sur des réflexes dénués d’objectifs précis : ce sont des pulsions, des réflexes.

Pour l’heure, les médias sociaux comme Facebook ou Google+ permettent à l’utilisateur de protéger sa vie privée par des outils adaptés. Cependant il ne faut pas croire en une sorte d’impunité dans notre manière  » d’être nous-mêmes » et penser au devenir : nul ne peut prédire ce que seront les médias sociaux demain, ni même ce que sera Internet dans un futur proche.

Il est nécessaire, je pense, de veiller aux informations qui sont diffusées sur notre nom et prénom, de maîtriser ses pulsions et de refreiner celle de ses amis, mais également de se différencier d’homonymes trop envahissant (par exemple en mettant clairement en avant votre photo, votre âge, votre profession).

La gestion de sa réputation numérique n’est pas si évidente que cela, il faut pourtant appréhender que certains contenus ne seront pas répréhensibles.

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Commentaires

  1. Camille A
    9 février 2012 - 16h32

    Bon article! Plus que d’accord sur le fait de ne pas confondre intention dans l’action et résultats de l’action.

    J’aurais plusieurs remarques de fond, mais pour faire court, une qui me semble essentielle : « Cette dernière se compose donc d’une partie maitrisable »… On peut certes maitriser ce que l’on dit, mais on ne maitrisera jamais l’interprétation qui en est fait.

    Qui plus est quand le même message peut-être diffusé dans divers contextes, faire appel à diverses significations possibles, etc.

    Mais je chipote là ?! 🙂

  2. Antoine Dupin
    9 février 2012 - 17h17

    On est bien d’accord, il y a également la notion d’interprétation des propos qui varient d’un individu à l’autre.

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