Le média des professionnels du digital
Le média des professionnels du digital

Quand Twitter sème la panique

Anne-Laure Raffestin, le 20 janvier 2011

EDIT : Et finalement, même si un tweet est bien à l’origine de la rumeur londonienne, ce n’est pas celui pointé du doigt à l’origine. La confusion était amusante, mais pas suffisante ! Ce qui a déclenché la panique, c’est ce tweet « There’s a GUNMAN on Oxford Street please keep EVERYONE inside NO JOKE. Armed Police are on the scene » (comprendre: » il y a un homme armé sur Oxford Street gardez tout le monde à l’intérieur ce n’est PAS une blague. La police est sur les lieux ») relate CNET, relayé par le Guardian qui lui aussi, a cru à cette drôle d’histoire. Pourquoi un tel message ? L’utilisatrice de Twitter qui l’a diffusé avait reçu un avertissement émanant d’une source officielle. Il s’agissait bien du fameux entraînement policier devant avoir lieu sur Oxford Street : mais qui en aucun cas ne devait être rendu public ! C’est bien depuis ce tweet que la panique a eu lieu. Coïncidence, à peu près au même moment était émis le tweet mentionnant le fameux shooting, au même endroit donc. C’est donc bien un tweet qui a causé la petite vague de panique, mais pas celui qu’on croyait… Nous sommes donc face à un cas de rumeur sur la rumeur. Merci à boumbox pour sa vigilance !

Il s’est passé hier sur Twitter un événement qui peut faire sourire : un tweet anodin a semé la panique, faisant croire à une fusillade en plein cœur de Londres. Des centaines de tweets tantôt inquiets, tantôt alarmistes, tantôt interrogateurs, n’ont pas tardé à affluer. Et pourtant, tout est parti d’un banal tournage dans la rue. Comment en est-on arrivé là ? Le site Exquisite Tweets reprend la chronologie de l’histoire :

Shooting Oxford

Le premier tweet annonce « Tournage street-style dans Oxford Circus pour Asos et Coca Like. Faites-moi savoir si vous êtes dans le coin ! ». Seulement, « shooting » en anglais, qui signifie « tournage », est aussi synonyme de « fusillade »… Le second tweet demande donc : « Une fusillade en cours dans Oxford Circus ? Quoi ? ». A partir de là, la machine est lancée. Il est même question de bien rester calfeutré au bureau, de ne pas chercher à sortir de chez soi… Le scénario catastrophe, en quelque sorte. Comme il est de coutume avec les rumeurs, la fusillade d’Oxford s’amplifie, en témoigne ce tweet annonçant qu’il y aurait plusieurs tireurs :

Oxford circus

Une vingtaine de minutes après le premier tweet, tout de même, les soupçons commencent à se faire sentir. La police dément formellement, mais ajoute un peu à la confusion ambiante en proclamant qu’un éventuel exercice impliquant des armes et Oxford Street pourrait avoir lieu… Finalement, la presse en ligne relate l’incident, mettant fin aux craintes. Ne restent que les tweets échangés… La jeune femme à l’origine du premier message s’excuse et efface le fauteur de trouble alors que finalement, il ne s’agissait que d’un tweet anodin, l’homonymie étant ici la seule responsable.

Bien entendu, il serait facile de diaboliser Twitter en particulier, et plus généralement la propagation rapide des informations que permet Internet. Ce genre d’événement apporte de l’eau au moulin des détracteurs de l’Internet-qui-fait-peur. Cependant, on reconnaît ici les mécanismes de cette bonne vieille légende urbaine, bien antérieure à l’apparition des nouvelles technologies : un peu de fond de vérité (un « shooting » a vraiment eu lieu, c’est indéniable), un élément angoissant mais fascinant, une propagation assez rapide, des pseudo-faits transformés et amplifiés, et l’apparition de la validation d’un « ami d’un ami »‘ témoin des événements, nécessaire preuve de la véracité des faits. (oui, on a tous un ami d’un ami, voire la belle-soeur d’une connaissance, qui a débusqué un nid d’araignées dans ses cheveux ou qui a aperçu la dame blanche le soir au fond des bois)

Shooting Oxford

On se rappelle également, bien avant les réseaux sociaux, des hoax circulant par mail, ces faux annonciateurs de virus, d’enfants malades et de cataclysmes en tout genre. On se souvient que Hotmail aurait bien dû fermer une bonne centaine de fois, qu’il fallait se méfier des bananes tueuses et des sièges dans les salles de cinéma. (Toutes ces pépites sont visibles sur Hoaxbuster.)

Rien de bien nouveau donc, si ce n’est la rapidité de la transmission des informations. A double tranchant, puisque le rétablissement de la vérité n’a pas tardé à venir non plus. Cette histoire rappelle bien entendu la prétendue mort d’un animateur célèbre, et tant d’autres rumeurs qui ont défrayé la chronique.

Coïncidence : hier également, mais à Rennes cette fois-ci, un événement circulait beaucoup sur Twitter. Il s’agit de l’incendie du restaurant qui jouxte l’Opéra de Rennes, qui a eu vraiment lieu (enfin, sans aucune conséquence dramatique). Là, Twitter a parfaitement joué son rôle de pourvoyeur d’information, les personnes sur place relatant le déroulement des opérations. Et ce, bien avant que la presse locale n’en parle à son tour.

On le voit donc, pas vraiment de conclusion à tirer de ces deux faits. Il suffit d’appliquer à Twitter ce qu’on essaie d’appliquer ailleurs : vérifier l’information est essentielle, savoir rester un peu incrédule l’est tout autant !

via un tweet de @mperrien

Recevez nos meilleurs articles
Commentaires
  1. Simon dit :

    En même temps il faut être particulièrement pas doué en anglais pour ne pas saisir le sens du premier tweet … ou avoir des troubles psychologiques un peu lourds et obsessionnels !

  2. Anne-Laure dit :

    Oui, si on passe directement du premier tweet à ceux qui sont vraiment alarmiste. Mais ce qui a démarré les choses, je pense, c’est la réponse « Shooting in progress in Oxford Circus, what ? ». (qui d’ailleurs était peut-être une blague, l’auteur ayant peut-être parfaitement compris le sens de « shooting ») Sans voir le premier message qui effectivement ne laisse pas grand doute sur le sujet, on peut comprendre la confusion !

  3. 2goldfish dit :

    En fait, le tweet sur le shooting d’ASOS n’est pas du tout à l’origine de la panique : http://www.guardian.co.uk/media/mediamonkeyblog/2011/jan/19/twitter-shooting-panic

    C’est un enttrainement de la police londonienne qui aurait été à l’origine des rumeurs.

  4. Anne-Laure dit :

    Effectivement ! Merci pour ta vigilance, j’édite l’article.

  5. Romain DIDIER dit :

    Quand Twitter réinvente le téléphone arabe…

  6. Maud dit :

    un vrai téléphone arabe qui continue en dehors de twitter :))

  7. Yann Bunzll dit :

    LMAO ! Pourtant c’était bien précisé « Street Style Shooting » lOl ! Il faut peut être, être dans la mode pour savoir ce que sait ? Non je ne pense pas, pas à ce point c’est clair ^^ Eben sacré histoire malgré tout.

    Yann.

    http://www.egocentricboi.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *