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Tout savoir sur le métier de rédacteur web

Juliette Pignol, le 27 janvier 2017

Que se cache-t-il derrière le terme générique des « métiers du digital » ? Deux catégories se distinguent : ceux qui sont nés avec les évolutions technologiques, comme les développeurs, les brand content managers, les data scientists ; et ceux qui se sont développés au sein de métiers traditionnels et contraints de s’adapter aux mutations du milieu. C’est le cas du journalisme.

En effet, avec la naissance d’internet et surtout la duplication des titres traditionnels en version web, une nouvelle branche du journalisme s’est créée et a fait émerger ceux que l’on appelle les rédacteurs web. S’il est parfois journaliste de formation, le rédacteur web vient souvent de tous les horizons. Qu’il soit issu d’une formation en lettres, en communication ou en sciences politique, peu importe pourvu qu’il/elle ait du talent, une belle plume et une curiosité aiguisée. Mais la qualité la plus recherchée, c’est sa capacité d’adaptation. Car au-delà de traiter l’actualité du domaine spécifique où il exerce, le rédacteur web se doit d’être un expert du web et d’avoir la culture qui va avec. On attend de lui le traitement de l’information en produisant du contenu (texte, image, vidéo) sur toutes les plateformes existantes. Dans le cadre de notre série sur les nouveaux métiers du web et pour mieux comprendre les spécificités de cette profession, nous avons réalisé des interviews croisées de rédacteurs web au sein de différents médias français.

« Il y a autant de parcours différents que de journalistes »

Si le passage par les écoles de journalisme reconnues (comme le Celsa, CFJ Paris, ESJ Lille…) est exigible pour prétendre à un poste de journaliste dans les médias traditionnels, les postes de rédacteurs web sont en revanche plus ouverts aux profils atypiques et aux parcours différents. C’est le constat que nous faisons auprès des différents professionnels interrogés. Olivier Laffargue, aujourd’hui rédacteur Snapchat pour Le Monde, a travaillé chez Rue89, le Point.fr, BFM.com, après l’obtention d’un master de Lettres modernes et un master à l’IJBA. Pour la rédactrice cuisine du Journal des Femmes (CCM Benchmark) Mariana Gonçalves, c’est après une licence de portugais qu’elle a intégré l’IICP. D’autres n’ont parfois jamais étudié le journalisme avant d’y travailler : c’est le cas de Rozenn Perrichot, qui, avant de se réorienter chez Ouest-France puis RegionsJob était professeure d’espagnol et de FLE. Si la formation en école de journalisme est encore recherchée, elle n’est plus obligatoire car le talent et la passion de l’écriture priment sur la formation initiale.

Autre particularité : le CDI est une espèce en voie de disparition dans les couloirs des rédactions. Parallèlement à la crise du print, au développement des médias web, à la multiplication des applications, le statut de rédacteur indépendant a bousculé les codes traditionnels des rédactions.  Etre freelance permet plus de liberté et la multiplication des activités comme le confirme Odilon Duval-Robert. Après avoir fait ses classes chez MinuteBuzz et BuzzFeed, il est aujourd’hui à la fois rédacteur et community manager pour un site d’actualité, un blog de voyage, une compagnie aérienne et un atelier d’art. Cependant il soulève un problème majeur : « l’explosion du nombre d’auto-entrepreneurs en France, des prestataires parfois peu qualifiés ont tendance à faire chuter le prix de leurs articles. Ce qui force les autres à brader les leurs pour rester dans la course ». Avec la rudesse de cette concurrence, la précarité de ce statut, par certains côtés très séduisant, est renforcée. Le statut d’auto-entrepreneur pour les journalistes est d’ailleurs interdit par l’article 7112-1 de la loi de 1935. Pourtant, nombreuses sont les tentatives patronales qui imposent à leurs rédacteurs web d’accéder à ce statut pour réaliser des piges rémunérées.

L’essence même du métier de rédacteur web repose sur le contact avec l’autre, l’écoute du monde et de la société qui l’entoure. Le cœur de son travail est de retranscrire l’information, mais également de la recueillir auprès de personnes tierces. Pour avancer dans son travail, il est amené à beaucoup échanger en interne : rattaché à son équipe éditoriale, il est aussi lié à la régie publicitaire ou aux commerciaux de son groupe pour traiter des éventuels partenariats avec des marques. Ou pour réaliser des publi-reportages, ou du native content, comme l’explique Rozenn Perrichot, amenée à produire des contenus payants pour des clients qui cherchent à recruter. Le rédacteur web se rapproche de plus en plus des pôles vidéo et social media (s’il y en a) pour la production et le partage de différents contenus sur les réseaux sociaux et autres supports. En externe, il travaillera avec les publics concernés par son domaine d’activité pour des interviews : les chefs cuisiniers pour une journaliste food comme Mariana Gonçalves ou des personnalités politiques et des partenaires sociaux pour Simon Barbarit, rédacteur web sur Publicsénat.fr.

« La base du métier reste immuable, tout le reste a changé »

Comme Olivier Laffargue le fait remarquer, c’est amusant de constater à quel point les rites et rendez-vous journalistiques d’antan perdurent malgré toutes les révolutions du métier. Tous les journalistes décrivent la même routine quotidienne avec la fameuse conférence de rédaction, la répartition des sujets et les dossiers à suivre, puis la recherche d’informations et enfin la rédaction des articles. « L’évolution du métier est radicale et rapide depuis 15 ans. Si la base est immuable (collecte d’informations, vérification et mise en perspectives des faits) tout le reste a changé. Il faut aller chercher une audience difficilement accessible, sur les réseaux sociaux, produire de l’information dont la rémunération est régie par un système publicitaire en mutation ».

On note que c’est l’émergence et l’omniprésence des réseaux sociaux qui a provoqué ce raz-de-marrée : aujourd’hui, le rédacteur web est obligé de penser son article via le spectre social, d’évaluer son futur potentiel social car c’est sur ces plateformes que le lecteur va chercher l’information. La journée d’un rédacteur est ponctuée par des tweets, des live tweets pour certains événements, des posts Facebook, des photos et vidéos sur Instagram. Des pratiques qui n’existaient même pas il y a cinq ans. Aujourd’hui, des pure players tels que MinuteBuzz ont même fermé leur site pour se tourner uniquement vers du contenu social, convaincus que l’avenir du journalisme réside uniquement sur Facebook. Qui aurait imaginé qu’un jour le Monde figurerait dans les pages Discover de Snapchat, que de grandes marques feraient des Facebook Live dans leurs locaux pour présenter leurs équipes, que des hommes politiques court-circuiteraient les médias traditionnels en organisant des échanges interactifs avec des internautes ? Des révolutions qui ne sont pas toujours appréciées des journalistes. Mais comme le dit Olivier Laffargue :  » Il faut savoir saisir les occasions qui se présentent même si elles ne correspondent pas toujours au début vraiment à ce que l’on recherche ».

Page Le Monde sur Snapchat Discover / Jo Wilfried Tsonga et Lucas Pouille en Facebook Live pour L’Equipe.fr

Quel avenir pour le journalisme web ?

Pour Mariana Gonçalves, la rédaction web sera de plus en plus fréquemment rattachée au SEO. Chaque papier devra répondre aux nouvelles règles de référencement s’il veut être lisible sur le web. La rédaction web se devra d’être à l’écoute des nouveaux modes de consommation des lecteurs, qui sont aujourd’hui plus identifiés comme des usagers. Cela passe par l’intégration de la vidéo et du « mobile only ». Commencer les interviews filmées avec un smartphone comme cela a été amorcé chez melty il y a deux ans, et qui est maintenant proposé chez Publicsénat.fr. Il faudra toujours aller plus vite et surprendre son audience.

Le métier, par essence, sera éternellement en mutation puisqu’il doit s’adapter aux modèles économiques, eux-mêmes en évolution constante, aux nouveaux formats correspondant aux nouveaux usages des lecteurs-consommateurs. Passionnant pour ceux qui aiment  prendre des risques, travailler mi en équipe – mi en autonomie, observer les tendances et innovations chez nos voisins étrangers, entretenir un bon réseau et oser avec audace et imagination.

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