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L’emploi au féminin : des clichés aux avancées

Flavien Chantrel, le 5 novembre 2008

femmes emploiLe débat du mois «L’emploi au féminin» semble vous avoir inspiré puisque les contributions sont nombreuses (une vingtaine) et abordent des aspects très variés : les inégalités de salaires hommes/femmes, concilier vie privée et professionnelle, pourquoi les différences, quelles sont les avancées… Voici la synthèse de ce débat. Alors l’égalité au travail, mythe ou réalité ?

Un débat qui commence certes par un mot masculin… mais il ne faut pas faire de l’emploi une question de genres, comme le rappelle Véronique, Evelyne et Anne-Laure, pour qui «l’emploi se décline au féminin comme au masculin». Sauf que dans les faits, la réalité semble encore bien différente…

Edit : Ajout du billet d’Aratta à la synthèse.

Edit 2 : Ce billet, rédigé par Priscilla, me parait tout à fait indiqué pour cette journée de la femme.

  • Petit panorama des clichés

Si l’on veut remonter aux origines, la logique voudrait de commencer par la bonne vieille définition de Wikipédia, sauf que dans ce cas précis, l’histoire n’est pas glorieuse comme le montre Nathalie : «Les femmes occupent majoritairement des emplois dans le secteur tertiaire, notamment dans des postes relationnels ou touchant aux fonctions domestiques…». Une synthèse qui résume ce à quoi doivent faire face les femmes, et des milliers d’années d’histoire laissent des traces. Paradoxe souligné par Jessyca, qui constate qu’aujourd’hui chacune sait parfaitement qu’à poste, expérience, ancienneté et compétences égales, elle touchera moins que son homologue masculin, mais les femmes l’ont intégré, et c’est ça là que le bât blesse.

Et les expériences varient selon le corps de métier. L’exemple de la chimie par Sylvain : des femmes surreprésentées en chimie analytique et sous-représentées en productique. Une explication intéressante : certains secteurs semblent refléter une image un peu trop «mâle» qui n’attire pas les femmes. Même constat pour Aratta, qui vit à Munich pour ses études de biologie : «la production n’est pas un domaine très attirant pour les femmes : chaines de production, robots, charges lourdes, bruit». Et celles qui n’ont pas «peur» d’exercer dans un environnement masculin possèdent souvent un trait de caractère commun constate Anne-Laure : « une grande gueule », en d’autres termes, «elles ne se laissent pas écraser…».

  • Des inégalités, oui, mais lesquelles ?

Certaines inégalités, tellement ancrées dans notre société, font aujourd’hui figure de clichés, mais elles persistent pourtant bel et bien, et cela commence dès l’entretien d’embauche comme le remarque Cédric, notamment sur les questions posées aux femmes par les recruteurs : « elles sont extra-professionnelles et concernent la situation de famille et une éventuelle grossesse à venir… ». Il nous rappelle notamment que «normalement, un recruteur n’a pas le droit de poser des questions sur la vie privée». Seb, qui nous livre les outils juridiques dont dispose la gente féminine pour lutter, donne une précision qui a son importance : « Si l’employeur est tenu d’assurer égalité de rémunération, des salariés qui exercent des fonctions différentes n’effectuent pas un travail de valeur égale ».

Le fameux écart des rémunérations entre hommes et femmes est pourtant loin d’être un mythe comme nous le rappelle Priscilla et Jessyca suite à l’étude de l’Apec, car à même à compétences égales, l’écart des salaires s’élève à 7%. Mais les différences ne s’arrêtent pas là. L’étude Women’s Matter résumée par Priscilla nous montre que les femmes doivent faire face à des freins à leurs carrières : temps passé aux tâches domestiques, maternité… Mais les inégalités «perdurent parce que les entreprises ne se sentent pas menacées (ni par la loi, ni par les femmes elles-mêmes) pour que cette réalité change» comme le souligne Corinne dans l’interview du blog de la rédaction. Prenant l’exemple de l’armée, Patricia explique que «pour une femme qui souhaite faire une carrière prometteuse, les obstacles sont bien nombreux». A parcours égal, le grade finalement obtenu ne sera pas le même. Idem pour Evelyne, bio-informaticienne, qui malgré le peu de différences homme/femme qu’elle constate dans son secteur, reconnait que « les sacrifices pour une femme sont souvent plus importants que ceux d’un homme». Même constat pour Aratta qui pointe du doigt la nécessité de « montrer que l’on est capable de la même chose qu’un homme, et même en faire plus pour un petit bout de reconnaissance(…) En fait, je crois que je vais continuer dans la recherche, plutôt. Ce domaine n’est pas plus féminin que la production, un chercheur femme aura toujours du mal à être crédible face à un homologue masculin, à moins d’une découverte révolutionnaire elle aura moins de crédits (entendez « sous »). ».

  • Les freins à la réussite des femmes

La question est en partie d’ordre culturel pour Aquilae RH, pour qui la faute est surtout imputable à l’éducation traditionnelle, notamment concernant les études : «On trouve plus normal d’envoyer les garçons faire math sup et les filles vers le littéraire». La maternité apparait également comme une contrainte car c’est un sujet difficile à aborder avec l’employeur comme le notent Cédric et Djenaï. De plus, «le syndrome du double fardeau – travail et tâches domestiques – pèse lourdement sur les femmes» comme le rappelle Priscilla. Ainsi, les femmes vivent certaines expériences inconnues des hommes comme l’explique Sylve, notamment la difficulté d’obtenir des postes à responsabilité ou celle d’être mère. Ou encore celle d’être créatrice d’entreprise et mère comme le souligne Djenaï.

Autre état de fait : au travail, «la plupart des femmes tendent à minimiser leur contribution». De nouvelles questions émergent alors, et si la femme contribuait à freiner sa propre réussite ? Une chose est sûre, les femmes se posent de nombreuses questions, « le sentiment qui domine est la crainte de ne pas pouvoir tout assumer » comme le dit Corinne dans l’interview du blog de la rédaction.

  • Des avancées malgré tout

Les contributions au débat du mois furent nombreuses, et cette synthèse n’en relate qu’une partie, car le débat est loin d’être fini. Pour conclure sur une note optimiste mais certes réaliste, «ne soyons plus négatifs » comme l’écrit Odette, pour qui « il y a quand même eu des avancées. Des femmes qui ont eu le courage de donner un coup de pied dans la fourmilière. Des femmes qui n’ont pas eu peur s’engager en politique». Concrètement comme le rappelle Corinne, « les choses vont peut-être enfin bouger puisqu’à partir de 2010, les entreprises qui n’auront pas mis en place des moyens pour résorber les écarts salariaux seront sanctionnées financièrement. Attendons de voir…».

Des perspectives s’ouvrent et les résultats de l’étude Women’s Matter («La mixité, levier de performance de l’entreprise») le montrent (chiffres à la clef) : la présence des femmes dans des fonctions managériales est un gage de performance de l’entreprise. Comme quoi le billet de Carlos, pour qui choisir entre un patron ou une patronne est déjà tout vu, est à méditer. En attendant, Marie nous dresse une revue de web sur le sujet et offre des infos pratiques pour celles qui souhaitent approfondir le sujet, et pourquoi pas, contribuer à faire avancer les choses pour les générations futures ?

Toutes les contributions au Débat du mois
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Commentaires
  1. Aratta dit :

    Zut, j’aurais du me tenir au courant de ce débat, en effet je fais un Master de Techniques de Production, et les femmes sont effectivement sous représentées!

  2. Merci pour ce dossier fort intéressant qui reprend de manière synthétique les problématiques liées à l’emploi et la gestion des carrières au féminin.
    Deux suggestions concernant ce thème qui aurait pu être abordées malgré leur aspect juridico-technique : impact des rapports égalité homme femme dans les entreprises et la règle des quotas aujourd’hui appliquée dans les appareils politiques qui serait susceptible d’être imposée – je ne vois pas comment- en entreprise.

  3. Moderateur dit :

    Merci pour ces remarques Fadhila. En effet, il y a beaucoup à dire sur le sujet, sur lequel il est difficile d’être exhaustif. Tes deux pistes de réflexion sont intéressantes, il ne tient qu’aux blogueurs de les développer ! 🙂

  4. Merci à toi! là tu as entièrement raison d’autant que le sujet est vaste. Il peut être abordé sur « recrutement, carrière, rémunération, formation, management » mais aussi par secteur comme vous l’avez fait. L »angle d’attaque présenté sous l’intitulé « clichés » est très très pertinent : les barrières sont avant tout là!

  5. Corinne dit :

    Très belle analyse qui m’a aussi permis de faire la connaissance de blogueurs et blogueuses bien sympathiques 🙂 Merci encore…

  6. Véronique dit :

    Oui, belle analyse et intéressante synthèse qui permet effectivement de regarder les choses autrement et d’ouvrir la réflexion.

  7. Luke dit :

    Tout ça c’est du flan, la plupart des entrepreneurs français et salariés hommes sont des arriérés question mentalité.
    Ils en sont toujours à leur hypothétique mais réel complexe d’infériorité!!! Vous imaginez une femme gagner plus qu’un homme? Autant émasculer un homme!
    Conclusion : La solution c’est de créer des entreprises féminines et de faire en sorte qu’elles marchent mieux que celles de nos charmants hommes que j’aime beaucoup par ailleurs. Faut avouer qu’au travail, ils se prennent pour Dieu mais à la maison c’est autre chose. Lol.

  8. dkb dit :

    Lors de mon dernier entretien, voici ce que l’on m’a dit :

    Mais pourquoi avez vous fait un master et ne pas vous contenter d’un BTS ?
    Coté famille, que fait votre mari ? (il est consultant). Réponse du recruteur : ah il doit bien gagner sa vie… (Oui il gagne bien sa vie. Mais j’aimerai bien gagner la mienne et servir à autre chose qu’à faire le ménage).
    Et coté enfant, vous en êtes ou ? (j’ai une ado : Un excellent contraceptif)

    Ce qui déplait chez moi (après débriefing) : Je ne suis pas une « exécutante », je suis trop intellectuelle (ils n’ont pas du apprécier ma répartie…d’autant plus que je suis aussi diplômée en GRH et que je connais bien les pratiques/outils de recrutement), je m’ennuierai vite sur les postes convoités (comme si je n’avais pas étudié les profils de poste sur lesquels je me positionne…).
    Je suis trop ambitieuse, j’attends trop de mon travail ( ça leur fait peur : et si je tentais de prendre leur place…hu?).

    Bref je suis une femme, donc je suis sensée n’être qu’une exécutante qui ne réfléchisse pas et qui n’ambitionne rien d’autre qu’un boulot d’appoint.
    j’ai même eu un débriefing dans lequel l’un des recruteur m’a carrément dit  » pour le poste que l’on propose, on veut quelqu’un qui ne réfléchisse pas trop, sinon il/elle va devenir folle. c’est un poste « fusible » vous comprenez »…
    On m’a aussi dit qu’on m’avait convoqué « pour voir ce que c’était un « bac +5 ».
    Le seul entretien où j’ai eu un encouragement à aller plus loin s’est terminé par  » vous devriez prendre des cours en analyse financière et comptabilité et postuler sur des postes de directrice. C’est à votre niveau. ». (wow j’étais presque contente…).

    Être une femme sur le marché de l’emploi est un handicap non seulement parce que :

    En dessous de 30/35 ans : Nous sommes des reproductrices potentielles, donc, moins performantes car congés maternités + enfant malade possibles
    Au dessus de 35 ans : nous sommes trop vieilles, l’image de l’entreprise pourrait en pâtir (faites des bains de formol les filles…) et puis, c’est moins facile de nous manipuler…

    Si vous êtes trop ambitieuses, on vous le fait remarquer. Pourtant, on vous reproche d’être des mères potentielles : serions nous incapables de faire des choix ?

    Évitez de montrer votre science : un femme ne doit pas réfléchir, elle doit s’exécuter. Si elle veut un poste à responsabilités, elle devra montrer des compétences qui n’ont rien à voir avec le profil de poste…

    Il y a même des études qui mettent en avant une théorie disant que les femmes seraient moins productives que les hommes, sous prétexte qu’elles doivent gérer leur travail et leur vie familiale (plus que les hommes). Aussi, une étude tente à démontrer qu’une femme au travail n’est pas investie à 100% dans ses missions car  » tout au long de la journée, elle pense à ce qu’elle va faire à manger le soir, ou encore à quelle heure elle doit aller rechercher le petit dernier à la crèche ».
    Les croyances ont la dent dure et certains les entretiennent.

    Comme le dit Luke, les hommes se prennent pour Dieu au travail. C’est peut être pour cela qu’ils refusent de céder un peu de leur pouvoir. C’est de cela dont nous pâtissons ( et pas de nos soit disant « incompétences »).

  9. mabylone dit :

    On trouvera toujours des exemples pour lesquels les femmes sont discriminées. Personnellement je crois qu’il existe des postes pour lesquelles les femmes sont plus efficaces que les hommes, et le contraire d’ailleurs. Je crois également que cette différence positive devrait être mieux appréhendée en période de crise pour une meilleure efficacité de l’entreprise.
    Alors le problème est de définir dans quel domaine les femmes sont plus efficaces (en moyenne) que les hommes, Ce qui est assez compliqué, mais il suffit, de façon pragmatique, regarder les résultats objectifs de chaque sexe pour chaque métier étudié pour définir l’efficacité, et je crois que l’on pourrait avoir des surprises.
    Personnellement , en tant qu’employeur, je ne me suis jamais posé la question , et je n’ai aucun mérite, en tant que responsable de parfumerie!

  10. Véronique dit :

    Pas envie de me lancer dans le débat ce matin, mais merci pour tout ce travail de synthèse!

  11. essays dit :

    Très intéressant article..
    Le seul truc qui me fait bondir c’est l’association emploi féminin et « réserve de main d’oeuvre qualifiée sous exploitée en…. 2010-2015 » …. tu parles d’un avenir !!! Merci

  12. ana aslan dit :

    une bonne étude de ce problème

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