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Le conflit entre travail et vie personnelle, Sylviane Lauro

Anne-Laure Raffestin, le 5 octobre 2011

logo débat Continuons notre débat du mois sur l’équilibre vie pro/perso, avec la contribution de Sylviane Lauro, par ailleurs blogueuse sur notre plateforme de blogs emploi sur l’excellent IPRP. Intervenante en Prévention des Risques Professionnels, elle revient sur les menaces qui pèsent sur les salariés, quand la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle devient trop difficile. Exceptionnellement, cet article sera publié en deux parties, voici donc la première !

Sylviane Lauro Sylviane Lauro est Intervenante en Prévention des Risques Professionnels, en charge de la prévention des risques psychosociaux au sein d’un établissement hospitalier (1050 agents). Elle s’occupe également de la gestion du site internet du centre hospitalier de Digne, est formatrice et consultante, et blogue sur IPRP. Vous pouvez aussi consulter son interview pour en savoir davantage sur le métier d’Intervenant en Prévention des Risques Professionnels.

Préambule

A l’heure où nous parlons de plus en plus de prévention des risques psychosociaux, la notion d’équilibre vie privée – vie professionnelle, prend une dimension de plus en plus prégnante et tous les experts s’accordent à dire que si la frontière est très poreuse entre ces deux dimensions, l’une ne va pas sans l’autre et lorsque l’une défaille, il est important que l’autre prenne le relai et inversement. La notion d’équilibre, comme le terme l’indique, renvoie à l’image du funambule sur son fil, prêt à basculer d’un côté comme de l’autre, ne dit-on pas aussi « être sur la corde raide » ou encore être « borderline »… Terme biologique qui renvoie également à cet équilibre interne que chaque individu maintient naturellement à chaque instant. Ou cette image de la balance et ses deux plateaux qui nous fait bien prendre conscience de la notion « équilibre-déséquilibre » :

1er plateau : les exigences du travail, la charge émotionnelle, l’autonomie et les marges de manoeuvre, les relations de travail, les conflits de valeur, l’insécurité socio-économique etc… etc… : La perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement

2ème plateau : vie privée  : comprenant ce qui est de  » l’intime « , notre vie personnelle, familiale, amicale, nos loisirs, nos relations, notre hygiène de vie, nos aspirations, nos souffrances, notre affect, notre intelligence émotionnelle, nos valeurs, notre éthique, nos compétences, notre savoir faire, notre personnalité etc… etc… : La perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face.

On parle d’ailleurs de stress au travail quand une personne ressent un déséquilibre entre ce qu’on lui demande de faire dans le cadre professionnel (vie professionnelle) et les ressources dont elle dispose pour y répondre (vie privée).

Equilibre

Définition

Le conflit entre le travail et la vie personnelle survient lorsque les exigences professionnelles et familiales sont incompatibles et qu’il devient par conséquent difficile d’assumer un rôle sans nuire à un autre (Edwards et Rothbard, 2000; Greenhaus et Beutell 1985). Cette définition sous-entend la présence d’une relation multidirectionnelle dans laquelle travail et famille s’influencent mutuellement (Frone, 2002). Lorsque ces deux dimensions entrent en conflit, il faut abandonner les gratifications dans un domaine pour pouvoir en recevoir dans un autre (Edwards et Rothbard, 2000). On peut voir le conflit entre le travail et la vie personnelle comme ayant deux composantes principales : les aspects pratiques associés aux horaires surchargés et aux conflits d’horaire (c. à d. nul ne peut se trouver à deux endroits au même moment) ainsi que l’impression d’être dépassé par les événements, surchargé et stressé en raison des pressions subies dans de multiples rôles. Dans le cadre d’une enquête canadienne, le conflit entre le travail et la vie personnelle comprend :

  • La surcharge de rôles : Cette forme de conflit entre le travail et la vie personnelle survient quand les exigences totales en matière de temps et d’énergie associées aux activités à entreprendre sont trop importantes pour qu’une personne remplisse ses obligations adéquatement ou sans inquiétude.
  • L’interférence du travail dans la famille : Ce type d’interférence survient quand les exigences et responsabilités professionnelles rendent difficile l’exécution des responsabilités familiales (p. ex. de longues heures de travail rémunéré qui empêchent d’assister à une activité sportive d’un enfant, des préoccupations liées au travail qui ne permettent pas de participer pleinement à la vie familiale, les retombées du stress au travail sur le foyer, qui augmentent les conflits avec les membres de la famille).
  • L’interférence de la famille dans le travail : Ce type d’interférence entre les rôles se produit quand les exigences et responsabilités familiales rendent difficile l’exercice des responsabilités professionnelles (p. ex. un enfant malade retient le parent à la maison ou des conflits familiaux nuisent à la concentration au travail).
  • La pression sur le fournisseur de soins : Concept à plusieurs dimensions qui est défini du point de vue des  » fardeaux  » pesant sur le quotidien du fournisseur de soins et découlant de la nécessité de donner des soins à une personne (Robinson, 1983).

Balance

Quelles catégories de salariés ?

Ce sont les travailleurs indépendants qui déclarent le plus de difficultés à concilier vie professionnelle et vie familiale. Les artisans, les commerçants et les chefs d’entreprise sont près de deux tiers dans ce cas. Quant aux salariés, ceux du privé mentionnent plus de difficultés que ceux du public. Parmi les salariés, les femmes cadres et les employées de commerce sont les plus touchées

Le fait que les indépendants, les cadres et les employées de commerce soient parmi les plus nombreux à faire état de problèmes de conciliation, s’explique principalement par leurs horaires de travail  » atypiques  » : certains ont des horaires journaliers particulièrement longs, d’autres travaillent le samedi ou le dimanche, d’autres enfin travaillent de nuit ou effectuent de fréquents déplacements. Un certain nombre d’entre eux cumule plusieurs de ces contraintes, particulièrement les agriculteurs et, dans une moindre mesure, les artisans, les commerçants et les cadres.

Plus les horaires sont atypiques plus les actifs trouvent qu’il est difficile de concilier vie familiale et vie professionnelle. Mais ce sont les travailleurs de nuit qui font état le plus de difficultés pour organiser leur vie : 62 % de ceux qui travaillent de nuit au moins une fois par semaine déclarent que c’est difficile, voire très difficile. Travailler de nuit, le dimanche et les jours fériés, effectuer des déplacements fréquents pour son travail est alors ressenti comme source de grandes difficultés, particulièrement pour les mères de famille. (Enquête 2004 du Ministère de l’emploi).

Les nouvelles organisations de travail

Si la frontière est bien poreuse, les nouvelles organisations de travail y sont pour beaucoup. Les frontières travail – hors travail étant de plus en plus revisitées, les rendant de plus en plus floues aux yeux des travailleurs mais aussi du législateur.

Avec l’avènement des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) le cadre et aujourd’hui de plus en plus chaque salarié, est relié en permanence à son travail : portable, courriels, réseaux sociaux etc… autant d’outils qui permettent à la fois des gains de temps mais qui induisent également de nouvelles manières de travailler et de nouvelles gestions du temps de travail pas toujours à l’avantage des salariés.

On voit ainsi l’avènement de plus en plus de salariés dits  » nomades  » qui passent la plupart de leur temps hors de l’entreprise (en voyage d’affaire, séminaire etc…), une autonomie qui se rapproche du télétravail mais avec davantage de répercussions sur l’organisation de la vie personnelle.

Le temps de travail devient ainsi de plus en plus fragmenté, morcelé. Avec l’avènement des NTIC : téléphone portable, internet, télétravail, 3G , WiFi, e-mail etc… décalent de fait le temps de travail (bureau-maison / semaine-week-end et surtout travail/vacances) :

  • Temps de travail morcelé (interruption toutes les 12 minutes), délocalisé, partagé,
  • 93 % des français passent plus de 4 heures par jour sur leur ordinateur,
  • Près d’1 e mail sur 3 revêt un caractère professionnel,
  • 75 % indiquent interrompre leur travail pour regarder le contenu d’un nouveau message qu’ils viennent de recevoir,
  • Pénibilité : nombreuses réformes, allongement durée de travail etc…

Source : enquête ANACT 2010

Alors où les frontières travail/hors travail se situent-elles ? Nous assistons de plus en plus à des scènes atypiques : celle de vacanciers sur leur transat à la plage l’oreille collée à leur téléphone portable ou encore les yeux rivés sur leur ordinateur portable (reportage au 13 h de TFI cet été). De même l’usage du web remanie nos façons de travailler : car le web est aujourd’hui omniprésent au sein de nos bureaux et sociétés (à l’image des agriculteurs qui suivent chaque jours le cours du blé en bourse). Ici encore la frontière vie privée, vie personnelle s’amenuise : 90 % des personnes interrogées lors de l’enquête ANACT reconnaissent qu’il leur arrive fréquemment de gérer des affaires personnelles au travail ou de se connecter sur les réseaux sociaux lors de leur temps de travail. Tout comme les réseaux sociaux s’invitent également au travail et changent ainsi les rapports entre collègues et même avec la hiérarchie.

Lire la suite ici !

Crédit photo : Sepehr Ehsani

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Commentaires
  1. Il semblerait que dans le préambule, il y ait une inversion entre les phrases finales (en gras) des deux plateaux.

  2. Anne-Laure dit :

    Effectivement, il y avait bien une inversion. C’est corrigé, merci pour votre vigilance !

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