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Le conflit entre travail et vie personnelle, Sylviane Lauro (suite)

Anne-Laure Raffestin, le 5 octobre 2011

logo débatDans le cadre de notre débat du mois sur l’équilibre vie pro/vie perso, retrouvez la suite da publication de Sylviane Lauro (la première partie se trouve ici), consacrée plus particulièrement aux femmes au travail et aux dérives de la souffrance au travail. Egalement au menu : des ressources pour en svaoir plus sur le sujet. Bonne lecture !

Les femmes au travail

Certains clichés ont la vie dure et notamment lorsque nous parlons des  » impondérables  » familiaux incombant de manière quasi-systématique aux femmes concernant la vie familiale. Bien qu’aujourd’hui toutes les études s’accordent à dire que l’absentéisme féminin découlent de ses diverses tâches dites  » féminines  » : ainsi les aléas de la prise en charge de la sphère familiale (maladies des enfants, vacances, activités extrascolaires, réunions avec les professeurs…) entrent fréquemment en conflit avec les contraintes d’un emploi.

Or, les organisations du travail telles que nous les connaissons aujourd’hui restent sourdes à ces problématiques et deviennent même de plus en plus préoccupantes offrant des emplois déqualifiés aux femmes, avec l’accès aux postes à responsabilité de plus en plus difficile, d’importantes inégalités en terme de rémunération à compétences et diplômes égaux, des métiers peu intéressants voire répétitifs ou cantonnés à des postes administratifs de type secrétariat, des temps partiels imposés et/ou subis, voire décalés dans la journée et parfois tard dans la soirée.

« Pour les femmes qui occupent des emplois qualifiés, il est notoire que le fait de prendre le mercredi pour les enfants se solde souvent par le fait de devoir ramener du travail à la maison. Quand les  » femmes actives  » surveillent les devoirs d’un oeil, tout en enfournant la pizza surgelée de l’autre, tandis qu’elles répondent sur leur mobile à des appels professionnels, en même temps qu’elles bouclent un rapport pour le lendemain et démarrent une lessive, il devient une gageure de décrire leur activité et les savoir-faire mobilisés, comme de calculer avec certitude un  » temps de travail « . (Molinier, 2000).

Marie PEZE, psychanalyste spécialiste de ses problématiques, évoque d’ailleurs des organisations de travail au  » masculin neutre « , y compris parfois dans les comportements et habillement (cheveux courts, peu de maquillage, tailleur pantalon etc…). Sans parler purement de biologie, le travail aujourd’hui montre fort peu de peu de compréhension pour les difficultés spécifiques que rencontrent les femmes qui veulent conjuguer vie professionnelle et vie familiale. Bien pire, nous assistons à de la discrimination à l’embauche, le chef d’entreprise se chargeant de rappeler à une femme qu’il embauche, qu’elle aura des enfants, des règles, une ménopause qui la rendront moins disponible qu’un homme sur le même poste. Les femmes entre elles, sont elles-mêmes peu compréhensives des situations : une DRH femme, sera parfois encore plus intransigeante parce qu’elle fonctionne elle-même au masculin neutre, voire de plus en plus des collègues de travail entre elles. Doit-on pourtant rappeler que ce sont majoritairement les femmes qui dans notre société prennent en charge la santé et l’entretien domestique de leur santé au détriment bien souvent de leur propre santé et vie sociale (rendez-vous chez le médecin, le dentiste, le pédiatre, devoirs des enfants, rendez-vous parents-prof etc… etc…) ? Et qui prennent en charge ainsi par leur précieux soutien le travail des hommes qui travaillent ? Marie PEZE pose ainsi la question aux femmes qui travaillent : quelle modification de l’organisation du travail faciliterait votre vie ?

A l’heure de la productivité, de la performance, de l’atteinte des objectifs et du toujours plus, gageons que la question mérite d’être posée lors de chaque embauche et tout au long de notre vie au travail. Des réajustements nécessaires qui permettront sans doute d’harmoniser et de concilier au mieux cette vie privée – vie professionnelle.

Les dérives

Depuis les affaires largement médiatisées concernant la souffrance au travail, moultes experts se sont penchés sur le sujet décriant largement les organisations de travail pathogène pour les individus. Pourtant malgré tout, le déni persiste. J’entends encore autour de moi ce type de jugements de valeur lors d’une dépression réactionnelle au travail ou encore d’un suicide lié au travail :  » oui, mais il (elle) avait des problèmes personnels « ,  » oui, mais il (elle) était trop fragile « … L’organisation du travail s’exonérant ainsi de toutes responsabilités vis-à-vis de son salarié en faisant ainsi l’impasse de toute remise en cause. Pourtant les jurisprudences récentes sur le sujet ont confirmé la faute inexcusable de l’employeur, le législateur mettant en place dans le Code du Travail une obligation de résultats concernant la préservation de la santé physique et mentale des salariés.

Le travail parfois rend l’individu malade, c’est un fait ne soyons plus dans le déni à ce sujet, et ne peut donc qu’engendrer problématiques en cascade à la maison : avec son (sa) conjoint(e), ses enfants, sa famille, ses proches etc… Nous assistons ainsi bien souvent à des délitements familiaux : conflits, isolement, pertes de repères, désinvestissement social, difficultés relationnelles, divorces…). Cela est notamment très marqué lors de cas de harcèlement moral au travail où le salarié ressent une mésestime de soi et perd confiance non seulement auprès de la sphère sociale du travail (qui a pratiqué le harcèlement) mais également auprès de la société dans son ensemble.

Billets de références IPRP CONSEIL

Pour conclure

Si l’équilibre à trouver se situe entre  » performances  » au travail et qualité de vie, a-t-on vraiment pris la mesure du décalage qui est en train de s’opérer ? Changements à la fois sur les effets de ces nouveaux temps de travail (sans compter l’allongement sur la durée avec la nouvelle réforme des retraites), mais aussi sur les conditions de travail, sur les individus, qui risquent de s’isoler de plus en plus du collectif et/ou ne de plus avoir d’espace pour récupérer. Une longue réflexion collective doit être menée sur ces sujets, notamment en terme d’évolution de carrière.

A l’heure où les négociations semblent annoncées entre les trois fonctions publiques et les partenaires sociaux concernant l’introduction du télétravail chez les fonctionnaires, cette réflexion devra prendre en compte les mauvaises expériences des années France Télécom et autres, projets qui devront être accompagnés dès le temps d’ingénierie des projets afin que le travail reste un lieu d’accomplissement de soi et non un lieu signe de troubles et de pathologies dégradant de fait la vie personnelle.

Alors peut-on aujourd’hui parler de choix ? Si nous avons en tout état de cause le choix de rester en santé ou pas vis-à-vis du travail, à chacun de savoir respecter ce choix et de faire au mieux pour que cet équilibre soit maintenu ; l’employeur, lui, n’a d’autre choix que son obligation de résultats concernant la préservation de notre santé physique et mentale (Art. L.4121-1 et suivants du Code du travail).

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