L’anonymat sur le web : est-ce vraiment possible ?

Note : j’avais écrit ce billet pour notre précédent ebook concernant l’identité numérique. A l’époque, il s’inscrivait dans un contexte particulier. Une proposition de loi faisait en effet grand bruit dans la blogosphère : celle déposée par le sénateur Jean-Louis Masson, visant à obliger les blogueurs à dévoiler leur identité. Cela aurait signé la fin de l’anonymat sur les blogs… Depuis, on n’a plus entendu parlé de cette proposition de loi, qui semble enterrée – tant mieux – tandis que le débat sur l’anonymat sur Internet a rejailli avec les désormais médiatisés Anonymous.

Il n’y a même pas une quinzaine d’années, quand la démocratisation du Web en était à ses balbutiements, la question de l’anonymat ne se posait pas. Ou plutôt, la réponse à cette non-question était systématique : on conseillait forcément aux néophytes de ne pas divulguer leur identité et d’intervenir sur la toile via un pseudonyme. Moins on en savait, mieux c’était, pour sa sécurité personnelle disait-on. L’un des mythes fondateurs de l’imaginaire d’Internet est en effet l’anonymat procuré par le masque de l’écran, lié à l’une des composantes de sa triple origine (étatique, scientifique, et pour le cas qui nous intéresse, contestataire – voir FLICHY Patrice, L’imaginaire d’Internet, 2001, La Découverte).

Les premières démarches dites interactives à connaître le succès populaire n’incitaient pas non plus à s’exposer sous son vrai jour : les chats IRC étaient truffés de pseudonymes plus ou moins exotiques, et on s’en accommodait fort bien. Les conseils qui prévalaient alors étaient de se créer une adresse e-mail complètement anonyme, et de surtout, surtout, ne rien laisser apparaître de sa vraie identité (pour cette raison d’ailleurs, on se retrouve maintenant avec des pseudos incongrus, choisis circa 1998, dans les forums que l’on continue à fréquenter …)

Mais la popularité forcément croissante du Web, l’acceptation de son rôle dans la vie quotidienne, et les débuts – poussifs – de sa dédiabolisation, ont fait qu’il devenait de plus en plus difficile de déconnecter son identité réelle de ce qu’on n’appelait pas encore son identité numérique. L’apparition des blogueurs, qui pour les plus connus d’entre eux écrivaient sous leur vraie identité, et par la suite Facebook et les réseaux sociaux professionnels, pour ne citer qu’eux, ont contribué à lever le voile de l’anonymat sur Internet : il était désormais recommandé, et même indispensable, de construire son profil à partir de son nom et prénom et d’authentiques informations. Les rubriques « A propos » des blogs personnels ont vu se substituer aux qualificatifs mystérieux d’authentiques informations, et les possibilités de centralisation de son identité numérique ont accéléré le mouvement.

Anonyme

Naturellement, les anonymes ne sont pas actuellement rares non plus : on peut bien entendu citer l’incontournable Maître Eolas, mais aussi de nombreux autres blogueurs dont la profession leur interdit de dévoiler leur identité.

Paradoxe de la liberté d’expression sur le Web: s’il est techniquement possible et facile pour n’importe qui d’écrire n’importe quoi, il est aussi très facile d’identifier quelqu’un si on le souhaite vraiment, malgré l’importance du  » bruit » parasite.

Bien entendu, la question de l’anonymat ne se pose pas dans le cadre d’un blog emploi, ou à visée professionnelle (sauf si bien sûr vous êtres en poste, et recherchez à en changer…) L’important sera au contraire pour vous d’être le plus visible possible – de manière positive, cela va de soi !

Pourquoi être anonyme ?

A l’heure du personal branding et de l’e-réputation, la question peut se poser… L’anonymat permet de détacher ses activités de blogueur du reste de son identité professionnel, par exemple. Je peux choisir de n’écrire que sur ma vie professionnelle, mais sans vouloir être associé à tout ce que je relate. Je suis médecin, le secret médical m’empêche bien entendu de tout révéler, mais je peux avoir la volonté de partager mon expérience. Je suis enseignant, j’ai de belles choses à raconter, mais je n’ai pas envie que mes élèves soient au courant de mes doutes et de mes interrogations. Maître Eolas explique très bien ce souhait de rester anonyme dans ce billet : »Pourquoi mon anonymat ?« .

Sans parler nécessairement du contexte professionnel, on peut choisir d’être anonyme pour conserver sa liberté d’expression, tout simplement. Ou pour préserver son « extimité », selon l’expression formée par Jacques Lacan. Est-ce à dire que les sujets que j’aborde sur mon blog, dans un forum ou dans les commentaires d’un article de presse en ligne sont nécessairement honteux ou illégaux ? Bien sur que non !

Même si les défenseurs de l’anti-anonymat pourraient arguer du fait que si l’on écrit sur Internet, c’est forcément pour être lu, et que si l’on veut rester anonyme c’est que l’on a forcément des choses à se reprocher, l’on peut aisément rétorquer que ce n’est pas parce que je ne décline pas mes civilités à ma boulangère ou à mon voisin dans le bus, avec lesquels j’échange volontiers un ou deux mots, que je vais les poignarder sauvagement une fois leurs dos tournés.

L’anonymat sur les blogs

Revenons donc à l’anonymat, et à sa mise en oeuvre. Sans répondre à la question « Est-il souhaitable ? », parce qu’on peut tous avoir une bonne raison pour ne pas se dévoiler entièrement, qui n’est pas forcément celle de déblatérer sur la voisine du dessus qui-nous-fait-peur-car-elle-a-quand-même-un-gros-chien, ou de porter atteinte verbalement à des personnages publics, il faut rappeler néanmoins qu’il ne suffit pas de prendre un pseudo et un avatar pour se sentir complètement anonyme, et non-reconnaissable.

Notre identité ne se résumant pas à un nom et un prénom, si vous décrivez un tant soit peu votre meilleur ami, même sans le nommer, que vous postez une photo de la vue que vous avez de votre fenêtre, ou les cadeaux que vous avez achetés à votre chère grand-mère pour Noël dernier, il est fort probable que, si je vous connais par ailleurs dans la vie, je parvienne à vous identifier sans difficulté.

L’anonymat, si je ne vous côtoie pas au préalable, ne sera sans doute pas levé si vous laissez échapper quelques détails anodins concernant votre vie privée, (et encore, le célèbre portrait de Marc L. par Le Tigre infirme totalement cette assertion ). Mais si je fais partie de votre club de macramé, il y a de grandes chances que je reconnaisse l’une de vos créations dont vous posterez la photo sur votre blog, et donc que j’en apprenne un peu plus sur votre vie. C’est quelque chose qui interpelle, dans les reportages ou les journaux télévisés, quand les visages sont floutés : comment est-il possible que l’entourage n’identifie pas les personnes à l’écran, en reconnaissant leurs vêtements, leur façon de parler, leurs tics de langage… ? Sur un blog, vous avez beau choisir de n’aborder que tel ou tel sujet, pour mettre en valeur l’un des aspects de votre personnalité – c’est la notion d’extimité évoquée plus haut, ou simplement pour vous donner un espace d’expression sur un thème qui vous tient particulièrement à coeur, ou faire rire vos potes sans qu’un malicieux recruteur ne le sache, il est très difficile de ne pas laisser échapper d’autres informations !

Pour protéger son anonymat…

Sans rentrer dans des conditions techniques, rappelons néanmoins quelques règles simplissimes pour protéger de façon basique son identité. Vous avez pris un pseudonyme ? Un avatar ? Une adresse mail pseudonymisée ? Attention à ne jamais les relier à votre nom et prénom ! Cela peut paraître évident, mais il m’est arrivé de recevoir des e-mails de blogs « anonymes » dont l’expéditeur était clairement nommé, bien involontairement. Dans le cas des adresses mails, quand vous créez un compte de messagerie, on vous demande sous quel nom vous souhaitez être identifié par vos interlocuteurs. Tenez-vous en à votre pseudonyme de départ !

Prenez garde également à l’association entre votre pseudonyme et votre identité courante, facilement réalisable par inadvertance au travers d’éventuels comptes pour x sites ou de commentaires sur d’autres blogs. Là encore, il s’agit d’une évidence, mais qui peut être rapidement oubliée ! Attention aussi à ce que vous écrivez, même sous couvert de périphrase. Il ne suffit pas de ne pas nommer une chose, un lieu ou une personne pour ne pas qu’elle soit reconnaissable ! Dans les cas de diffamation, le législateur a pris en compte le fait qu’une personne, si elle n’est pas identifiée clairement mais néanmoins reconnaissable (par exemple : « une vendeuse dans le magasin X », s’il n’y a qu’une seule femme dans l’équipe de cette boutique, on sait tout de suite de qui il s’agit sans avoir besoin de son nom et prénom), a tout à fait le droit de porter plainte. Parce que, justement, elle peut être reconnue. Imaginez que cette règle s’applique à votre anonymat !

De même, n’oubliez pas que vous avez forcément des expressions que vous utilisez souvent, des tics de langage qui reviennent fréquemment dans vos paroles ou vos écrits, voire des phrases que vous avez inventées et qui n’appartiennent qu’à vous… De quoi être reconnu par votre entourage ! Si vous n’avez vraiment pas envie qu’on vous dise « ha tiens je suis tombé sur ton blog, j’aime bien/j’aime pas ça ou ça, tu aurais pu faire un effort sur le design ! », apprenez à identifier ces marqueurs de langage pour éviter de les employer. Bon, c’est certes aller un peu loin dans la paranoïa, mais recoupé à d’autres éléments, vous n’en êtes que plus reconnaissable ! Ce ne sont que de petites règles toutes simples, mais qu’il est bon d’appliquer si vous souhaitez protéger au maximum votre anonymat.

Crédit photo : Patdebaz

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