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Identité numérique

L’éternel recommencement de la blogosphère

Pas de doute, le blogueur est un poisson rouge. Tout comme le meilleur ami de ceux qui n’aiment pas spécialement les animaux mais veulent quand même en avoir un, le blogueur a une durée de vie moyenne très courte et peu de mémoire. On se retrouve du coup avec les mêmes services présentés cycliquement, les mêmes clashs en changeant les noms (ou pas), les mêmes marronniers pour remplir nos gamelles virtuelles. Ne vous trompez pas, ce billet est dans la même veine, une énième mise au point qui contentera les convaincus et qui n’atteindra que peu des personnes visées. Mais il faut bien donner son point de vue et le billet d’Antoine Dupin méritait selon moi une réponse. Et bien entendu, ce billet concerne MA blogosphère, celle qui concerne le high-tech, les réseaux sociaux, les nouveaux usages du web et autres sujets technologeeks. Il est de toutes façons entendu depuis longtemps que la blogosphère n’existe pas, que de multiples sphères existent sans lien entre elles. Le contraire serait simplement impossible. Voici donc quelques réflexions sur quelques aspects récurrents des débats dans la blogosphère. Je serai curieux d’avoir vos avis sur la question ces questions.

L’influence

Sujet principal du billet d’Antoine. Il y aurait donc des blogueurs influents d’un côté, et le commun des mortels de l’autre. Le terme est tellement tronqué qu’il ne correspond plus à rien. A partir de quand est-on influent ? Sur quels critères ? Le trafic, la présence sur les réseaux sociaux, les contacts on et offline ? Est-on prévenu de ce passage au statut de demi-dieu ? çà rapporte quoi ? La réponse dépend de qui prend la parole. Et l’influence se limite dans 99% des cas au microcosme high-tech et est remise en question en permanence. On ne peut donc pas vraiment parler d’influence, mais plutôt de références communes à la plupart des observateurs d’un secteur particulier. Et encore… Demandez aux intéressés, beaucoup démentiront le terme, le minimiseront ou vous diront que le fait d’être considéré comme tel leur a rapporté plus de tracas qu’autre chose.

Au lieu de vous apitoyer sur votre sort et sur le peu de retours faits sur vos écrits, analysez la situation. Cherchez à comprendre vos points faibles et vos points forts, vos atouts, ce sur quoi vous devez travailler. Concentrez-vous sur vous-même, et non sur les « influents » que vous détestez « parce qu’ils ne méritent pas leur succès ». Et n’oubliez pas que l’influence ne sert à rien si vous n’avez pas de raison de vous en servir. Un lectorat fidèle se construit avec le temps, il n’arrive pas du jour au lendemain. Ne cherchez donc pas à faire des coups, mais plutôt à apporter une plus-value à ce qui se fait ailleurs et à proposer du contenu qualitatif ! Le temps et la prise en main des outils de publicisation feront le reste. Si vous êtes intéressant, des lecteurs seront intéressés.

Un point me parait très important au sujet de l’ »influence ». Combien de temps avez-vous à consacrer par jour à votre blog ? Quand on y passe une bonne partie de ses journées depuis quelques années, c’est forcément plus facile de remonter dans les résultats et de se faire connaitre que quand on a deux heures de disponibles dans la semaine. Oui, blogueur est une activité qui se professionnalise. Faites avec.

Et enfin, toujours pour rebondir sur le billet d’Antoine, certains blogs sont présents depuis longtemps dans certains tops. Je trouve çà simplement positif. Presse-Citron, Korben, Accessoweb et d’autres sont de bons blogs, bien tenus, avec des personnalités sympathiques à leur tête. Pourquoi en serait-il autrement ? Le temps et le recul aident à mieux analyser les situations actuelles, et il est important d’avoir des référents. Longue vie à eux, le fait qu’ils restent en place ne ferme pas la porte à de nouveaux arrivants, bien au contraire. Les blogs vraiment qualis comme RWW n’ont pas mis longtemps à s’imposer. Finalement, ils ne sont simplement pas si nombreux…

cat fight

Les clashs

La propension des blogueurs en tête de divers classements à se prendre régulièrement des rafales est assez incroyable. Plus on est mis en avant, plus on mange. Les « c’était mieux avant », « ton contenu est vide de sens », « tu es surestimé » et autre « arrête de prendre la grosse tête » sont légions. Pourquoi ? Pour de multiples raisons. Accaparer quelques instants quelques centaines de clics et avoir son quart d’heure de célébrité (effet assuré à très court terme), canaliser sa haine envers le monde qui est trop injuste, pour se venger et concrétiser sa jalousie latente… Mais jamais rien de constructif, de positif ou de sensé. Par pitié, si vous êtes en désaccord avec quelqu’un, échangez en privé. Le reste s’appelle troller, tout simplement. Que dire de plus ?

La monétisation

Quoi ? Untel a fait un billet sponso et untel a mis des vidéos rémunérées sur son blog ? Mais c’est un scandale ! Quid de la passion, de l’amour de l’écriture et du respect de la communauté ? C’est un des débats les plus récurrents mais aussi un de ceux que je comprends le moins. Chacun est libre sur son espace personnel, non ? Les blogs possédant de réelles communautés sont de toutes façons rares. Et ce n’est pas dur de faire la différence entre un contenu sponso et un fait par coup de cœur. Tout travail mérite salaire, et passer un contrat avec un annonceur ne signifie pas danser avec le diable. Quand on passe de nombreuses heures à s’occuper de son blog, ce n’est pas illégitime d’arrondir ses fins de mois. Tout est ensuite une question d’équilibre…

N’oublions pas les blogueurs qui ont fait le choix de vivre de leur blog. Peu de personnes critiquent les publicités sur les sites d’informations, pourquoi en serait-il autrement sur un blog pro ? Il faut bien vivre, blogueur pour le plaisir et vivre d’amour et d’eau fraiche est difficile. Et j’aimerai bien voir le nombre de personnes qui seraient prêtes à payer pour accéder à un contenu qu’ils apprécient sans publicité. Là encore, la jalousie est en partie responsable de la queue au bureau des pleurs. Même constat pour les a-côtés, les voyages offerts ou les évènements exclusifs. Ne soyez pas dupes, les marques y gagnent plus encore que les blogueurs, sinon elles ne le feraient pas. Et là encore, qui refuserait un voyage tous frais payés pour un évènement bien souvent consacré à son champ d’expertise ? J’ai beau me creuser la tête, je ne vois pas en quoi les intéressés ont tort. Qu’ils en profitent, si on leur a proposé c’est qu’ils le méritent.

Reste la minorité de pique-assiettes adepte des évènements agences qui mangent à tous les râteliers toute l’année. Leurs blogs sont souvent vides de tout contenu à part ces fameux posts sponsorisés ou compte-rendus d’opés. Si cela les amuse, pourquoi pas, je leur laisse la place ! Épuiser autant d’énergie pour boire quelques cocktails… Il n’y a même pas matière à dénigrer. Là encore, c’est une question de choix, de prorité et de crédibilité. Au moins leur ligne de conduite est claire sur toute la ligne.

nombres

Les chiffres

Les fameux. Les sacro-saints. Il est impensable de garder la tête haute si son compteur Feedburner, ses abonnés Twitter, ses fans Facebook et surtout ses visiteurs sont des milliers. Ce constat a poussé de nombreux blogueurs à tricher avec leurs statistiques. C’est le cas depuis longtemps, çà durera encore. Ceux qui s’arrêtent à ces chiffres, synonymes dans l’esprit collectif d’influence, n’ont rien compris au web. N’importe quel blog de buzz un minimum optimisé fait plus de trafic qu’un blog spécialisé. Ce dernier apporte pourtant à son auteur beaucoup plus de choses. Ne vous fiez pas aux chiffres, mais à l’activité de la communauté, à la récurrence des positionnements sur des mots clés issus d’un champ sémantique précis, à la capacité d’un auteur à se faire backlinker et retweeté, à ses retombées presse… Avoir des chiffres maigrelets n’est pas un problème si vous êtes reconnu par votre communauté. Et non, les deux ne vont pas toujours ensemble.

Penser chiffres est le meilleur moyen de ne pas avancer. Penser qualité, fidélisation et crédibilité est beaucoup plus important. Le temps moyen passé sur le site, la récurrence des visites, les commentaires, le nombre de vrais lecteurs (ceux qui restent plus de 10 secondes sur une page)… Voici les seules informations qui doivent vous intéresser. Accueillir 15 000 curieux par jour qui font un aller-retour et qui ne reviendront jamais peut être excellent s’ils cliquent sur vos adsenses. Pas si vous cherchez à vous placer en expert. Et les chiffres sont faits pour évoluer, si à chaque baisse vous risquez l’infarctus votre espérance de vie ne va pas être bien longue.

Le contenu

Demain tous journalistes ? C’est pas gagné. Oui, la qualité d’écriture moyenne constatée sur les blogs peut parfois faire peur. Mais n’oublions pas l’essence même du blog, être un « média » personnel, un espace à nous. Là encore, si vous n’appréciez pas quelqu’un, inutile de retourner le lire, tout simplement. Et surtout, il ne faut pas généraliser ! Une partie des blogs se professionnalise. Une autre est restée ce qu’elle était à sa genèse, des notes qui n’ont pas vocation à faire le tour du web. La facilité grandissante de la publication amène beaucoup de monde, il est logique de devoir faire du tri. De nombreux outils de recommandation sont là pour vous aider, bien heureusement.

Reste le « problème » des blogs vides de sens mais qui cherchent une crédibilité. Billets de trois lignes avec une vidéo ou une image, jamais une réflexion de fond, des listes sans plus-value, des titres accrocheurs qui débouchent sur du vide… Et bien sûr les fameuses traductions de billets US, voire même les flux RSS de certains gros blogs à peine françisés. Mais là encore, où est le problème ? Existe-t-il une quelconque police blogosphérique, des lois que je ne connaitrais pas ? Chacun fait comme bon lui semble. Laissez aux internautes le choix de leurs lectures. Les professionnels et personnes averties sauront trier le bon grain de l’ivraie, et tant pis pour les autres. Vivre dans la rancune perpétuelle ou sortir sa coquille de Caliméro n’y changera de toutes façons rien, donc autant vous concentrer sur des choses positives. Voilà qui résume bien ce billet, çà aurait finalement pu tenir en un tweet.

Avec tout cela, je ne suis pas mécontent d’évoluer également dans la blogosphère emploi, où l’ambiance est excellente, les échanges plus fouillés et l’expertise vraiment mise en avant. Pas de logique d’influence ou de monétisation, juste le plaisir d’écrire, d’échanger et de partager. Prenons en de la graine. On en reparle dans deux ans ?

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Commentaires

  1. John
    24 juin 2010 - 16h47

    Génial cet article , j’adore. Qui est l’auteur ?

    John

  2. antoine dupin
    24 juin 2010 - 16h55

    Attention, j’ai l’impression que le message est en fait mal passé et je ne critique nullement les influenceurs ou les référents. J’invoquais justement la mythologie, le fait qu’il existe réellement un top (que l’on nomme influenceur ou non), et qu’il est vrai que bon nombre de blogueurs se sentent poussés vers produire des billets de qualité moindre mais qui buzzent et leur ramènent du monde et une montée dans les classements pour atteindre le haut et rentrer dans cette mythologie du « si je suis en haut j’aurais plein de cadeaux et une communauté qui m’adule ». Ce n’est qu’une interrogation que je posais, nullement une critique. Je m’interrogeais par ailleurs sur mes propres motivations, et je pense que je ne suis pas le seul à m’être dit un jour « et si je faisais un billet court creux mais avec un titre du tonnerre ». Après, c’est un débat, sur les blogueurs, leur influence, leurs communautés, les publicités et tout et tout et je pense que tout le monde a son avis et qu’il faut le respecter. Cool que cela emmène un débat, très bon billet encore une fois flav, par contre je ne cherchais nullement la polémique :)

  3. etivu
    24 juin 2010 - 17h05

    C’est vrai que paradoxalement ce genre de billet – billets de lassitude j’entend – est dans plus en plus fréquent. Je parle de ce ressentiment sur mon blog. En tout cas belle analyse, et effectivement il faut qu’elle amène le débat !

25 commentaires supplémentaires

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