Antoine DupinNinja des médias sociaux, Antoine Dupin est chargé de communication Web et s’intéresse fortement à l’analyse de ces derniers. Passionné par les relations humaines transcendées par un contexte spécifique, il tient un blog autour des nouvelles technologies.

L’anonymat est elle la solution pour se protéger ? Faut il n’être qu’un spectre, mânes macabres errantes sur des médias dit sociaux pour exister sur le Web ? Rien n’est moins sûr. Car l‘anonymat donne cette dangereuse apparence de toute impunité, et transcende les utilisateurs en parangon de nudisme. Au delà de faire l’apologie de sa propre bêtise, l’utilisateur se drapera du manteau numérique de ses mauvaises actions visibles de tout un chacun. Il se trouvera par conséquent au centre d’un environnement éthéré dont il ne contrôle rien mais dont le simple fait de ne pas être reconnaissable suffit à le protéger des regards extérieurs. Seuls ses pairs (amis, collègues) seraient autorisés à savoir qui se cache sous le masque de la médiocrité.

Car on a tous des vices, des pensées obscures et amorales. Photos d’états d’ébriété avancée, vidéos scabreuses, avis négatifs sur telles ou telles communautés, affection pour un parti politique suscitant le dégoût … tout un océan de données numériques que tout un chacun ayant un tant soit peu de recul n’aimerait pas qu’elles tombent entre de mauvaises mains. Alors il y a l’anonymat, le fait d’être quelqu’un d’autre, une sorte de Docteur Jekyll et Mister Hyde. D’un côté le gentil internaute et ses superbes analyses, son univers de Bisounours voilé de mystère, de l’autre l’infâme troll qui déverse sa haine dans des commentaires, son immonde monde nimbé d’authenticité. Effrayant non ?

Un exemple flagrant vient du site tant décrié, ChatRoulette, ce paradis rose où fleurissent tout un ensemble de phallus. Sur ce site, de nombreuses personnes pensent qu’être masqué rime avec anonymat … Un malin plaisantin a créé un site qui s’appelle Chatroulette Map, qui permet de voir sur une carte un ensemble de personnes ayant surfé sur Chatroulette mais affichées sur une Google Map. Ainsi, vous pourrez regarder si votre voisin est allé payer sa biroute sur la plateforme, et ce malgré le fait qu’il soit habillé en lapin jaune. L’anonymat n’existe pas, retenez bien cette phrase et dites la à voix haute. Car dans ce cas là il s’agissait d’utiliser l’adresse IP pour localiser les utilisateurs, mais d’autres combines existent pour d’autres plateformes.

Ainsi, on a beau parler d’anonymat et engager les internautes à ne plus exister que sous un saubriquet, des traces perdurent. Que cela soit sur le mur des amis qui vont vous identifier sans arrière pensée, que cela soit votre adresse mail ou encore votre adresse IP, il existe de plus en plus de manières d’identifier un individu et ne parlons pas du futur.

C’est pourquoi l’avatarisation est à prendre avec des pincettes. Faut t’il réellement laisser à l’utilisateur un sentiment de toute impunité ou ne vaut-t’il pas mieux l’éduquer? L’avatarisation est une boite de Pandore dont l’espoir serait bien la dernière chose à rester. Car de l’espoir, il en faudra beaucoup pour se dire qu’un jour, les technologies n’évolueront pas, que les masques ne tomberont pas dans ce théâtre de guignol où l’internaute pourra se faire rosser de la pire des manières.

Martin Vidberg

Car nous nous leurrons à nous dire que nous sommes protégés par des épais murs qui ne sont au final de que tristes rideaux écarlates ne demandant qu’à tomber. Lorsque Facebook a changé sa politique de confidentialité, de nombreuses personnalités se sont fait avoir, allant même jusqu’à son fondateur Mark Zuckerberg qui s’est trouvé mis à nu alors qu’il avait protégé, sécurisé son réseau.

Tristes acteurs d’une comedia dell’arte dont le spectateur un peu attentif se repait de nos péripéties, n’attendant qu’avec trop de hâte que les masques tombent. Nous ne sommes que les pantins de notre propre bêtise. Comme disait Sénèque, « La vie, c’est une pièce de théâtre: ce qui compte ce n’est pas qu’elle soit longue mais qu’elle soit bien jouée. » … alors, la jouons-nous bien ?

Ne vous fiez donc pas à l’anonymat, il est dangereux. Il donne cette impression de toute impunité alors qu’il n’en est rien. Sachez que vous serez toujours repérable, si ce n’est aujourd’hui ce sera probablement demain, car les technologies évoluent.

Etre ou ne pas être, c’est la question ?

Dessin de Martin Vidberg
Le blog d’Antoine Dupin
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