Digitalisation : « Les entreprises et DRH doivent accepter d’innover et donc de se tromper »

Dans le cadre de notre semaine spéciale du numérique, nous avons demandé à trois spécialistes du numérique et/ou du recrutement leur avis sur le futur des métiers du web, en partenariat avec IFOCOP. Lesquels vont recruter dans les prochaines années ? Dans quels types d’entreprises ? Comment se mettre à la page quand on est candidat ? Aujourd’hui, nous avons le plaisir d’accueillir Thomas Chardin, Fondateur et dirigeant de Parlons RH, agence de marketing éditorial et digital pour les acteurs des Ressources Humaines et du Management.

Thomas Chardin Parlons RHY-a-t-il un type d’entreprise en particulier qui recrute sur les métiers du web aujourd’hui, ou toutes sont-elles concernées ? On aurait envie de répondre « toutes » à cette question, mais la réalité est différente. Plusieurs paramètres entrent en jeu. Pour commencer, celui de la taille. Je ne pense pas que les TPE voire les PME aient ce genre de préoccupations actuellement, sans vouloir faire de généralités. Les entreprises de ce type que je suis amené à rencontrer n’accordent pas la même importance au web que les ETI et les grandes entreprises. On ne peut pas parler de fracture digitale, c’est plus progressif que cela en fonction de la taille des structures, mais les petites entreprises, soit la majorité du tissu économique français, sont peu concernées. Elles ne couvrent toutefois pas la majorité des emplois.

L’autre critère concerne le secteur d’activité. C’est cette fois très variable ! Dans une ESN de 100 salariés, le web sera évidemment très présent. De même dans le conseil ou dans les services à forte valeur ajoutée. Ce n’est pas le cas dans tous les secteurs, loin de là.

La maturité est également différente en fonction des structures…

Les grandes entreprises tirent souvent le marché sur un certain nombre de tendances et de concepts qui se mettent en œuvre. La plupart des grandes entreprises et ETI sont actuellement sensibilisées à ce sujet, et cette sensibilisation est très rapide. En 2012, quand Parlons RH s’est lancé, le digital et les réseaux sociaux étaient une non-préoccupation pour les RH. Aujourd’hui, il n’y a pas une conférence ou un évènement RH où ce sujet n’est pas central. Cette préoccupation a donc mûri très vite, surtout dans les grandes entreprises, même si l’on n’a pas pour autant toujours les réponses dans les organisations aux questions posées.

Pensez-vous que le nombre de postes concernés va continuer à croitre rapidement dans les prochaines années ?

Il y a d’un côté la maturité du sujet, et de l’autre les postes concernés. Les entreprises ont de forts besoins et n’ont pas forcément trouvé les solutions à leurs problématiques. Je pense donc que cela va continuer. La première question était de savoir pourquoi se positionner sur le digital. La deuxième est de savoir comment y aller ! Il y a besoin de talents et de compétences pour accompagner ce double questionnement, au milieu duquel nous nous trouvons actuellement. Cela demande aussi aux entreprises et aux DRH un changement culturel fort, de se tourner vers le « test and learn », accepter d’innover et donc accepter de se tromper. La plupart des organisations ne sont pas encore prêtes à se tromper.

digitalisation

Va-t-on assister à une évolution des métiers demandés, en réponse à cette maturité croissante et à ce changement progressif de culture d’entreprise ? Les métiers d’aujourd’hui vont-ils évoluer vers d’autres choses en fonction du changement d’objectif des entreprises et des DRH ?

Les métiers risquent effectivement de beaucoup évoluer, aussi vite que la réflexion va avancer. J’ai forcément un prisme déformant de par mon métier, puisque j’accompagne des entreprises et des DRH qui se posent des questions sur leur positionnement marketing et digital. Je ressens donc une forte attente en matière d’évangélisation interne des équipes, de métiers de conseils, de transformation digitale et de diagnostic, notamment en e-réputation. Le fameux poste de Chief Digital Officer correspond bien à ces thèmes, mais ne devrait logiquement plus exister dans quelques années. Il a forcément une approche très transverse pour mettre en mouvement l’entreprise, mais s’il fait bien son job, il va scier rapidement la branche sur laquelle il est assis. Son objectif est de permettre à l’entreprise de se passer le plus rapidement de lui ! La première étape est donc de donner du sens à la digitalisation et d’offrir une méthodologie et de l’accompagnement, mais ce n’est pas une fin en soi.

Quels sont les métiers d’avenir ?

Pour moi, les métiers qui servent à nourrir la conversation et la visibilité, à attirer le candidat, à fidéliser le collaborateur ou à vendre en BtoB et BtoC, vont avoir une importance capitale. Ils servent à nourrir le story-telling, à éditorialiser… Rédacteur web, content manager, community manager, référenceur… La demande devrait augmenter car ce sont des compétences clés. Cela devrait représenter de nombreux postes. Les conversations ne vont pas s’auto-générer, il faudra quelqu’un pour les animer et les alimenter. Et il va falloir avoir une vraie sensibilité et une expertise web. Un journaliste qui passe au web n’est pas forcément un bon rédacteur web, il faut une vraie compréhension du support et des techniques de rédaction qui lui sont liées. Certaines soft skills comme la curiosité permanente, une volonté d’innover et de se renseigner, que l’on ne rencontre pas chez tous les candidats.

Un autre grand axe sera celui des données. Collecte, accès, analyse, traitement, restitution… Il y a toujours eu des statisticiens et des métiers dans ce domaine, mais nous avons quand même de nombreuses nouvelles compétences qui arrivent et qui vont demander des professionnels très qualifiés.

Du côté des diplômes et des écoles, vers quoi s’oriente-t-on ?

Les métiers évoluent tellement vite que la formation n’est pas le seul critère qui compte. Il est important d’acquérir des compétences théoriques, et donc un champ de connaissances. Mais les soft skills sont vraiment centrales : maturité vis-à-vis du digital, enthousiasme, curiosité, dynamisme, capacité à travailler dans un environnement qui évolue vite… De nombreuses compétences viennent avec l’expérience. On ne devient pas expert avec sa formation, mais le fait d’en faire une permet de témoigner d’une envie, de démontrer une vision claire et déterminée. C’est ma vision, ce n’est pas le cas dans toutes les entreprises, puisque c’est une prise de risque supplémentaire. Le poids du diplôme dans beaucoup de structures pousse à choisir la plupart du temps le candidat qui a le cursus en rapport avec le poste. Il faut donc trouver un bon équilibre pour les candidats entre diplôme et soft skills.

Côté candidat, comment développe-t-on des compétences pour renforcer son employabilité ?

Le savoir-faire est important, il faut donc avoir mis en pratique pour rassurer le recruteur. Toute expérience professionnelle est importante, y compris le stage. Et encore une fois, les soft skills dont je parlais dans la précédente question. Tempérament, enthousiasme, envie, énergie… Pour se mettre à jour, il faut être curieux, faire de la veille et s’intéresser à son secteur d’activité. C’est important et cela se voit. C’est une démarche personnelle d’apprentissage, couplé à une capacité à mettre en œuvre ses compétences, notamment en étant actif en ligne.

La reconversion professionnelle est-elle un atout ou un handicap ?

J’ai eu l’occasion de recruter plusieurs personnes en reconversion qui ont suivi une formation à l’IFOCOP. Cela m’intéresse, car ce sont des personnes qui arrivent avec une diversité. Elles ont une richesse, une expérience professionnelle, qui même si elle n’a rien à voir de prime abord avec ce pour quoi elles postulent, peut être complémentaire de leur nouveau poste. Les personnes en reconversion démontrent de plus une vraie envie, une soif d’apprendre, et ne demandent que l’opportunité de le prouver. Cette différence m’intéresse très fortement.

La semaine prochaine, vous pourrez retrouver un article de témoignages sur ce sujet réalisé en partenariat avec IFOCOP, donnant la parole à encore plus de professionnels qui livreront leur regard sur les évolutions à venir dans les métiers du web.

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