Le média des professionnels du digital
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Interview : Scoop.it, demain tous curators ?

Flavien Chantrel, le 10 janvier 2011

Nous vous présentions ce matin un test complet du prometteur outil de curation Scoop.it. Ce service, actuellement en beta privée, est édité par Goojet. Son CEO, Guillaume Decugis, nous a fait le plaisir de répondre à quelques questions à propos du service, de ses futurs développement et de la curation en général. Un grand merci à lui, et bon vent à Scoop.it ! Si vous souhaitez vous faire votre avis, n’hésitez pas à tester Scoop.it grâce à ce lien d’invitation.

goojet

  • Peux-tu nous présenter la société Goojet ?

Goojet est une société qui a été fondée il y a un peu plus de trois ans. Goojet regroupe actuellement une quinzaine de personne. Nous sommes deux associés : Marc Rougier et moi-même, ainsi qu’une douzaine d’autres personnes. Une plateforme d’investissement nous a soutenu sur deux tours de table. D’abord fin décembre 2007 pour 2 millions d’euros puis en juin 2009 pour 6 millions d’euros. Goojet s’est lancé avec une proposition de widget mobile et a bien évolué depuis. Le constat de départ était que le web mobile allait s’ouvrir et que les utilisateurs souhaiteraient un Internet beaucoup plus libre que ce que proposaient les portails opérateurs. On a ensuite souhaité faire évoluer le service car il était trop proche de ce que proposaient les smartphones à leur arrivée. Le succès a été au rendez-vous avec plus d’un million de téléchargements. Par la suite, l’application s’est transformée en Social news aggregator. Il est possible de choisir parmi de grandes thématiques et de recevoir des news personnalisées en fonction de leur popularité dans la communauté Goojet, sur iPhone et sur Android. C’est une appli qui a surtout été développée en France même si une version anglaise existe. En réfléchissant sur les solutions possibles pour améliorer son attractivité, nous sommes arrivés sur le concept de curation. Le plus pratique pour laisser une grande liberté d’action aux utilisateurs était de le faire sur une plateforme web, à savoir Scoop.it. L’appli Goojet va bien sûr continuer à se développer en parallèle et une version mobile de Scoop.it verra le jour.

  • Finalement, en lançant un site web dédié à la curation après avoir proposé un modèle proche sur smartphones, c’est un peu faire l’inverse des concurrents. Pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt ?

Nous sommes atypiques sur ce point. Historiquement, nous nous étions positionnés sur le mobile car c’était un secteur en plein expansion. Nous sommes progressivement passés du widget de départ à une plateforme de social news avec Goojet. Digg, Wikio, Goojet et autres arrivent à sortir des sentiers battus des médias traditionnels en proposant du contenu original, mais il y a un problème de pertinence car beaucoup de sujets ne sont pas couverts. Pour prendre un exemple, on ne trouve jamais de news sur le ski de rando ou sur des passions particulières. Pour arriver à être pertinents, nous devions avoir plusieurs dizaines de thématiques et permettre aux gens de créer celles qu’ils souhaitent. Le projet a donc démarré ainsi : comment faire pour que les gens puissent faire de la curation sur des thématiques très précises et ainsi apporter une vraie pertinence ? Quand on se passionne pour quelque chose, il est parfois difficile de partager sur Facebook car nos amis n’ont pas forcément les mêmes centres d’intérêt. Même constat sur Twitter qui est très orienté high-tech. Donc si je veux aborder le ski de randonnée, cela va finir par exaspérer mes contacts. Nous en sommes donc arrivés à cette idée de créer une plateforme où les personnes peuvent s’exprimer par passion sur leurs sujets favoris. Goojet fonctionnant déjà par curation, nous avons décidé de prolonger cette expérience sur le web via le projet Scoop.it. Cela nous paraissait la solution la plus pertinente, le web permettant beaucoup plus d’actions aux utilisateurs.

  • Pourquoi avoir choisi de créer un site indépendant de Goojet plutôt que de l’avoir décliné sur le web ?

Pour l’application Goojet, nous avons conservé la marque en faisant fortement évoluer le concept. Beaucoup de personnes n’ont pas forcément suivi ce changement et pensent encore que Goojet est une application de widgets pour mobiles. Pour créer quelque chose de nouveau, il nous fallait une marque différente. Nous avons également la volonté de faire un service international et donc de partir sur une marque différente car le concept est nouveau. Scoop.it est un nom sympa, court, qui passe bien dans tous les pays.

  • Curation est le buzzword de ce début d’année, pourtant ce n’est pas très nouveau… Penses-tu que la curation va exploser, ou juste rester un buzzword ?

Ce qui est nouveau ce n’est pas la curation, le mot existe en anglais depuis des siècles. C’est le boulot que font déjà les rédacteurs en chefs des médias traditionnels, certains journalistes… Historiquement, le mot s’applique à l’univers des musées et au choix des nouvelles collections. Le mot n’est donc pas un néologisme comme beaucoup de buzzwords. Ce qui est nouveau, c’est le comportement de gens, qui ne faisaient auparavant pas ce travail de partage et de hiérarchisation de liens. Twitter a changé cela en explosant au niveau mondial. D’autre part, des plateformes essaient actuellement d’utiliser la curation pour la démocratiser. C’est exactement comme le débat des pages persos et des blogs. Quand les blogs sont arrivés, beaucoup ont dit que c’était exactement la même chose que les pages persos, les utilisateurs s’en servant pour mettre leur contenu en ligne. Ce qui a changé avec les plateformes de blogging, c’est la facilité de publication et la démocratisation des usages. C’est exactement la même chose qui se passe avec la curation. Beaucoup d’experts du web le font parmi les community managers, les membres de Twitter… Le but de Scoop.it est de démocratiser cette pratique, de faire en sorte que n’importe qui puisse créer son média. Nous avons tout fait pour faciliter ce travail là. Je pense qu’en 2011 nous n’allons pas assister à l’arrivée de la curation mais à sa démocratisation, tout le monde étant capable d’être curator dans un domaine si on lui donne les bons outils.

scoop it

  • Le marché de la curation commence à être assez concurrentiel, quelles sont les forces de Scoop.it pour se démarquer ?

Beaucoup de personnes parlent de curation actuellement. Nous ne cherchons pas à entrer dans une guerre des plateformes, la curation reste pour moi un moyen et non une fin. Nous nous définissons comme une plateforme de publication, de manière similaire à un blog ou à un média, mais qui utilise la curation et qui propose donc un produit topic-centric qui peut être spécialisé. Les utilisateurs peuvent créer des médias sur les sujets qui les passionnent. Pour reprendre mon exemple, j’ai créé quelque chose sur le ski freeride, je n’aurais pas pu le faire aussi facilement ailleurs. La manière de créer des topics, de les mettre en page, de le personnaliser, nous positionne vraiment comme un média, ce qui nous différencie. L’utilisateur devient un rédacteur en chef de son propre espace.

  • Et le rôle des réseaux sociaux dans tout ça ?

Les réseaux sociaux sont totalement intégrés en amont et en aval. Scoop.it fonctionne via un système de suggestions. Le site va crawler des contenus en rapport avec la thématique choisie sur les réseaux sociaux : Twitter, Digg, Youtube… On va pouvoir découvrir des contenus que l’on n’aurait jamais vu autrement. On va donc découvrir en amont des contenus issus des réseaux sociaux, que l’on y soit inscrit ou pas. Et en aval bien sûr, il est possible de partager ses contenus par mail ou via les réseaux sociaux. Le but est de permettre à l’utilisateur de créer une communauté qui n’est pas forcément en relation avec eux sur Facebook ou Twitter mais qui partage des intérêts communs.

  • L’ouverture est en beta pour le moment, quelles seront les prochaines étapes ?

La raison de la beta privée, c’est qu’il est important de prendre en compte les feedbacks des premiers utilisateurs. Si on ouvrait tout de suite, il serait très difficile de faire le tri. Nous souhaitons aller le plus tôt possible vers une beta publique. Cela viendra dans les mois qui viennent, en attendant, les inscriptions se font par invitations. D’ici là, nous allons essayer d’améliorer l’outil, de déterminer les fonctions qui manquent pour rendre Scoop.it le plus mainstream possible. En ce moment, nous faisons une release par semaine pour améliorer le tout.

  • Qu’en est-il de la monétisation ? Attendez-vous d’avoir une base d’utilisateurs suffisante pour monétiser le site ?

Nous ne sommes pas dans une approche à la Twitter en cherchant à monétiser uniquement quand nous aurons des millions d’utilisateurs. Même avec une taille restreinte, nous avons des choses intéressantes à délivrer en matière de publicité avec de la pub ultra-ciblée. Nous aurons en effet des espaces thématiques précis. Nous allons tenter de voir comment monétiser cet aspect, par exemple sur le modèle de la curation en intégrant directement des contenus. Nous avons également de nombreux retours d’utilisateurs qui nous disent que leur utilisation est professionnelle et qu’ils seraient prêts à payer pour avoir plus de fonctionnalités, du côté des entreprises et des community managers. Un modèle freemium pourrait donc être envisagé. Tout cela viendra dans les mois qui viennent. Nous allons également ouvrir aux US, où plusieurs blogs ont déjà parlé de nous. C’est pour cela que le site est en version anglaise, c’est très important pour nous de nous développer là-bas.

Le site Scoop.it
Des invitations pour découvrir Scoop.it
Le test complet de Scoop.it

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Commentaires
  1. Resaski blog dit :

    Une date prévue pour l’ouverture au grand public de Scoop.it ?

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