Interview : Joe la Pompe revisite la publicité

Si vous naviguez de près ou de loin dans le monde de la publicité, vous avez forcément entendu parler de Joe la Pompe. Figure emblématique du milieu, il n’a pas attendu l’arrivée des réseaux sociaux pour générer des conversations et créer de la viralité. Craint et respecté de ses pairs, Joe la Pompe dénonce depuis 1999 les copies publicitaires. Rien ne s’invente, tout se recycle, et certains créas l’ont bien compris ! Tous les supports sont passés au crible (vidéos, print, affichage) et l’esprit de la copie est résumé en une petite phrase qui fait mouche. Du grand art, et un des blogs les plus reconnus au monde dans le secteur (cocorico).

Mais Joe la Pompe ne se contente pas de publier ses trouvailles sur son site. Il sort également des livres, comme Nouveau?, disponible depuis déjà quelques années. Son dernier ouvrage s’intitule « 100 visual ideas, 1 000 great ads » et met en avant 100 thèmes récurrent dans le monde de la publicité. Un bel hommage au genre et une source d’inspiration pour tous, créatifs ou non. Noël approche, voilà une idée de cadeau qui sent bon (chérie si tu me lis) ! Pour fêter la sortie de ce livre, Joe nous a accordé une interview. Un grand merci à lui pour son point de vue rafraichissant.

  • Ton dernier livre sort un (tout petit) peu de ta ligne éditoriale habituelle, il s’agit autant d’un hommage à la publicité qu’une dénonciation de la copie. Peux-tu nous en dire plus sur cet ouvrage ?

Il ne s’agit plus du tout d’une dénonciation de la copie, mais plutôt d’un ouvrage qui, de par son contenu, permet de muscler sa culture publicitaire et d’éviter de refaire des idées déjà-vues sans le faire exprès. Bref, dit autrement, la meilleure manière de ne pas finir sur mon blog c’est d’acheter (et de bien lire surtout) mon nouveau livre. J’ai volontairement refusé de faire une suite à mon premier ouvrage car je déteste ce qui se répète et j’ai voulu innover. J’ai cherché une forme d’ouvrage pub qui n’existe pas encore et qui puisse être véritablement utile aux créatifs et aussi agréable à lire pour quelqu’un qui n’est pas de ce milieu. Je voulais montrer que je sais ne pas être « que » critique envers le milieu publicitaire. On m’accusait souvent de pointer du doigt un problème sans y apporter de solution. Grâce à ce livre j’apporte une contribution positive. Je prouve qu’on peut exploiter des images / symboles / personnages de 1000 manières différentes sans forcément se répéter ou pomper!

  • En débutant à la fin des années 90, tu as connu l’arrivée du participatif et du collaboratif. Est-ce plus facile aujourd’hui de repérer les doublons ? Quelle proportion d’infos t’arrive des lecteurs ?

En effet, plus mon site a été connu, plus j’ai eu de contributions extérieures spontanées. Au début je devais tout faire tout seul, et en plus on ne trouvait rien sur le net. Je devais acheter des livres et les scanner ! Aujourd’hui ça m’aide beaucoup, car je suis tout seul derrière ce site contrairement à ce que pensent la plupart des gens qui imaginent que c’est un collectif qui est caché derrière la cagoule :-) Ceci-dit ça me demande un gros travail de sélection et de tri car les gens m’envoient tout et n’importe quoi. Même des choses qui n’ont rien à voir avec la pub. Je reçois des dizaines de mails chaque semaine, et je n’en publie qu’une petite quantité au final. Car j’ai une ligne éditoriale assez stricte et restrictive. Mais c’est grâce à ça que mon site reste unique et différent des autres.

  • Au fil des années, Joe la Pompe est devenu un symbole pour une génération de publicitaires. Avec l’anonymat, tu pourrais très bien être un collectif et non une personne seule. N’as-tu pas pensé tout plaquer à un moment et laisser la main à quelqu’un d’autre ?

Ça m’a déjà traversé l’esprit. Mais je n’ai pas encore trouvé quelqu’un d’assez dingue, d’assez têtu, excessif, obstiné, rigoureux et passionné que moi. Je ne confierai pas plus de 12 ans de travail au premier venu. En plus, c’est une tâche qui ne rapporte pas vraiment d’argent et qui demande un engagement et une persévérence inouïs. Mais l’idée de former un disciple ou d’accueillir des collaborateurs plus impliqués me dirait bien. J’ai envie de partager davantage mon expérience. Je suis totalement ouvert aux candidatures.

  • Tu es un des rares blogueurs français à avoir une reconnaissance internationale. D’ailleurs, te considères-tu comme un blogueur ?

Bien sûr. Mon blog n’est pas formaté comme les autres et ne répond pas à tous les critères du blog traditionnel mais je suis fier de cette différence. Je suis totalement incorruptible, je n’écris pas de billets sponsorisés, je ne fais pas ma pute pour avoir des invits aux soirées, je ne lèche pas les pompes des RP pour recevoir des gadgets débiles et je ne me sens pas obligé de rentrer dans le bal des fayots vis à vis des « influents ». Grâce à ça je suis dégagé des contraintes d’audience et totalement libre de mon contenu éditorial !

  • Être à la fois anonyme et reconnu par tout le monde ou presque dans ta profession, ce n’est pas un coup à devenir schizophrène ?

Tout le monde cherche à se faire un nom dans ce métier et ils sont prêts à tout pour ça. Je regarde ça avec recul et amusement. Dans un milieu où l’égo est roi, je trouve ça confortable, amusant et original de chercher à être le moins connu possible. Il n’y a que mon travail et ma passion que je veux mettre en avant pour le moment :-) Bien sur c’est un peu compliqué à gérer et parfois je me mélange les pinceaux entre mes différentes identités.

  • Le passage massif au web a forcément changé la manière dont on pense la publicité, et la viralité qui va avec. La culture des mèmes fait même l’apologie de la copie. Va-t-on vers toujours plus de doublons ?

Le web accélère le recyclage généralisé. On accède de plus en plus facilement à tellement de sources d’inspiration qu’il est commode et aisé de plagier sans y adjoindre une once de valeur ajoutée telle vidéo glanée sur YouTube ou telle photo rigolote pêchée au hasard sur Google images… Je n’ai rien contre la copie en tant que telle du moment qu’elle est assumée, revendiquée comme un hommage ou un clin d’œil ou qu’elle sert de point de départ à autre chose. Mais souvent c’est juste un acte paresseux, lâche et mal assumé. On va vers de plus en plus de doublons et en même temps jamais autant de plagiaires n’ont été démasqués et exposés à la face du monde. On vit dans ce nouveau paradoxe…

  • Si tu pouvais copier une pub et t’en sortir impunément, tu choisirais laquelle ? (la question pourrait aussi être Quelle publicité aurais-tu aimé réaliser, mais ce serait nettement moins drôle

Il y en a tellement! Plus qu’une idée pub en particulier, j’aurais aimé inventer une saga aussi forte que celles de Bud Light ou de Hamlet. Bref une campagne qui dure dans le temps et qui se décline d’année en année. Quelque chose de drôle, de malin et de populaire en même temps. Je n’aime pas les pubs élitistes qui ne parlent qu’aux publicitaires et encore moins les fakes opés soi disant destinées à buzzer et qui n’ont jamais existé ou les ghosts, qui aussi créatifs soient-ils ne sont pas destinés à vraiment exister. Ceci étant je détesterais avoir le sentiment de refaire quelque chose qui a déjà existé. Je préfère faire quelque chose de moyen mais de nouveau plutôt que quelque chose qui en mette plein les yeux et qui soit une vieille recette bien éculée !

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