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Identité numérique

Interview : Greg Frite, le community manager du rap français ?

Les amateurs de rap français d’hier et d’aujourd’hui le connaissent bien. Certains sous le nom de Black Boul’, membre du groupe culte Triptik, d’autres sous le nom de Greg Frite. Passé en mode solo il y a quelques années, l’homme a su se réinventer par l’intermédiaire des médias sociaux. Multipliant les projets, il a fait du web son terrain de jeu pour créer et donner de la visibilité à son art. Vous connaissez peut-être certaines de ses initiatives. Piège de freestyle par exemple, une émission 100% web menée avec Antoine Smith, où des rappeurs sont invités à exprimer leur avis sur un sujet d’actualité sur 4 mesures (Hadopi, les révoltes des pays arabes…). Ou le Can I kick it tour, une tournée rassemblant des rappeurs de l’ancienne et de la nouvelle génération. Vous l’avez également vu dans Le Sucre pimenté, clip de l’excellent Oxmo Puccino rassemblant la crème du hip hop français.

Nous nous intéressons régulièrement sur ce blog à l’utilisation qui est faite des médias sociaux par les entreprises. A travers l’interview de Greg Frite, nous allons aujourd’hui parler de l’importance de ces médias sociaux pour les artistes. On le sait, rien n’est plus efficace que de personnifier sa marque en ligne. Alors quand on est un artiste, la moitié du chemin est déjà fait, non ? Greg Frite a su se démarquer non seulement en étant présent, mais aussi en lançant de nombreuses initiatives collaboratives et en adaptant ses formats au web. Et comme pour une marque, il y a un élément indispensable qui est présent : la qualité, qui aide à la diffusion. D’où le succès des projets cités plus haut ! Un dernier projet à citer justement avant de commencer l’interview : Les gros mots de Greg, une émission qui explique la signification de néologismes ou de mots qui reviennent en haut de l’affiche après avoir disparu. En attendant d’autres concepts, l’homme est prolifique. Fini de vous faire patienter, voici son témoignage sur son utilisation des médias sociaux.

Tu es assez actif sur les réseaux sociaux (Google +, Facebook, Twitter, et même Myspace). Quand as-tu commencé à être présent sur les médias sociaux et à les utiliser ?

J’ai commencé en 2009,  avec le lancement de mon premier clip, Français, à l’occasion de mon retour solo. En 2003, Triptik a fait un break, j’ai vaqué à diverses occupations, et je suis revenu à la musique en 2009. C’est là que j’ai pris conscience de la possibilité de rayonnement et de retours instantanés qu’offrent les réseaux sociaux pour un artiste.

Est-ce la nécessité qui t’a poussé à t’inscrire sur les réseaux sociaux, ou bien, à l’inverse, tu t’y es inscrit par hasard et tu as vu qu’il y avait des retours intéressants ?

La fonction créé l’outil ! J’avais pour projet de faire un clip avec un ami de lycée, et j’avais vraiment envie de nous donner les moyens de le faire connaître, de faire comprendre que je n’avais pas arrêté la musique. J’avais besoin d’un rayonnement quel qu’il soit, mais sans avoir l’intention de mettre un seul euro là-dedans. C’est pour cette raison que les réseaux sociaux m’ont interpellé. Aujourd’hui, on ne peut pas faire l’impasse dessus, dans le sens où ils sont gratuits, et réinventent la correspondance entre les artistes et le public. On parle directement avec les gens. C’est un gain de temps, de liberté et même d’expression par rapport à ce qu’était la musique il y a 10 ans. Avant, tu envoyais des disques à des radios, et puis tu devais attendre leurs retours et celui des auditeurs, pour savoir ce qu’ils en pensaient. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, le retour est instantané.  Tous ces paramètres-là m’ont motivé à me pencher sur Twitter, Facebook, et ensuite les autres réseaux sociaux.

Quelle distinction fais-tu entre l’utilisation professionnelle et personnelle des réseaux sociaux ? Les utilises-tu uniquement pour promouvoir ton actualité, ou est-ce que tu as une 2ème utilisation un peu plus cachée, personnelle, que tu ne vas pas forcément montrer ? Pour les artistes, il peut exister une certaine peur d’avoir trop d’interaction, que des gens viennent te harceler…

Le fait d’être connu, reconnu, n’est pas ce qui m’intéresse dans la musique. J’ai une quête  personnelle, qui est d’objectiver ma vie à travers mon écriture. Christian Bobin disait que l’écrivain est un fou qui tient sa folie dans une poche d’encre, et j’aime bien cette formule. Je ne me mets pas dans une tour d’ivoire ! J’ai un côté « commerce de proximité », ça peut paraître péjoratif mais ça me correspond assez bien. J’aime bien discuter avec les gens, pour peu qu’ils soient corrects et ne se permettent pas tout et n’importe quoi.

Je ne fais donc pas de distinction entre l’artiste et le côté privé. L’inconvénient, c’est que c’est chronophage : au final, c’est un vrai travail ! On peut parler de son actualité du moment, la faire résonner, mais ça permet aussi de voir ce que font les autres, ce qui est extrêmement intéressant. C’est le renouveau du rap français qu’on est en train de vivre, ça créé une vraie émulation. Tu peux voir qui a fait quoi rapidement !

Tu es tout seul pour t’occuper de toutes tes présences ?

Oui, tout à fait. Je peux faire 3 à 4 heures de veille tous les jours, en plus des autres projets et de la création à proprement parler. Maintenant, avec des outils comme les smartphones, c’est plus facile de gérer tout ça en direct. Mais je suis encore à un stade où ça reste artisanal !

Est-ce que cela apporte une plus-value à ta carrière, en dehors de l’aspect relation directe avec le public ?

L’avantage, c’est que tu es tout seul aux manettes, que tu n’as besoin de personne. Pour peu que tu t’intéresses aux médias sociaux, il y a plein de choses que tu peux faire seul, les intermédiaires sautent. Tu peux maîtriser tous les tenants et les aboutissants. Je sais que malgré tout, peu d’artistes ont ce souci-là, parce qu’ils ont toujours eu quelqu’un pour s’occuper de tout ça à leur place. Moi j’ai une vraie curiosité, tout m’intéresse. A partir du moment où je peux gagner en liberté avec un minimum d’implication, ce qui est maintenant le cas car j’arrive à faire ma veille plus rapidement, j’évite de perdre du temps. C’est moins chronophage qu’au début, où je découvrais, je perdais pas mal de temps. Mais j’aimerais approfondir mes connaissances. Mais le problème des réseaux sociaux, c’est que tout le monde compare sa vie, ça peut rendre malheureux. C’est la surenchère de belle vie ! Alors que ce n’est pas forcément vrai.

En interne, il y a de nombreux projets dans le rap français où tu as plus vocation à rassembler les autres (Can i Kick It tour, Piège de freestyle…). Tu es un peu le CM du rap français finalement, non ?

Je n’ai pas cette prétention-là ! Mais ça part d’une private joke : dans mon groupe d’amis, des gens de mon âge, je fais partie des premiers à m’être mis sur les réseaux sociaux. J’ai pratiquement vécu l’ouverture de Facebook France. Du coup, je me suis un peu approprié le terme, mais ça ne veut rien dire : ma communauté, ce sont les gens qui apprécient ma musique.ri

Quand Triptik a fait une pause, j’ai commencé à me mettre aux machines, à la composition. Je me suis un peu enfermé sur moi, du coup, j’ai commencé à travailler seul. Mais c’est nettement plus stimulant d’être en groupe, de prendre des décisions collégiales; il y a une vraie émulation. Lorsque tu montes des projets à plusieurs, non seulement tu peux te permettre des choses plus ambitieuses, mais c’est également plus efficace. C’est un peu le comme pour les séries américaines, pour lesquelles ils ont des pools d’auteurs : on se demande comment ils arrivent à trouver toutes ces idées, mais c’est tout simplement parce qu’ils sont nombreux ! Tu rebondis sur les idées des autres. Les intervenants forment une sorte de symphonie sur les projets à vocation artistique. On ne peut rien faire tout seul ! Faire de la musique tout seul dans son coin, je ne vois pas trop l’intérêt ! C’est bien de pouvoir partager, échanger…

Tu as touché tous les médias sociaux, sauf un : le blog. Pourtant, avec tes talents d’écriture, il aurait été logique que tu investisses ce support.

Pour une question de temps, tout d’abord. Et je ne sais pas ce que je pourrais y poster de plus que ce que je publie déjà sur mes autres profils de réseaux sociaux. Je suis peut-être trop dans l’immédiateté, mais c’est ma nature aussi !

Pour moi, le rap est un moyen de faire de la musique, et la musique sera un moyen de faire autre chose. Mais comme je peux toucher à tout car tout m’intéresse, je sais que je peux perdre facilement les gens. Finalement, la perception qu’ont les gens me concernant à travers les réseaux sociaux me convient bien : je peux faire tout ce que je veux. Sur un blog, je serais peut-être tenu d’avoir une certaine cohérence que je n’ai pas envie d’avoir, parce que la vie n’en a pas… Donc, cette consommation immédiate telle que je la propose aux gens qui me suivent me correspond. Greg frite, c’est comme le sandwich : on ne sait jamais ce qu’il y a dedans J J’ai envie de me réinventer tout le temps. C’est ce que j’ai envie de développer.

 

Le projet du moment, c’est Les Gros Mots de Greg. Tu peux nous en dire plus ?

Le concept est tout simple. J’ai une vraie curiosité pour les expressions et les mots qui apparaissent du jour au lendemain, que ça vienne de la rue ou d’ailleurs. Par exemple, pendant la Coupe du Monde 2010, d’un seul coup, tout le monde s’est mis à parler de vuvuzela. Personne ne savait ce que c’était, mais en quelques jours le mot était sur toutes les bouches. Ce genre de mode du langage m’interpelle. Au niveau du rap, tu as souvent envie de « dater » tes textes en incluant les expressions du moment. On est friand de ça dans notre milieu ! Du coup, j’ai commencé à réfléchir à un concept où l’on expliquerait ce genre de mots ou d’expressions à la génération de nos parents. Le tout en rap, bien sûr. J’explique des termes comme swag, bolos, schlag… On les entend à droite et à gauche, mais certains les utilisent mal et d’autres ne les comprennent pas du tout. Chacun en a sa définition, en fonction de là où il habite, ce qui rajoute à la confusion. Il y a des vieux mots d’argot, des termes gitans, africains, qui sont remis au goût du jour. Et comme tout ce qui concerne les mots m’amuse et m’intéresse, l’idée de l’émission est venue naturellement. Avec la curiosité comme moteur !

Combien d’émissions sont prévues ?

Pour le moment, il y a 30 modules de prévus. Believe Digital, chez qui j’ai sorti mon EP €ur$up en début d’année, m’a expliqué qu’ils cherchaient à créer une chaine urbaine sur Youtube, kasseDED. Je leur ai proposé ce concept et ils ont accroché. J’ai encore quelques formats « Internet » comme celui-ci dans mes cartons, on verra quand ils en sortiront ! Ces concepts de « capsules », il y en a de plus en plus. Il faut que le contenu soit dense, rythmé… Le divertissement change, c’est pareil pour les chansons. Dans les années 90, elles pouvaient faire 5 ou 6 minutes Maintenant, on est plus sur des formats 3 minutes 30. Les modes de consommation changent, tout simplement.

La chaîne urbaine kassDED

Le Facebook de Greg Frite

Le Twitter de Greg Frite

Le Google Plus de Greg Frite

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