Interview : David Abiker, présence numérique et personal branding

Suite à la deuxième édition de notre enquête sur les community managers, nous avons lancé une série d‘interviews d’entreprises et de personnalités sur leur utilisation des médias sociaux. Cette question des usages est en effet centrale, donnant du sens et du relief aux statistiques et évitant de prendre des idées reçues pour des généralités. Bien loin du consensus mou en matière d’identité numérique et plus globalement de présence en ligne, c’est aujourd’hui David Abiker qui répond à nos questions.

Journaliste, écrivain, chroniqueur, David Abiker est passé par France Info, France Inter, GQ, Arrêt sur images et a même été DRH. Il est aujourd’hui possible de l’entendre sur Europe 1 et Canal Plus. Son appétence pour le web nourrit depuis longtemps ses chroniques. Très actif sur son blog et sur Twitter, il nous semblait intéressant de connaître son avis sur ces nouveaux outils, sur les usages qu’il en fait, sur le personal branding… Un grand merci à lui pour ses réponses parfois décalées mais souvent pertinentes.

  • Vous êtes très actif sur le sujet du web et des blogs depuis le milieu des années 2000 (chroniques sur France Inter, France Info…). Comment avez-vous vécu l’arrivée des réseaux sociaux en tant que journaliste ? A quel point cela a-t-il changé le métier ?

Les réseaux sociaux m’ont donné du boulot. Ça a d’abord été les blogs puis les réseaux sociaux. Bientôt tout le monde saura de quoi il s’agit et je n’aurai plus rien à dire. Je ferai donc un jour mes adieux au net, comme le Chanteur de Daniel Balavoine qui voulait mourir malheureux.

  • D’où vous vient cette curiosité pour ces nouveaux outils ?

Vous imaginez le type qui s’est intéressé au premier téléphone ? Il a dû tourner autour longtemps avant d’oser s’en servir ! Ben moi c’est pareil, les réseaux sociaux m’ont fasciné car ils ont changé notre façon d’acheter, de téléphoner, d’aimer, de chercher du travail, de nous prostituer, de dénoncer notre voisin ou d’appeler à la Guerre Sainte. Dans 10 ans, quand je dirai aux jeunes « Je m’intéressais aux réseaux sociaux » ils me regarderont comme je regarderais ce type qui a tourné autour du premier téléphone. C’est triste mais c’est ainsi. La jeunesse est ingrate.

  • Beaucoup de journalistes ont abandonné le blog avec l’arrivée de Twitter. Pourquoi avoir continué ? Qu’est-ce qui différencie ces deux supports selon vous ?

Twitter c’est faire de la barbe-à-papa, blogguer c’est faire une tarte au pomme. Piger c’est se nourrir. Il faut faire un peu de tout… Et j’aime mon blog, c’est un peu un atelier, une cabane dans un arbre perché. J’y insulte les trolls comme je veux, j’y répète des chroniques, j’y développe ce que je ne peux pas dire dans un format radio ou TV. A la radio on ne peut pas insulter les gens, par exemple. C’est heureusement interdit. Mais sur son blog ou sur Twitter on peut le faire. L’autre jour j’ai traité quelqu’un qui me reprochait de ne pas penser comme lui de « Pistachier ». Il est parti sans demander son reste.

  • Vous avez beaucoup abordé le sujet du web dans vos chroniques. A l’inverse, jugez-vous que votre activité sur le web a eu un impact important sur votre vie professionnelle, notamment à travers la visibilité qu’il a pu vous apporter ?

Pas vraiment. Ce qui m’a vraiment mis le pied à l’étrier dans ce boulot ce sont trois choses : un livre sur le fabuleux déclin de l’empire masculin, ma collaboration à Arrêt sur images avant la suppression de l’émission par des responsables de programme réactionnaires et ma chronique sur les blogs à France Inter. Sur cette base, je suis devenu un journaliste étiqueté réseaux sociaux, la vérité est que seuls les usages m’intéressent. La technique sera dépassée une fois que j’aurais répondu à votre dernière question.

  • Vous avez été DRH dans une autre vie. Quel regard portez-vous sur l’évolution de la gestion de l’employabilité avec la démocratisation du web ? Va-t-on aller vers une importance toujours croissante du personal branding et de la capacité à se vendre ?

Internet a donné du travail c’est évident. Le basculement des petites annonces sur Internet aussi. Mais je ne suis pas sûr que jusqu’à aujourd’hui les réseaux sociaux aient permis de trouver un job, vraiment. En revanche il y a des métiers du web. Inversement le net a détruit pas mal d’emplois, c’est le grand cycle du progrès. Un des changements apportés par le web, c’est que désormais tout le monde est sur le marché. Avant on mettait une fausse barbe pour refaire son CV et utiliser le copieur de l’entreprise. Aujoud’hui tous les cadres tapinent sur Facebook ou Viadeo. Le personal branding que certains appellent le personal branling n’est pas le fait d’internet. Il est le fait de l’individualisme forcené qui ronge la société et détruit tous les référents de l’instituteur au prêtre en passant par le chef d’entreprise et le syndicaliste. Ces figures d’autorité n’existent plus et son remplacées par les meutes hurlantes de l’individualisme ivre de lui même et de ses mèches de cheveux. L’individu est devenu la mesure de toute chose. Il est donc normal que ce qui arrive à l’individu soit aussi important que ce qui arrive à un Etat ou un chat. Voyez comme la parole de l’idiot voisine avec celle du chef d’Etat élu démocratiquement aux informations. Parfois les deux se confondent mais parfois, il serait plus démocratique et légitime qu’on tende moins le micro à l’idiot. Mais non, il faut absolument qu’il donne son avis sur le poids du cartable ou la viande halal. Après l’enfant, c’est désormais l’individu qui est roi. Il est donc normal que chacun se soucie de son personal branding, c’est dans la logique des choses.

  • Utilise-t-on différemment ses comptes publics quand on sait qu’ils seront observés et que tout écart pourra être utilisé contre vous ? Est-ce que le fait d’être une personne publique change la spontanéité de l’utilisation ?

Dans la mesure ou mon pseudo se confond avec ma véritable identité, je prends bien soin d’éviter de dire tout haut les propos racistes que je ne pense que très rarement tout bas. J’évite d’insulter les femmes, de draguer les enfants ou d’insulter mes employeurs. J’aime la courtoisie mais de temps à autres, je réponds vertement au quidam qui m’interpelle du haut de ses trois followers et de sa révolte à trois euros. Je peux lui dire « Je vous méprise Monsieur, présentement ». Ça tient en 140 signes, je crois. Évidemment j’interdis Internet à mes enfants et à mon épouse. Franchement, j’utilise Twitter aussi mal que les autres. Mais j’y mens énormément. Mentir sur internet est un moindre mal, c’est comme voler un receleur.

  • A côté de l’image publique projetée par vos différents comptes, avez-vous une utilisation plus personnelle des réseaux sociaux, familiale ou intime ? Des comptes privés ?

Oui. Je reçois des mails de mes parents et je leurs réponds. Hier ma femme m’en a adressé un que je peux ici rendre public. Le texte est le suivant : « Tu me rends folle. Pense à payer la cantine ». Mes patrons et mes collègues de bureau, chaque semaine, m’adressent également par mail de nombreuses félicitations ou des demandes de conseil pour leur avenir. Je m’interdis d’en donner la teneur pour éviter de susciter des jalousies. J’ai également reçu une fois un SMS de ma fille ce qui m’a permis de réaliser qu’elle avait un portable que j’ai supprimé immédiatement.

  • Ecrivain, chroniqueur, journaliste, blogueur… Les frontières peuvent devenir floues quand on est omniprésent. Quels seront vos prochains défis ?

Dieu est omniprésent. Je suis présent sur Europe1 et Canal Plus par la force de l’esprit sain. On ne peut pas parler d’omniprésence médiatique. Je veux bien néanmoins engager la discussion sur les frontières, le positionnement, la visibilité et le cumul des chroniques. A condition que de bonnes âmes viennent payer mes factures et l’éducation de ma descendance toujours plus coûteuse. Travailler plus pour leur acheter des peluches, c’est ma devise. Mon prochain défi : continuer à vivre sans tabac. C’est dur car j’ai adoré fumer. Je faisais des ronds magnifiques.

Le blog de David Abiker

Le compte Twitter de David Abiker

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Commentaires

  1. FmR
    20 novembre 2012 - 12h07

    Je me suis régalé à la lecture de cette interview, Merci bien. Désormais, je voterai David Abiker à toutes les élections 😉

  2. Laurent RODRIGUEZ
    20 novembre 2012 - 12h17

    Très sympa… J’aime le ton décalé, je me suis régalé, merci !

  3. Elsalamouche
    21 novembre 2012 - 8h23

    Tout à fait d’accord, comment aurais-je assumé de porter mes cheveux gris sans le reflet apparemment bienveillant de mes contacts facebook !
    (Ceci pour la phrase sur les mèches de cheveux, le reste de l’article est très bien aussi !)

  4. Cré Act'iste
    23 novembre 2012 - 15h50

    Génial cet article et plus généralement ce blog ! Merci c’est un vrai outil de vie tout simplement…
    … sur une autre rive visitez donc l’expo sur notre cher Salvador Dali !… à Paris en ce moment …
    Sinon, pensez transdisciplinarité > adaptabilité > cohérence et progrès !

    Voici de bon ingrédients d’équilibre !

    Bien sincèrement,

  5. Sam
    6 février 2013 - 6h11

    Je suis David Abiker depuis ASI et il est toujours intéressant à lire, merci!

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