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Internet, réseaux et territoires, déconstruction des idées reçues, par Pierre Musso

Anne-Laure Raffestin, le 10 février 2011

Pour le premier compte-rendu des conférences du CapCom Rennes, Antoine Dupin nous présente « Internet, réseaux et territoires, déconstruction des idées reçues » par Pierre Musso. La deuxième conférence du jour, « Citoyens connectés », de Daniel Kaplan, est à venir dans un autre billet !

Capcom Rennes

Après une matinée sur les chapeaux de roue, c’est avec plaisir que je vous écris un bref résumé des deux premières conférences. J’ai laissé Anne-Laure prendre le relais, il faut comprendre que les intervenants n’ont que deux heures et demi pour présenter quatre conférences. C’est donc du super condensé et un vrai cauchemar pour votre humble serviteur qui a les doigts qui chauffent.

Internet, réseaux et territoires, déconstruction des idées reçues – Pierre Musso

Pierre Musso est philosophe de formation, docteur en sciences politiques, professeur en Sciences de l’information et de la communication à Télécom ParisTech, ainsi qu’à l’université de Rennes II, et chercheur au LTCI, au LAS Université de Rennes 2 et associé au LIRE – ISH Université de Lyon II.

Contexte : Le Cyberespace, qui est venu de la science-fiction, devient aujourd’hui réalité. Deux mondes sont alors entrelacés, territoire physique et cyberespace. Les frontières s’estompent entre ces univers, le cyberespace ajoutant une dimension supplémentaire complexe. On pourra citer Google Street, Google Earth, Second Life… pour étayer nos propos. Au final, nous avons un double monde composé en mille feuilles. C’est fractal et il ne faut pas voir la simplicité, d’un côté le physique, de l’autre le virtuel mais bien un ensemble composé de divers espaces. Aujourd’hui toute action (ou échange) devient donc hybride et située dans un seul espace. On parle d’hybride car fait de connections physiques et virtuelles.

Idées reçues :

1 – Les TIC sont pensées comme des routes, des infrastructures qui ont des effets structurants.

Cette idée reçue renferme le territoire comme pensé en réseaux, eux même assimilés aux réseaux de transports et par conséquent aux enjeux qui y sont relatifs. Cela enferme les politiques dans des débats sur la technologie et non sur les usages. Il faut se demander comment concevoir les territoires.

2 – Les TIC se substituent aux médias et TIC précédents.

Le temps consacré aux loisirs n’a guère changé en trente ans. L’innovation annoncée en termes de rupture, de révolution, en fait concerne une évolution technologique avant les usages. Le plus neuf, le plus dérangeant, c’est la vitesse de l’innovation technologique. Le maillon faible, c’est le maillon humain dans l’appréhension de ces technologies.

Il ne faut pas réduire le projet territorial à un projet technologique. Le territoire numérique devient alors une théâtralisation avec tout un discours politique type « fracture numérique ».

3 – Fracture numérique

C’est une façon d’habiller idéologiquement les inégalités. Il faut comprendre qu’il n’y a pas une fracture numérique, mais des fractures sociales (Internet gratuit, territoires oubliés, entreprises comme les PME …) . C’est très important, car une fois encore l’on pense technologique alors que les enjeux sont ailleurs.

4- Les TIC permettent de moins polluer

Les TIC génèrent 2% des émissions de CO2. Ajoutez à cela les terminaux ou les serveurs et vous avez là un très gros pollueur. Par exemple, un courrier comme un spam équivaut environ à la production de 3 grammes de CO2. Vu le nombre de spams envoyés par an, on estime la perte comme équivalente à 7 milliards de litres de carburant

5 – Les TIC réduisent les déplacements.

Les TIC accompagnent, mais il n’y pas de substitution entre moyen de communication et transport. Ce qui est important c’est le changement de la nature même des déplacements.

6 – Les TIC opèrent une déterritorialisation.

Grande idée reçue, la suppression du territoire par les TIC. Or, on observe une concentration et une métropolisation. Ce qui devient central est l’organisation des pôles, des hubs, que leur destructuralisation. Pas de substitution, mais un territoire augmenté.

Il y a de nombreuses idées reçues, mais celles-ci sont les principales.

Au delà des idées reçues, il faut voir les vrais enjeux. Les territoires sont en mouvement et se complexifient. Le cyberespace, Internet et les systèmes d’informations, agissent en surimpression et ajoutent un changement de vision. Les réseaux classiques (donc réels) fonctionnent sur la distance physique. Dans le cyberespace, la distance physique est négligeable. Ici c’est la distance culturelle qui prend son importance, avec la notion de réputation, de notoriété…Il faut donc prendre le cyberespace au sérieux et l’occuper. C’est un espace en construction permanente.

Conclusion :

Le mot d’ordre est de ne pas se focaliser sur la technologie. Il faut investir dans les contenus, formations etc … Il faut pouvoir appréhender un ensemble et séparer les métiers. Il faut également créer des modèles accueillants et inventer une méthode de gouvernance qui permette d’accompagner des relais qui sont informels.

Mais attention, il faut partir des projets existants que l’on va enrichir, ne pas faire de rupture. Il y a là une courbe d’apprentissage des collectivités.

Il faut substituer la signification à la puissance technologique.

Enfin, pour Pierre Musso, le terme « numérique » devient un bâillon. Il faut arrêter de mettre tout au numérique car cela n’a plus d’intérêt. Nous devons parler de territoire augmenté ou hybride.

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