Instants d’éternité, le roman 2.0 de Valentin Pringuay

decreationTout est parti d’une belle idée. Valentin Pringuay, blogueur high-tech, a une autre passion. Il écrit. Mais pas que des news sur Google ou Facebook, il a également rédigé 4 romans. Le dernier d’entre eux, titré Instants d’éternité, est un recueil de nouvelles toutes liées entre elles. Pour le publier, Valentin a choisi de faire dans le communautaire. Des extraits de 4 à 6 pages seront visibles sur différents blogs, créant un fil d’ariane pour le lecteur désireux de l’explorer dans son intégralité. Mais ce n’est pas tout. Il a eu la bonne idée d’intégrer des artistes de tous horizons dans le projet. Chaque partie du roman sera donc accompagnée d’un morceau de musique original / dessin / photographie / etc. Il a également mis à contribution Aurélien Foutoyet pour le logo. Le projet est original et sympa et son aspect communautaire peut lui permettre d’avoir beaucoup de visibilité. Si vous souhaitez participer ou encourager le projet (côté artiste ou côté blogueur), n’hésitez pas à contacter Valentin ou à vous manifester par commentaire. Et pour donner un coup de pouce à cette initiative, nous offrons deux BD Sans Emploi dont les gagnants seront tirés au sort parmi toutes les personnes ayant tweeté un lien vers cet article ou ayant laisse son avis en commentaire. Vous avez jusqu’à vendredi 14h pour participer.

EDIT : nous avons effectué le tirage au sort des gagnants ! Il s’agit de :

* Faiste
* @leGouter

Félicitations !

instants d'éternité
Sans plus attendre, voici donc le premier extrait de la première nouvelle d‘Instants d’éternité, intitulée Decréation, écrite par Valentin Pringuay et illustré par Iléana Surducan, auteur sur le site 30 jours de BD. Bonne lecture ! Et rendez-vous sur la page officielle du projet pour découvrir les prochaines publications.

Instants d’éternité – Decréation

Allongé sur son lit, respirant lentement les mains jointes sur la poitrine, Gabriel regardait fixement un point du plafond. Il se mordait la lèvre en battant lentement des cils. Cela devait faire depuis presque une heure que sa platine laser avait cessé de jouer Stairway to heaven. Il soupira avant de se tourner vers la moitié inoccupée de son lit. Il leva le bras pour le laisser en suspend droit devant lui comme posé sur une silhouette invisible. Il n’y avait pourtant que de la poussière éclairée par la lumière de la lune. Il laissa lourdement retomber son bras sur le matelas.

Gabriel ne pouvait s’empêcher de penser à elle. Le soleil se lèverait dans moins d’une heure mais le jeune garçon avait de plus en plus de mal à dormir. Il avait sommeillé pendant quelques heures sans jamais que l’on puisse réellement parler d’un sommeil profond. Il avait tout de même réussi à rêver. Il s’était réveillé avec un vague à l’âme, et une envie de pleurer. Il avait entendu dire que les gens heureux faisaient des cauchemars, que seuls les gens malheureux rêvaient. Quelqu’un qui a tout, a peur de le perdre. Quelqu’un qui n’a rien, peut rêver. C’était une idée à laquelle Gabriel adhérait totalement.

Lui n’avait plus fait de cauchemars depuis qu’il était tout petit. Seul les rêves persistaient, mais il s’en réveillait bien souvent triste et déprimé. Rêver. Cela signifiait pour lui devoir se réveiller privé de cette chose apportée par le sommeil. Il était dans ses bras. Annabel bougeait les lèvres pour prononcer des mots qu’il n’entendait pas. C’était assurément les mots « je t’aime ». Tout à coup il se réveillait seul dans son lit. De la sueur le long de son dos nu et des larmes aux coins des yeux. Les idées confuses, Gabriel avait mis en route un vieux disque des Led Zeppelin qu’il avait écouté en sourdine alors que ses yeux avaient balayé le plafond.

Il pensait maintenant à elle avec cet espoir de trouver le courage d’aller lui dire ce qu’il ressentait. Il leva la tête vers le mur derrière lui. Quelque chose clochait. Un son. Un bruit constant qui éveillait enfin son attention. C’était comme si quelqu’un grattait derrière. L’idée d’un croque-mitaine qui viendrait pour lui rendre visite passa au travers de ses pensées. Il ne croyait pourtant plus à ces sottises pour enfants depuis bien longtemps.

(Y avait-il seulement déjà vraiment cru ?)

C’était le bruit que ferait probablement un morceau de terre affreusement sec que l’on effriterait entre ses mains de manière constante. Gabriel se leva sur son lit.

Qu’y avait-il là derrière ?

La salle de bain. La chambre de ses parents. Le croque mitaine ?

Le bruit ne s’arrêtait pas et la pensée qu’il était en train de vivre quelque chose d’important le surprit. Il lui arrivait enfin quelque chose. La vie qu’il avait passé à regarder des films avec l’espoir de vivre un jour un peu d’aventure, arrivait à sa fin. Sur le mur s’étalait un gigantesque poster qui représentait un paysage de plage ensoleillée. Il l’arracha des deux mains avant de plaquer son oreille contre le mur. L’idée que soudainement les briques allaient voler en tout sens et qu’un monstre allait l’attraper avant de le faire disparaître, tête la première, dans une bouche béante traversa son esprit.

Il avait toujours eu une imagination trop féconde. Il passait son temps à scénariser sa vie, à créer des milliers de scénarios sur ce qu’il devrait faire et sur ce qu’il aurait du faire. Il aurait certainement pu devenir romancier. Il n’était d’ailleurs pas trop tard. Ce n’était pas si vieux que cela dix-huit ans tout de même. Il avait la vie devant lui. Sauf si le monstre derrière le mur venait y mettre un terme, bien sûr. Le mur était toujours en place. Il n’y avait pas l’ombre d’un croque-mitaine. Tout était calme et silencieux, mis à part le fait que quelque chose derrière le mur grattait avec ce qui semblait être la ferme intention de le faire pour l’éternité.

Gabriel sentit un froid glacial derrière le mur. Son oreille se mit à piquer et il la retira aussitôt avec la peur indicible de voir ce petit morceau de chair rester attaché sur le mur. Pourtant rien de tout cela n’arriva. Le mur se mit à s’assombrir depuis le centre, s’étendant en cercle comme une tâche d’humidité. Le bleu du mur avait viré au gris pâle et les morceaux d’affiches déchirées qui étaient restés tenus par les punaises avaient eux aussi viré au sombre.

L’ombre avança doucement dans la chambre alors que Gabriel reculait à grand pas. Les objets touchés semblaient se figer comme sur une photographie noir et blanc. Le jeune homme regarda sa chambre perdre de sa réalité. Soudainement le grattement gagna en intensité et le fond de sa chambre se troua. Le mur commença à partir en morceaux. La percée s’agrandissait sans cesse pour ne rien montrer. C’était noir. Un noir tellement profond que même la lumière de la lune semblait y être absorbée. Son mur avait totalement disparu en poussière maintenant pour laisser la place à ce néant en mouvement qui détruisait tout.

decreation
Gabriel vivait la chose la plus effrayante de toute sa vie, mais il était pourtant assez serein. Il avait passé sa vie à attendre ce moment où sa vie basculerait dans le romanesque. Aujourd’hui il venait de perdre ses parents. Il le savait du simple fait que leur chambre se trouvait avant la sienne sur le chemin de…

(Comment appeler cette chose ?)

… la fin du monde. Il en avait la certitude : ce qui était en train de traverser sa chambre et la réduire à néant tout en se rapprochant de lui ne pouvait être que la fin du monde. Cette muraille d’ombre qui avançait était la séparation entre le monde, et le rien. Il lui fallait bouger s’il ne voulait pas être happé dans le néant et terminer ici ce qui s’annonçait comme le moment le plus important de sa vie. Il passa un T-shirt noir, prit un blue-jeans qu’il lança par-dessus son épaule avant de jeter un dernier coup d’œil à sa chambre qui partait en morceaux. Sa platine venait de disparaître alors que les pochettes en noir et blanc de ses albums commençaient à être mangées par la fin du monde.

Il pensa au fait que l’appellation fin du monde sonnait faux et qu’un écrivain aurait probablement trouvé mieux. Ce n’était pas vraiment important après tout. Il passa la porte de sa chambre pour déboucher face aux escaliers. Il regarda avec amusement le couloir du premier étage qui se perdait dans le néant. C’était vraiment la meilleure chose qui pouvait lui arriver. D’un seul coup ses parents venaient d’être balayés de la surface de la terre, mais aussi ses ennuyants projets d’avenir et toutes les obligations qui faisaient que sa vie était à mourir d’ennui. Gabriel descendit les escaliers pour arriver dans le salon. Il y avait quelque chose d’étrange à le voir comme ça. Il n’y aurait plus jamais rien dans ce salon : plus de fêtes d’anniversaire, plus de films enregistrés par le magnétoscope à regarder, plus de nouvel an à passer en famille.

Les yeux posés sur l’endroit où aurait du se trouver la cuisine, Gabriel comprit qu’il n’arriverait pas à faire une réserve de nourriture avant de partir. Ça ne posait aucun problème, il passerait au bar de Russell Amber. Non c’était idiot… Le bar se trouvait plus tôt sur le chemin de la fin du monde.

Annabel.

C’était la fille du gérant du bar. Comme si l’idée ne lui était pas passée dans l’esprit déjà trois cents mille fois depuis que le néant avait fait irruption chez lui. Il l’avait toujours repoussée à plus tard, mais il commença à examiner plus en profondeur cette idée. Elle était maintenant en danger. La fin du monde arriverait aussi chez elle d’ici peut-être une heure. Il n’avait pas du tout évalué la vitesse de…cette chose…mais la distance qui le séparait de chez Annabel Amber lui était parfaitement connue. Trois cents trente huit pas.

Il avait souvent fait le chemin pendant l’année, prétextant avoir des courses à faire pour passer devant chez elle. Des fois il la voyait et lui parlait un peu. Des fois il ne la voyait pas du tout mais il avait au moins ce sentiment de puissance. Celui de pouvoir, s’il lui en prenait l’envie, de frapper à la porte, de la regarder dans les yeux et de lui dire tout son amour. Il revenait bien souvent en se tapant sur le front en mesurant à quel point il pouvait être stupide. Il s’était souvent surpris à espérer entendre des cris venir de la maison. Pénétrer dans le salon et voir Annabel se faire battre par son père. Il n’aurait alors qu’à la défendre contre lui pour devenir son sauveur.

Mais aujourd’hui il avait l’occasion d’aller la voir, de la réveiller pour l’emmener loin du danger. Il avait l’occasion de devenir ce sauveur. Il empocha d’une main distraite les clefs de la voiture de son père avant de sortir de la maison. Dehors l’air était frais. Si sa penderie n’avait pas déjà basculé dans le néant, il aurait probablement pris une veste. Gabriel s’éloigna de sa maison en marchant à reculons. Il s’attendait à voir une masse noire engloutir celle-ci, mais ce n’était pas exactement ça. C’était comme si l’horizon se trouvait là maintenant. Un horizon bleu nuit qui prit des teintes plus claires lorsque le soleil apparut dans le dos du jeune garçon. Le mur invisible s’avança encore, engloutissant les trois quarts de la maison maintenant.

Si un observateur s’était trouvé au milieu de ce néant, il aurait vu une coupe de la maison qui s’émiettait lentement. Le dernier mur de la maison se dressait seul face à la fin du monde, se balançant dangereusement de gauche à droite avant de s’effondrer et de disparaître. Les briques tombèrent dans un espace infini et noir où se trouvaient probablement les fondations de la maison quelques instants plus tôt. Ces morceaux d’argile virèrent au sombre avant de partir en poussière. Avec un regard triste, Gabriel regarda le monde s’assombrir. La route, la terre et les quelques plantes de ce milieu quasi désertique prenaient des teintes sépia comme dans ces vieilles photos qui montrent des ancêtres morts aux noms oubliés. C’était cela : sépia était exactement la couleur qui vint à l’esprit du jeune homme. Le monde prenait les teintes jaunes brunes d’une vieille photographie avant de disparaître en poussière.

Il continua de marcher à reculons pendant encore trois pas avant de se retourner vers la voiture de son père. Une vieille décapotable d’un rouge sombre qu’il empruntait de temps à autre lorsque son père le laissait faire. Il posa sa main droite sur la portière et sauta à l’intérieur comme le faisaient les héros de séries qui n’étaient plus diffusées depuis déjà longtemps. Si son père avait été là, il aurait été bon pour une réprimande.

Aujourd’hui, Gabriel avait sauté dans la voiture dans le silence. Plus personne n’était là pour lui reprocher quoi que ce soit. Il soupira avant de tourner la clef dans le contact. Le moteur vrombit. Les phares se mirent à éclairer le désert avant qu’il ne s’engagea sur la route dans un nuage de poussière.

A suivre !

Pour vous tenir informé de la suite des publications

OFFRES D'EMPLOI WEB

Rédacteur Web H/F

N#1 des services recrutement, emploi et carrière en France, Regionsjob imagine et développe depuis 16 ans des solutions RH à forte valeur ajoutée. Précurseur dans l'application des technologies web au ...

Chef de Projet Digital Commerce-Clients H/F

Le Groupe Pomona (3, 1 milliards d'Euros de CA, 10200 collaborateurs) est leader de la distribution livrée de produits alimentaires auprès des professionnels de la restauration et des commerces spécialisés ...

Chargé de Projet Web H/F

Acteur majeur de la prévention et de la maîtrise des risques, le groupe Socotec (5 000 collaborateurs) exerce ses métiers auprès des entreprises de tous secteurs : construction & immobilier, ...

Commentaires

  1. Ems
    23 février 2011 - 11h14

    Très sympa. <3

  2. Teletravailleur
    23 février 2011 - 11h19

    Super idée, bravo a l’auteur !

  3. Maximho
    23 février 2011 - 11h26

    Bonjour,
    Le projet est original, merci @Moderateur de l’avoir relayé !

  4. Kiwi
    23 février 2011 - 13h17

    Oui, c’est une très belle idée, cet extrait est prometteur…

  5. marlene
    23 février 2011 - 13h45

    Bonne continuation, en vous souhaitant du succès.

  6. Vaelentin
    23 février 2011 - 15h13

    Merci Ems, Teletravailleur, Maximho, Kiwi & marlene… c’est vraiment motivant de lire vos commentaires 🙂
    Passez une excellente journée

  7. arsenal1981
    23 février 2011 - 15h28

    Hello ! 🙂

    très agréable à lire cet extrait, belle écriture 😉 ça donne envie de lire la suite.
    merci pour cet extrait 😉

  8. InPressio
    23 février 2011 - 15h41

    Un roman dans l’air du temps pour des ‘Instants d’éternité’ ;)!
    Quelle bonne idée! On propage la nouvelle.

  9. Vaelentin
    24 février 2011 - 9h39

    @Arsenal1981 & @InPressio Vraiment ravi de lire vos commentaires 🙂 J’ai hâte de publier la suite maintenant 🙂

  10. Faiste
    25 février 2011 - 11h51

    Une BD sympathique viendrait-elle achalander ma bibliothèque ? 🙂

  11. Kerweb
    25 février 2011 - 11h58

    Très bonne idée, et extrait intéressant 🙂

Laisser un commentaire

Il est possible d’utiliser ces balises HTML :
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>
Ce blog supporte le système Gravatar, pour obtenir le vôtre, inscrivez-vous sur Gravatar