Hervé Weytens Pour continuer le Débat du mois sur les jeunes diplômés, je vous propose aujourd’hui une interview d’Hervé Weytens, consultant spécialisé dans les IT au sein d’un grand groupe de travail temporaire. Passionné d’informatique, cet expert en recrutement a travaillé auparavant dans la grande distribution puis en SSII et dans les Télécom, avant de s’orienter dans les ressources humaines depuis maintenant 8 ans.

Il a également évolué dans le football de haut niveau, au centre de formation du LOSC puis en deuxième division. Diplômé de l’EDHEC en formation continue, c’est un recruteur attentif à la diversité des parcours et aux profils atypiques, et conscient des difficultés rencontrées par les jeunes diplômés. Son parcours professionnel en est l’illustration. Il nous explique aujourd’hui comment parvenir à se mettre en valeur malgré le manque d’expérience.






  • Chercher un travail n’est pas évident, y’a-t-il des bonnes habitudes à prendre dans ce domaine dès le départ ?

Avant de se lancer dans sa recherche d’emploi, il est important de s’organiser, tout d’abord ; prendre le temps de faire un bilan de son parcours, même si on est jeune diplômé. L’objectif est de prendre du recul sur ses points forts, ses points faibles et ses points d’amélioration. C’est important de le faire avant de se lancer, afin de savoir ce que l’on va apporter à une entreprise et ce que l’on recherche. Il faut savoir se dire « Aujourd’hui j’ai un diplôme, qu’est ce qu’il me manque, qu’est ce que je vais pouvoir apporter à l’entreprise ?» Et ensuite : « Qu’est ce que j’ai envie de faire ? » Il faut savoir se projeter à court et à moyen terme.

  • Et il faut aussi savoir puiser dans des expériences extra-professionnelles, pour aller chercher d’autres qualités.

Effectivement, quand on est jeune diplômé et que l’on veut être chef de projet, on n’a pas nécessairement d’expérience en management, dans ce cas il faut pouvoir s’appuyer sur des activités extra-professionnelles et les mettre en avant. Le sport ou la gestion d’un BDE par exemple peuvent être des expériences intéressantes à détailler pour transposer ses aptitudes managériales en entreprise. Même si ce n’est pas du management hiérarchique à proprement parler, savoir coordonner une équipe de 22 joueurs ou gérer une association n’est pas si simple. Il faut sortir du cadre pour trouver des points d’appuis et montrer qu’on a une aisance dans ce domaine et qu’on est à l’aise, qu’on a certaines aptitudes. De cette façon, on peut apporter une vraie plus-value et une différence à son parcours ainsi qu’à son CV. C’est ce qui permet au candidat de personnaliser son profil, par l’enrichissement et l’explication de ses expériences. C’est vraiment un plus.

  • Concrètement, comment peut-on mettre en avant ces aptitudes, avant même l’entretien ?

En effet, un CV doit à la fois susciter l’intérêt, sans trop en dire non plus, pour obtenir un entretien ; et en entretien pouvoir apporter des éléments complémentaires pour se différencier des autres. Il ne faut pas hésiter à mettre en avant ses expériences extra-professionnelles; du bureau des élèves, vie associative, de gestion de voyages ou autres dans le CV. Cela peut compenser le manque d’expériences. Parfois, des profils ne correspondent pas au cahier des charges imposé par le client, mais c’est la passion qui va les animer et ils vont parfois avancer plus vite car la passion crée une motivation naturelle. C’est ce qu’on appelle le savoir-être. C’est une qualité importante, il faut l’avoir en tête, mais il ne faut pas jouer un rôle, il faut être soi-même, sinon on le remarque tout de suite.

  • Parfois, le découragement peut venir, quand on envoie beaucoup de candidatures sans réponse positive. Comment rester motivé ?

Comme je le disais, faire le point sur soi-même va permettre de trouver une stratégie, un angle d’approche vis-à-vis de notre cible d’entreprise ou secteur d’activité. Il faut transmettre un message clair, d’abord sur le CV et ensuite pendant l’entretien. Cela permet d’être plus pertinent. La motivation est un point déterminant, capital. Il faut adopter une attitude positive au quotidien : au téléphone, dans les salons… Il ne faut pas s’isoler, il faut en discuter avec ses amis. Il faut savoir provoquer la chance, au travers des rencontres que l’on peut faire par exemple. Il faut en parler à son entourage, car il y a toujours quelqu’un qui connaît quelqu’un qui recrute. Cela permet aussi d’échanger sur sa façon de faire : s’y prend-on bien ou pas sur sa recherche d’emploi ? Et ainsi de corriger ou de prendre en compte les conseils et de réorienter sa recherche.

  • Comment peut-on faire pour obtenir sa première expérience ? Est-ce que l’intérim ou les CDD peuvent être déterminants pour la suite ?

En effet, l’intérim est un bon moyen pour démarrer dans la vie active et surtout pour mettre en pratique ce qu’on a appris pendant ses études, c’est primordial. Aujourd’hui, les entreprises ne veulent pas perdre de temps, justement cela permet de montrer que l’on est opérationnel de suite, et que l’on est capable de s’adapter à tout type d’organisation, de culture d’entreprise et de contexte.

Il faut savoir faire des concessions dans certains cas, et revoir son niveau d’exigences pour intégrer le monde du travail plus facilement. Il ne faut pas viser trop haut et voir les échelons à franchir. C’est un bon moyen de se faire connaître, de rester actif et dynamique, et de mettre un pied dans l’entreprise. J’ai beaucoup de mes candidats qui commencent par des missions d’une semaine, un mois, et qui finissent par créer leur poste car ils deviennent essentiels. Avant de penser au poste de ses rêves, il faut savoir faire ses preuves et l’évolution se fera naturellement.

Jeune diplômé

  • Imaginons, deux jeunes diplômés viennent pour le même poste, avec plus ou moins la même formation et les mêmes expériences. Qu’est ce qui va faire la différence entre les deux ?

Déjà, il faut que le CV tienne sur une page. Pour les jeunes diplômés, en faire plus est inutile. Il faut qu’il soit synthétique, clair et précis. La créativité c’est bien, mais elle ne doit pas occulter le message principal. Il faut trouver le bon dosage.

Une technique simple qui permet d’aller à l’essentiel, c’est la technique CAR : Contexte, Actions (ou missions) Résultats. Il faut expliquer le contexte dans lequel on a évolué, pour permettre au recruteur de savoir ce que représentent vraiment les expériences passées. Par exemple, un Ingénieur ou un Chef de Projet n’aura pas les mêmes missions suivant la taille, l’organisation de l’entreprise dans laquelle il se trouve ! Concrètement, il faut expliquer l’activité de l’entreprise, le nombre de personnes, l’environnement technique (essentiel dans l’informatique). Concernant les Actions ou missions, il faut expliquer ce que l’on a fait au quotidien. Pour les Résultats : par exemple, si l’on a effectué une migration informatique de 1 000 postes en deux mois, tout en respectant les délais et la qualité de service. Cela permet d’être concret. Enfin en entretien, on complète l’explication de l’expérience avec des informations complémentaires, cela permet de transmettre sa passion ou autre en abordant les choses de façon positive, tel que l’apport personnel (ce que je retire de cette expérience ou ce que j’ai acquis comme compétences) et l’apport professionnel (l’impact de mon travail dans l’entreprise : respect des délais, développement d’une base de données etc). De plus, avec ces éléments concrets le candidat se place dans une logique de confiance et de transparence. Cela permet au candidat en entretien d’avoir une présentation structurée et organisée et surtout de ne rien oublier, tout en étant clair, et au recruteur d’avoir une vision complète des champs d’actions et d’interventions, et aussi du niveau de responsabilité du candidat.

  • Pour le sourcing, quels outils utilises-tu ? CVthèques, banques de candidats…

Exactement. Il y a le site Internet de mon groupe, qui draine beaucoup de candidatures, plus globales mais forcément moins spécialisées. Pour compléter cet outil, il y a l’ensemble des jobboards, Regionsjob par exemple que l’on utilise régulièrement, pour le passage d’annonces et la CVthèque. Nous scrutons les nouveaux profils qui arrivent. Un point qui est également important dans les IT et le Web : la co-optation, le relationnel. L’évolution du recrutement 2.0, c’est vraiment l’échange et le lien avec les gens.

  • Quelles sont les meilleures manières de chercher un emploi lorsque l’on est jeune diplômé : réponses aux annonces, jobboards, réseaux sociaux…?

Il ne faut négliger aucun des canaux ! Réponse spontanée, utiliser le réseau, les technologies : s’inscrire sur les différents jobboards, c’est bien. Il faut savoir cibler ses candidatures. Les CV vidéo, par exemple, ne doivent pas être une finalité mais un moyen de réussir. Est-ce que c’est important de personnaliser à chaque fois sa lettre de motivation et son CV ? C’est primordial ! Il faut faire un minimum de recherches : aujourd’hui, le Web permet d’obtenir beaucoup d’informations. Par exemple, si l’on voit que l’entreprise est implantée à l’étranger et que l’on veut faire une carrière à l’international, cela va apporter une plus value à la lettre et au CV de fait sortir du lot. Si on est bilingue anglais, il faut le mettre ! Il faut cibler le message que l’on veut transmettre. C’est un enrichissement pour le recruteur par rapport aux lettres types. Il faut humaniser sa candidature. Les lettres bateau sont vite écartées.

  • Et pour les CV en ligne ? Comment est-ce possible de les personnaliser ?

En ligne, c’est un peu plus compliqué car les champs et les paramètres sont figés, on ne peut pas faire ce que l’on veut. Il faut donc qu’à la lecture du parcours, on puisse voir le niveau de maturité et d’opérationnalité du candidat. Il faut trouver le bon argument pour donner envie au recruteur de nous rencontrer, et en entretien on peut aller plus loin, en apportant des éléments complémentaires.

  • Un aspect important : tout ce qui extra-professionnel. Comment un jeune diplômé peut y penser avant de terminer ses études et préparer son avenir pendant son cursus ?

Ces activités, c’est essentiellement de la passion. C’est savoir transposer ses aptitudes par rapport à ses expériences. Par exemple, faire une mission humanitaire en Afrique, ça veut dire beaucoup d’humilité, remise en question, sens du partage, capacités d’adaptation… ce sont des valeurs et du savoir-être. Le blog est aussi un bon complément au CV, permettant de mettre en avant concrètement ses compétences et ses centres d’intérêts. Il faut donner envie au recruteur ! Le choix du stage de fin d’étude est très important. Il faut prendre en compte son projet professionnel. Même avant la fin de ses études, il faut savoir ce que l’on veut faire. Il ne faut pas être passif, mais être acteur de son parcours, et anticiper. Par exemple, j’ai vu la semaine dernière une vidéo d’un jeune de 14 ans qui a développé une application pour iPhone : c’est déjà une façon d’anticiper et de montrer ce dont on est capable! Le monde et le recrutement avancent très vite, il faut savoir anticiper.

  • Pour finir, ton meilleur conseil aux jeunes diplômés ?

Un profil est apprécié dans sa globalité : à la fois dans la communication online (jobboards, blogs etc) et aussi dans sa personnalité. Le fait de faire un CV dynamique, original doit vraiment représenter son parcours et correspondre à sa personnalité. Il faut être différent des autres, et trouver le bon ton dans le message que l’on veut transmettre. Pour terminer, l’identité que l’on se construit sur internet est extrêmement importante et il faut faire attention à son e-réputation.

Source photo : Unhindered by Talent