Identité numérique et recherche d’emploi : les conseils d’une recruteuse

Dans le cadre de notre débat du mois sur l’identité numérique, nous avons posé quelques questions à Véronique Goy, consultante en recrutement, pour connaître son point de vue et ses conseils sur ce thème, particulièrement lorsque l’on est en recherche d’emploi. Véronique Goy est adepte du sourcing sur les médias sociaux, l’occasion de découvrir l’identité numérique en pratique !

Véronique Goy Véronique Goy a créé son cabinet de recrutement, Véronique Goy Conseil, en 1990, il est présent à Angers depuis 9 ans. Elle est experte du e-sourcing sur le web 2.0, de l’approche directe, avec des missions sur-mesure pour les entreprises. Diplômée de la Société Française de Graphologie et membre du SGPF, elle réalise des prestations graphologiques pour tout type de poste. Véronique Goy est titulaire d’une Maîtrise AES de Paris X et et d’un DESS Ressources Humaines de Sciences Po Paris. vous pouvez la suivre sur son blog et sur son compte Twitter.

Pouvez-vous commencer par vous présenter ?

J’ai un cabinet de conseil en recrutement depuis bientôt …. 20 ans, d’abord sur Paris puis sur Angers (Maine et Loire) depuis 9 ans. Mon expertise porte sur le e-sourcing sur le web 2.0, et l’approche directe, qui permettent de capter des profils pénuriques ou qui ne répondent plus aux annonces. Je suis également graphologue, diplômée de la Société Française de Graphologie et membre du SGPF – Syndicat Professionnel des Graphologues de France – nous sommes plus de 150 membres, preuve que les réseaux sociaux n’ont pas tué la graphologie !

Dans le cadre de vos recrutements, quelle importance accordez-vous à l’identité numérique du candidat ?

L’identité numérique c’est une présence sur le web maîtrisée, avec la mise en avant d’un profil professionnel.

Avoir une identité numérique permet à un candidat d’être repéré, approché, par les recruteurs. A l’inverse, pas d’identité numérique, pas d’accès à des opportunités professionnelles qui transitent uniquement par les réseaux sociaux ! Le trait est un peu forcé mais c’est de plus en plus vrai pour tous les métiers liés au « Online », où c’est vraiment difficile de faire sans. Sur des fonctions plus généralistes, dans la comptabilité, dans les secteurs comme l’industrie, le bâtiment, une identité numérique est un plus car tous les profils n’y sont pas, loin de là, cela permet donc aux candidats de se différencier.

Pour moi les trois aspects importants pour construire son identité numérique sont : la qualité du contenu, le choix des mots-clés, l’actualisation du profil ; c’est l’association de ces éléments qui permet de remonter dans les moteurs de recherche.

Ce à quoi je suis attentive dans l’identité numérique : une présentation vivante, personnalisée, et … synthétique. Il faut clairement éviter les  » gros pavés  » que le recruteur ne lira pas forcément. Une présentation en style télégraphique, avec des petits paragraphes, est plus facile à lire, et par conséquent plus attractive. Je suis sensible aux profils qui  » adaptent  » leur écriture à Internet. C’est bien quand dès les premières lignes je trouve une information claire sur ce que fait le candidat et quels sont ses axes de recherche. Malheureusement ce n’est pas toujours le cas.

J’avoue toujours mon étonnement quand je parle à un candidat de Viadeo, Linkedin ou d’un CV en ligne et qu’il en a …. vaguement entendu parler. Mais c’est un constat : les bacs + 5 et les juniors sont bien informés, c’est loin d’être le cas pour un BTS ou un cadre qui se remet en quête d’opportunités professionnelles au bout de 15 ans !

Comment peut se traduire cette identité numérique ?

Elle peut se traduire par une URL, type CV en ligne, comme Doyoubuzz qui pour moi est la plate-forme idéale pour l’identité numérique : le candidat a un site web pour lui tout seul, personnalisé, qu’il peut mettre à jour, où il peut insérer du contenu multimédia, regrouper ses autres présences sur les réseaux sociaux. . les CV Doyoubuzz ressortent bien sur Google, ce qui utile dans du sourcing.

C’est bien également d’avoir un blog dès lors qu’il est alimenté régulièrement.

La présence sur un réseau social professionnel (Viadeo, Linkedin) est également appréciable. Cette identité numérique n’a d’intérêt que si le candidat renseigne son profil, en détaillant sa présentation, son expérience, avec un style plus personnel, moins formalisé que pour un CV classique. Les mots-clés doivent être insérés pour indiquer le poste visé, le secteur d’activité où le candidat travaille. Je tombe régulièrement sur des profils qui indiquent à la place d’un intitulé de poste,  » en recherche d’emploi « . C’est totalement contre-productif car un recruteur ne tape jamais ces termes là, mais l’intitulé du poste recherché !

L’identité numérique peut aussi se traduire par une présence dans des groupes professionnels de ces réseaux : hubs chez Viadéo, groupes chez Linkedin. Ces groupes sont utiles pour démontrer son expertise, interagir avec d’autres membres, se rapprocher d’une communauté. Ces groupes permettent d’accroître sa visibilité auprès des recruteurs.

Twitter est un média social qui a toute sa place dans le champ professionnel, où de plus en plus d’offres d’emplois circulent, et même en dehors des métiers du web car les twittos comptent sur leurs followers pour parler de leurs postes à pourvoir. C’est une plate-forme qui demande plus de temps que Viadéo ou Linkedin car il faut organiser sa veille, tweeter assez régulièrement pour être repéré, apporter du contenu pour gagner des followers, mais l’investissement peut être payant.

Une identité numérique doit vivre, être actualisée, même et surtout si le candidat est en poste. C’est souvent l’erreur des jeunes diplômés qui sont très actifs pour tenir leur profil à jour tant qu’ils recherchent leur premier poste et qui dès qu’ils ont trouvé un job, laissent tomber, ne voient pas l’intérêt de mettre à jour leur profil.

Au contraire, quelles sont les traces laissées en ligne qui peuvent desservir ?

L’identité numérique a vocation à être une identité numérique professionnelle. Tout ce qui est hors champ professionnel dessert le candidat et n’apporte rien au recruteur. En effet, ce qui m’intéresse quand je cherche des profils sur le web, c’est d’identifier rapidement les compétences d’un candidat, voir comment il a évolué, où il se trouve géographiquement (la question de la mobilité géographique est cruciale pour un recrutement) et c’est sur ces points là que je vais investir du temps, en lisant les profils.

La première erreur, c’est de ne pas avoir de traces, donc de ne pas être trouvé par un recruteur. J’ai rencontré des étudiants dans une école de commerce extrêmement réfractaires à l’idée d’être sur Google, d’ouvrir un profil sur un réseau social – alors que l’école a une vraie présence sur le web 2 .0. Leur discours :  » On a notre réseau, on a toujours trouvé des stages nous-mêmes, et on ne veut pas que des personnes qui nous connaissent puissent savoir où on travaille, ce que l’on devient professionnellement « … A l’entrée sur le marché du travail, certains m’ont rappelée  » Je viens d’ouvrir un profil sur Viadéo, vous pourriez me donner votre avis ?  » J’en déduis que c’est confrontés à la réalité de la recherche d’emploi que les jeunes diplômés s’aperçoivent que l’identité numérique, ce ne sont pas que des paroles en l’air.

Une trace qui peut desservir : un profil non actualisé. Il m’arrive d’appeler des personnes qui me disent  » J’ai changé de poste, désolé mon profil n’est plus à jour ». Cela n’a aucun intérêt, car comment contacter quelqu’un s’il n’est plus dans la société dans laquelle le recruteur pense qu’il est ?

C’est le contenu de son profil qui peut être négatif : choix du titre, des mots-clés… Il faut détailler son expérience professionnelle, plutôt que de passer du temps à agréger dans son réseau 300, 500 personnes avec qui vous n’échangez jamais !

Sur les réseaux sociaux, il y a des profils qui à côté du nom indiquent  » recherche d’emploi « . C’est une grosse erreur, car un recruteur effectue des requêtes à partir de mots-clés :

  • soit sur une fonction : juriste droit social, contrôleur gestion…
  • soit sur un secteur d’activité : distribution, automobile…
  • soit sur des compétences spécifiques : TICE …
  • soit sur une formation : BTS SCBH (BTS Systèmes constructifs Bois et Habitat)…

et par conséquent IL NE TAPERA JAMAIS « recherche d’emploi » ou « développement », ou « cadre ».

Il faut veiller à la qualité de son réseau : par conséquent, il ne faut pas accepter toutes les demandes, et ne pas prendre soi-même contact à tout va ; après, c’est également une question de e-réputation.

Apportez un soin particulier à votre photo, car l’identité numérique est également visuelle. OK pour une photo  » décontractée  » mais professionnelle et qui ressemble à la personne que vous êtes dans la vraie vie. Parfois je vois des profils séniors avec une photo datant de quand ils avaient … 30 ans, c’est ridicule ! Une anecdote à propos de la photo : un profil m’a sollicitée pour une mise en relation sur Viadéo ; je vais voir le profil et je tombe sur la photo d’un jeune homme … enlacé avec son amie !! Grosse erreur de communication, et quelle image néfaste pour la marque employeur ; d’autant plus que ce profil est dans une entreprise commercialisant des produits  » haut de gamme  » …

Ce qui peut desservir, ce sont également des informations différentes d’un réseau social à un autre, notamment en termes de dates d’entrée ou de sortie dans une entreprise, d’intitulé de poste ; les informations se doivent d’être cohérentes, sinon cela interpelle le recruteur.

Quelles sont les traces qui peuvent avantager ?

  • une identité numérique accessible par une URL, type CV numérique, blog …
  • avoir un profil sur un réseau social, et rendre public ce profil pour que les recruteurs le trouvent plus facilement
  • détailler, personnaliser son profil, insérer des mots-clés en rapport avec le poste visé
  • intégrer du contenu multimédia : slides, vidéo …
  • actualiser son identité numérique, communiquer sur ses derniers projets ; c’est le meilleur moyen pour remonter en tête dans les moteurs de recherche
  • des coordonnées directement accessibles ; pour un recruteur, accéder facilement au mail, au numéro de mobile, c’est un gain de temps et parfois entre deux profils identiques cela peut faire la différence
  • une signature électronique dans les mails qui intègre vos URL

Quels conseils donneriez-vous à un candidat qui souhaite se construire une présence en ligne solide ?

L’identité numérique demande du temps ; donc ce n’est pas quinze jours avant de démarrer une recherche d’emploi qu’il faut se réveiller, mais bien avant !

L’identité numérique demande de la réflexion : sur quoi voulez-vous communiquer, quelle expertise allez-vous mettre en avant pour émerger dans la masse des profils ?

Si le temps vous est compté, optez pour une identité numérique sur une seule plate-forme : CV online ou réseau professionnel. Mais actualisez votre profil, faites-le vivre, communiquez sur vos derniers projets, les résultats que vous obtenez.

C’est bien également si vos coordonnées sont directement accessibles par un recruteur qui pourra vous contacter plus rapidement.

Pensez-vous que la présence en ligne des candidats va encore prendre de l’importance ?

Si l’identité numérique fait de plus en plus partie de la vie professionnelle de ceux et celles qui ont des métiers en rapport avec le numérique, elle va se développer sur des fonctions généralistes, dans des secteurs tels que la grande distribution, l’industrie, les services à la personne, ou tous les métiers liés à l’artisanat. Pour un décorateur, un pâtissier, une identité numérique avec du contenu multimédia est un vrai plus pour montrer son savoir-faire.

L’identité numérique n’est pas réservée aux juniors, loin de là, car sur les réseaux sociaux les profils expérimentés sont plus souvent chassés !

Si les écoles de commerce, d’ingénieurs ou les Master commencent à être sensibilisés sur cette question de l’identité numérique, les bacs Pro, ceux qui démarrent un cycle d’étude après le bac, ou qui sont en transition professionnelle le sont moins et il y a un vrai travail d’information à faire de ce côté-là.

Pour conclure, je dirais qu’une identité numérique professionnelle maîtrisée est un plus pour être repéré par des recruteurs qui, tout en continuant à communiquer sur les jobboards ou sur leur propre site corporate vont investir de plus en plus les réseaux sociaux.

Pour les candidats c’est le moyen de communiquer concrètement sur leurs expériences, de mettre en avant ce qu’ils savent faire. Les outils pour construire son identité numérique sur Internet existent, il faut les utiliser !

Le blog de Véronique Goy
Son compte Twitter

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Commentaires

  1. jadlat
    31 janvier 2012 - 6h02

    Article très intéressant que je partage complètement et que je vais réutiliser avec les étudiant d’iut src de laval pour la saison 3 htp://travsav3.wordpress.com qui va débuter début mars. Bon, c’est un peu du branding ce que je viens de faire. Apportons un peu de contenu.
    Effectivement ce n’est pas en un mois que l’on construit une identité professionnelle opérationnelle. Personnellement, je suis favorable à développer la mise en avant de son profil par l’analyse de son activité. C’est pourquoi je penche plus pour un blog portfolio que pour la participation à un hub viadeo ou linkedin. Ceci étant, je leur reconnaît le mérite de pouvoir discuter entre professionnel. A l’usage cependant, cela dépasse rarement la discussion à trois ou quatre sauf pour quelques grands hub. La faute justement à la taille de ces groupes qui reste assez petite. 4/500 abonnés à 1% de participant intensif (cf. La théorie des 1/9/90 de la participation dans les communautés), cela ne fait jamais que 5 abonnés.

  2. Raphael
    27 février 2012 - 10h43

    C’est amusant comme chacun voit midi à sa porte :
    <<L’identité numérique c’est une présence sur le web maîtrisée, avec la mise en avant d’un profil professionnel>>

    Non, l’identité numérique n’est pas AVANT TOUT à destination professionnelle. Elle est une image de soi au travers des traces laissées lors de nos interactions médiatisées par le numérique.

    Certains peuvent y voir une opportunité pour mettre en avant leurs cursus professionnel, d’autres non. Justement, on lit régulièrement « Madame X a transformé sa passion en business » et si vous suivez un peu ce qui s’est passé, Madame X n’avait pas du tout commencé à s’exposer pour en faire une affaire, plutôt pour partager, rencontrer, s’enrichir sur tout autre plan que financier.

    C’est là la richesse d’Internet : un nouveau monde où vous pouvez vous réinventer (en partie) ; donc pas nécessairement par ni pour le « professionnel » (même si ça reste possible).

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