Emos et naturisme social, interview de Benjamin Chaminade

benjamin chaminadeVous l’aurez remarqué, j’aime assez le format interview. Donner la parole à un spécialiste que un sujet donné sera toujours plus pertinent que d’essayer de parler de ce qu’on ne connait pas. Pour débuter la vague de billets consacrés à notre Débat du mois, je vous propose donc une interview de Benjamin Chaminade. J’avais déjà eu l’occasion de lui donner la parole à plusieurs reprises. Mais quand on aime, on ne compte pas ! Benjamin est un spécialiste de la Génération Y et un observateur attentif des changements de mentalité et d’usages dans les entreprises. Il intervient régulièrement dans des conférences ou des formations sur le management des compétences et des générations, la fidélisation des salariés ou encore la qualité en manière de RH. Dans cet entretien, il aborde la « génération Z » et le changement de mentalité de la jeune génération face aux problématiques professionnelles. Il donne également de précieux conseils aux étudiants et aux jeunes diplômés pour faciliter leur entrée dans la vie active. Bonne lecture !

  • Une nouvelle « génération » a fait son apparition après les Y. Qu’on les appelle emos ou Z, quelle est leur approche du marché de l’emploi ?

Comme la culture Y il y a 15 ans dans l’informatique, cette nouvelle culture est palpable mais pas vraiment concrète. Elle n’est pas tant une rupture qu’une évolution, une génération Y 2.0 en quelque sorte. Elle l’est surtout en Angleterre, car ils formalisent plus les différentes catégories d’âge et la « nouvelle vague » est déjà arrivée selon leurs critères. Le principal changement concerne l’émotion : on veut travailler avec des gens sympas, qu’on aime, avec qui çà se passe bien. C’est la relation avant la rémunération…sans tomber dans l’entreprise « grande famille ». On perd la capacité à gérer le conflit, donc on va tout faire pour l’éviter. Si on en arrive au clash, ce sera par mail de manière impulsive sans prendre en compte la susceptibilité de l’autre alors que la sienne est à fleur de peau. Cela change le mode de fonctionnement du recrutement. Si dans les entreprises, on parle encore de fidélisation des salariés, le sujet n’est plus de garder mais d’engager. Avec les Z, on arrive vers des logiques d’entreprises « plateaux de cinéma » où on va embaucher des collaborateurs uniquement en fonction de son apport pour un projet et plus pour une description de poste. On ne cherchera plus l’engagement des salariés mais on leur demandera de maintenir leur effort le temps du projet / film dont la fin sera déjà programmée. Les modes de management vont devoir s’adapter à ces salariés dont la carrière dans la même entreprise sera éparpillée « tout au long de leur vie ». On gère au jour le jour, pas pour la motiver sur plusieurs années.

  • Le réseau prend-il de plus en plus d’importance ou assiste-ton simplement à une évolution de son fonctionnement ?

Les Z ont très bien compris que la valeur de leur diplôme repose à 50% sur le diplôme en lui-même (selon une vieille logique franco-française) et à 50% sur leur réseau d’anciens élèves. Ce qu’ils apprennent devient presque accessoire, le « apprendre à désapprendre » remplaçant petit à petit le « apprendre à apprendre ». Le réseau se modifie, les habitudes sur les réseaux sociaux ont changé. On est de moins en moins dans la recherche de quantité de connexions, plutôt dans la qualité des relations contacts. Cela se ressent en ligne et dans le réseau « réel ». Nous n’avons plus la même vie privée que nos parents. On partage beaucoup plus, mais plus avec la terre entière ! Les groupes se réduisent. Ce sont des cercles d’ « amis premiums ». Quand on est vraiment amis, ce n’est plus du voyeurisme, c’est du naturisme social.

  • Comment faire quand on a un réseau limité et qu’on cherche son premier emploi ?

Le réseau n’est plus l’apanage des personnes hauts placées cherchant un « piston ». On entre dans une nouvelle ère de diffusion de soi : CV en ligne, identité et passeport numérique, développement durable du réseau… Les étudiants ne doivent pas chercher à développer leur réseau en sortant de l’école ! Ils doivent commencer à le construire dès le premier jour de leur première année. Via les salons, les forums, les blogs, les stages, les amis d’amis d’amis… Le marché du travail, on s’y met dès qu’on rentre dans son école.

  • L’arrivée massive de jeunes issus de la culture Y aux postes de recrutement créé-t-elle une évolution des mentalités ?

Cela fait longtemps que les assistants de recherche ont entre 20 et 24 ans, stagiaires ou jeunes diplômés. Le changement ne dépend pas plus d’eux que des consultants conseil en recrutement plus aguerris? C’est ensemble qu’ils feront bouger les choses et notamment pour ramener le diplôme à sa vraie place : c’est un visa, pas un passeport. C’est aussi ensemble qu’ils feront disparaître du dictionnaire le mot discrimination.

  • Cela va-t-il relativiser l’importance donnée au diplôme en France ? Ouvrir des portes aux jeunes diplômés ?

J’ai tout vu à ce niveau là. Des gens très ouverts qui veulent offrir leur chance à tout le monde pour donner un sens à ce qu’ils font. Et d’autres qui font du copier/coller managérial et continuent de faire ce que leurs prédécesseurs faisaient avant. Tout arrive ! Aujourd’hui, ne pas savoir n’est plus une excuse ! Ce n’est pas parce qu’on ne sait pas quelque chose qu’on ne peut pas l’apprendre par soit même rapidement via Internet, son réseau… Il est possible pour le RH de juger le potentiel d’un candidat plus que ses acquis, mais c’est plus compliqué. Cela demande plus de temps que de lire un CV. On est entré dans une ère de surinformation, dans laquelle les candidats confondent compétences et visibilité. On peut en savoir de plus en plus sur les candidats mais où on doit en regarder de moins en moins sous peine de discriminer. En entretien, le candidat doit expliquer que son réseau peut lui permettre de développer ses compétences par lui-même et qu’il prend sa formation continue très au sérieux. Apprendre par soi-même est très important, il faut être force de proposition. Cela peut faire la différence. Le savoir-être aussi, qui doit être adapté à l’entreprise dans laquelle on entre. Les recruteurs et les chefs d’entreprise les plus ouverts au changement continuent de chercher des gens qui leur ressemblent et ayant des comportements professionnels. Ces compétences relationnelles sont dures à trouver. Il est important pour le candidat de bien lire les valeurs mises en avant par l’entreprise et de s’y adapter. Quitte à se renseigner sur Viadéo ou d’autres réseaux auprès de salariés ! Cela pourra faire la différence.

  • Pour finir, une question ô combien importante : quel est le cocktail gagnant pour que le jeune diplômé mette toutes les chances de on côté dans sa conquête du premier emploi ?

Il y a 5 points importants :
1 – Identifier et comprendre les valeurs de l’entreprise. Demander au recruteurs comment elles se démontrent dans les activités quotidienne de l’entreprise. S’il ne sait pas vous répondre cela vous permettra de savoir si elles sont réelles ou pas.
2 – Adapter son savoir être à ce qui est attendu. Vous entrez dans une entreprise peuplé de gens bizarre : des parents, des passionnés et peut-être même des personnes ayant fait toute leur carrière dans la même entreprise. Alors observez et écoutez…
3 – Avoir un minimum de présence sur Internet. Achetez votre nom de domaine et soyez présent sur les grands sites emploi : Viadeo, Linkedin (en anglais), Apec et Doyoubuzz.
4 – Disposer d’une expérience à l’étranger peut beaucoup aider. Pour le moment, c’est une plus-value en France. Ce sera devenu bientôt tellement normal que ce seront ceux qui n’auront pas connu d’expérience à l’étranger qui seront pénalisés.
5 – et bien sûr développer son réseau : famille, promo, prof, intervenants extérieur…et cela dès le premier jour d’école !

Le blog de Benjamin Chaminade

OFFRES D'EMPLOI WEB

Chef de Projet Monétisation H/F

Cdiscount, qui sommes-nous ? Pionnier du e-commerce en France, nous n'avons eu de cesse d'évoluer pour nous adapter et anticiper les besoins et aspirations des consommateurs. En nous engageant à démocratiser ...

Concepteur Développeur C# Dot Net H/F

APSIDE, 1ère ESN indépendante de France (+2000 salariés sur + 20 agences en France et à l'international) développe son activité en 1998 sur Rennes, qui regroupe aujourd'hui près de 100 ...

Chargé de Communication H/F

Promoteur Immobilier National recrute en CDI un Chargé de Communication H/F.Au sein d'une équipe de 5 personnes et sous la responsabilité directe de la responsable marketing et communication, vous serez ...

Commentaires

Laisser un commentaire

Il est possible d’utiliser ces balises HTML :
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>
Ce blog supporte le système Gravatar, pour obtenir le vôtre, inscrivez-vous sur Gravatar