Le média des professionnels du digital
Le média des professionnels du digital
Fermer

Interview : Flint, le robot média qui personnalise votre veille

Flavien Chantrel, le 24 mars 2017

Si les médias vous intéressent, vous avez de fortes chances de connaitre Benoit Raphaël. Mais connaissez-vous son dernier projet, Flint ? Ce média, puisqu’il le définit comme tel, est un robot qui se charge de vous envoyer quotidiennement une sélection d’articles qui devraient vous intéresser, avec pour objectif de vous surprendre et de vous apporter de l’information de qualité. Si Flint est encore en phase bêta, vous pouvez déjà vous y inscrire gratuitement et commencer à en profiter. L’aspect communautaire jouant un rôle très important dans la conduite du projet, vos retours seront les bienvenus !

Pour en savoir plus sur le projet, sur les autres robots qui vont lui emboiter le pas, sur le débat sur l’intelligence artificielle qu’il engendre ou encore sur les premiers retours des utilisateurs, nous avons interrogé Benoit Raphaël. Merci à lui pour ses réponses, et longue vie à Flint !

  • Tu n’es pas un nouveau venu dans le monde des médias. Pour ceux qui n’auraient pas suivi ton parcours, peux-tu nous en dire plus ?

J’ai commencé mon parcours en tant que journaliste. Dans ce cadre, j’ai toujours souhaité donner la parole à un maximum de gens, car c’est quand la parole est partagée que l’on arrive à plus de richesse. Après avoir travaillé en radio et en presse quotidienne régionale, c’est sur Internet que j’ai pu véritablement mettre en application ce précepte. Bruno Patino m’a proposé de monter Le Post avec lui, puis j’ai créé le Lab d’Europe 1 et Le Plus de L’Obs. C’est toujours l’aspect innovation des médias qui m’a le plus intéressé. J’ai ainsi monté deux start-ups, la première est à l’origine de la plateforme du Lab d’Europe1, puis Trendsboard, dont Flint provient. Flint est un média collaboratif humains+robots, créé avec Thomas Mahier, ingénieur big data.

 

  • Peux-tu nous décrire un peu plus précisément Flint ?

On propose deux types de robots. Flint est une newsletter envoyée par des robots intelligents. Elle utilise l’intelligence artificielle pour déterminer des articles de qualité adaptés et personnalisés à chaque utilisateur. On le fait fonctionner comme un être humain, avec ses propres critères de décision dans le choix des contenus. Il est une sorte d’assistant personnel qui va apprendre avec l’utilisateur et qui va essayer en permanence de le surprendre en lui faisant des propositions pour le faire sortir de sa bulle de filtres, en fonction de la cartographie qu’il a effectué des profils et des contenus sur les réseaux sociaux. Les contenus proposés seront ainsi guidés par les articles qui peuvent l’intéresser mais aussi par les gens qui peuvent lui ressembler.

Nous proposons également d’autres robots, entrainés par des experts. L’objectif est de créer une newsletter qui est cette fois commune, son contenu étant identique pour tous les inscrits. Les experts qui travaillent dessus vont lui donner une ligne éditoriale. Le premier exemple est Jeff, centré sur les médias, qui est né d’un besoin personnel. Jeff n’est pas un algorithme mais une intelligence artificielle, qui fonctionne sur ses propres critères. D’autres robots sont déjà entrainés par des experts : Vinvin, Francis Pisani, Anne-Sophie Novel, Emmanuelle Leneuf, PPC…

 

 

  • Le marché est assez concurrentiel sur le secteur de la sélection automatique d’infos pour lutter contre l’infobésité, qu’elle provienne des articles les plus partagés sur Twitter ou des partages de son réseau. En quoi Flint se différencie-t-il ?

Nous avons fonctionné de manière totalement inverse à ce qui se fait habituellement dans les start-ups. Nous n’avons pas essayé de nous dépêcher de sortir le projet et de commencer à gagner de l’argent avec. Nous avons plutôt décidé de prendre notre temps pour le construire au mieux et faire quelque chose d’utile pour tout le monde, à commencer par nous. Flint est un rêve que je cultive depuis plusieurs années, cette idée d’avoir un assistant qui vienne chercher des informations pour moi, qui cherche à me surprendre et à m’enrichir. Il y a tellement de nouvelles sources, de nouveaux auteurs, de nouvelles plateformes qu’un tel tri serait impossible manuellement, encore plus si on souhaitait avoir un contenu personnalisé pour chacun. C’est pour cela que l’on a pensé Flint comme un média, avec sa propre ligne éditoriale. Le fait qu’il s’agisse d’un robot avec lequel on peut interagir, qui apprend de nos actions, avec qui on a une relation privilégiée, est également ressenti comme un plus si l’on en croit les retours de nos utilisateurs.

 

  • Quelle est la cible principale ? Quel business model est envisagé à terme ?

Il a fallu concentrer nos efforts et nos moyens vers une cible que l’on connaissait déjà bien et que l’on maitrisait. C’est pour cela que nous avons choisi de nous tourner vers ma communauté, celle qui me suit sur Twitter, donc des gens qui s’intéressent beaucoup aux médias, à l’innovation, aux start-ups… Nous souhaitions que le produit soit gratuit, car nous le jugions utile au plus grand nombre. Nous avons une base de modèle économique que l’on va travailler avec la communauté et nos partenaires, mais nous voulons attendre que les robots s’améliorent et que le projet soit bien compris avant de vendre un service. Nous avons tout de même une base de modèle qui nous permettra d’être rentable en 2017, avec quelques gros partenariats avec de grands groupes qui souhaitent avoir des robots pour une veille interne. Les premiers retours sur ces sujets sont d’ailleurs très positifs. Il y a un vrai besoin sur ce créneau, les robots étant de plus très performants sur les niches.

 

  • Quels sont les premiers retours des utilisateurs depuis sa mise en ligne ?

Nous travaillons sur Flint depuis un an, de manière itérative. Le projet est suffisamment avancé tout en restant jeune pour pouvoir le mettre entre les mains d’une communauté afin qu’il évolue. Il nous fallait des données pour vérifier le bon fonctionnement du robot. Les retours sont très positifs et bienveillants, nous recevons beaucoup de messages d’encouragement. Flint envoie un mail bilan toutes les semaines qui propose des questionnaires ou sollicite des retours, nous en avons beaucoup, ils nous aident à avancer de manière constructive.

 

  • Des robots journalistes, à l’heure où le métier est déjà au plus mal, comment la nouvelle a-t-elle été reçue par le milieu ?

Le débat n’est pas fermé. C’est une expérimentation, qui peut être prise comme une réflexion sur ce monde qui est en train de muter et sur l’arrivée de l’intelligence artificielle qui doit être prise à bras le corps par l’ensemble des citoyens, des start-uppers et des politiques. Il y a beaucoup d’échanges, notamment philosophiques, sur le projet. Le débat qui en naît est vraiment intéressant.

Le but des robots n’est pas de remplacer les gens mais de faire un premier travail de récupération, de tri et d’identification des contenus proposés par les nombreux médias, journalistes et experts qui publient. Cela permet d’écarter des contenus de mauvaise qualité, comme les fake news dont on parle beaucoup. Il est intéressant de remarquer qu’une grande partie de nos premiers abonnés sont eux-mêmes des journalistes. Le robot n’est pas là pour écrire des articles, mais pour mettre en valeur le travail de ceux qui écrivent. Si un journaliste a peur d’être remplacé par un robot, c’est qu’il fait un travail de robot et doit se poser des questions. Il doit amener de la qualité, raconter des histoires, trouver des infos, interroger… Ce qui n’est pas encore faisable par une intelligence artificielle.

 

  • Quelles sont les prochaines étapes du projet ?

Nous allons rajouter des fonctionnalités qui vont permettre aux abonnés de dire à Flint quand un article ne leur plait pas afin d’affiner encore plus l’entraînement. Nous allons continuer à améliorer l’intelligence artificielle, nous nous sommes fixé un an pour que les robots soient vraiment performants.  Nous allons en sortir d’autres régulièrement sur d’autres thèmes : environnement (en avril), smart cities, fintech, innovations, … Des partenariats pourraient être conclus, par exemple avec des médias qui souhaitent disposer de leur propre robot. Et bien sûr, un travail de fond avec la communauté !

> Découvrir Flint

Recevez nos meilleurs articles

En vous abonnant, vous acceptez les CGU

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *