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Facebook en Chine : état des lieux et perspectives

Flavien Chantrel, le 4 janvier 2012

facebook en chineVous vous souvenez de What Women Wish ? Ce projet de Fanny Le Gallou et Zélie Verdeau les amène à la rencontre des femmes du monde entier pour découvrir leur usage des nouvelles technologies. Alors que l’expérience touche à sa fin, Zélie nous propose un article dédié à Facebook en Chine. Censuré mais remplacé par des clônes locaux, le réseau social de Mark Zuckerberg n’est pas prêt de s’y implanter… Bonne lecture !

Il est toujours étonnant de se rendre dans un pays comme la Chine, seconde puissance économique mondiale derrière les Etats- Unis – 1,3 milliard d’habitants et 500 millions d’internautes– et ne pas avoir accès au célèbre réseau social de Mark Zuckerberg.

Outre Facebook depuis plus de deux ans, la Chine bloque l’accès à de nombreux médias sociaux dont YouTube, Twitter, Google docs, Viméo (etc.) dans le cadre du « Projet bouclier d’or » mis en place en 2003 par le Ministère de la Sécurité Publique. En revanche l’Empire du Milieu a créé ses propres versions de sites sociaux en chinois sur les modèles de ceux cités ci-dessus, et il en résulte de vrais succès nommés Ren Ren (similaire à Facebook), Sina Weibo (similaire à Twitter), QQ (similaire à Skype mais sans téléphonie, très en vogue car propose un nombre d’outils impressionnant allant du blog au e-commerce en passant par la musique) ou encore YouKu.com (similaire à You Tube mais en plus développé) pour ne citer qu’eux. A l’heure de la mondialisation et de la multiplication des échanges internationaux, on se demande tout de même comment une population internaute très assidue, passant environ 2,7 heures par jour sur le Web – soit juste après le Japon qui enregistre 2,9 heures – étant friande de messagerie instantanée, de réseaux sociaux et de blogs, donc visiblement désireuse de communiquer et de s’ouvrir aux autres, passe à côté de réseaux connectés au reste du monde, comme Facebook et ses 800 millions d’utilisateurs.

Thibault, business development manager et Français expatrié en Chine explique sa situation «  L’utilisation de l’email et de Skype font que l’accès à Facebook n’est pas indispensable, néanmoins pour garder le contact avec un grand nombre de personnes et faire partager notre expérience de vie à l’étranger, c’est devenu l’outil le plus adapté et le plus efficace et donc on en devient finalement dépendant. Si pour une raison X ou Y on y a plus accès, c’est un problème que l’on cherche à régler rapidement. Lors de mon arrivée en Chine, j’ai suivi les conseils des gens déjà sur place en utilisant le VPN qu’ils m’ont conseillé. C’est un VPN payant, qui contrairement à ceux qui sont gratuits ne se fait pas bloquer au bout de quelques mois par les autorités chinoises. Pour un budget mensuel de 10 dollars j’ai donc accès à tous les sites censurés, ainsi que certains contenus inaccessibles depuis l’étranger puisque les serveurs du VPN que j’utilise permettent de simuler une connexion depuis la France par exemple. Ce type de VPN est donc parfait, et il accélère la vitesse de connexion qui pour certains services est désastreuse, Gmail entre autres, dont j’ai vraiment besoin. Du coup je consulte Facebook une fois par jour, et je l’utilise pour communiquer deux à trois fois par semaine environ ».

A l’instar de Thibault, Mia, de nationalité Chinoise, responsable des ventes dans une entreprise de Shanghai raconte son expérience et comment elle essaye de contourner la censure, à sa manière « En Chine, j’ai été connectée à QQ et à Sina Weibo puisque mes collègues locaux en parlaient tout le temps mais je n’ai pas vraiment besoin de plusieurs sites sur lesquels je peux raconter ma vie donc je me suis désinscrite. J’utilise Renren, qui est une copie conforme de Facebook. On y met les photos, vidéos, on change son statut, on parle de son humeur du moment (etc.), comme sur Facebook. Mais ça me permet uniquement d’être en contact avec mes amis Chinois. J’ai habité à Hong Kong il y a quelques années et je me suis inscrite à Facebook sur lequel j’ai de nombreux amis de l’étranger, notamment Allemands puisque je parle leur langue couramment. Ils m’écrivent, je reçois des notifications dans ma boite mail mais je ne peux pas leur répondre ni regarder les photos, c’est très frustrant. Alors j’ai deux solutions : soit c’est mon jour de chance et mon Proxy ou mon VPN fonctionnent, soit je retourne à HK et je consulte Facebook. J’aimerai vraiment qu’un jour la Chine l’autorise et que nous puissions être connectés au reste du monde ». En revanche le modèle Facebook, plutôt axé sur la liberté d’expression et l’échange d’informations, pourrait-il vraiment fonctionner dans un pays qui pratique la censure ?

facebook chine
« La logique chinoise fait que la culture du sms et la messagerie instantanée sont plus en vogue, car pour des questions de libertés il est bien plus facile d’être limité à 140 caractères pour faire passer son message. L’auto-censure existe et les internautes connaissent les noms de codes, c’est pour cette raison que ce genre de messagerie fonctionne bien » déclare Emmanuel Paget, Lab Evangelist à Nurun Shanghai, agence internationale de marketing interactif. Dans un article du Nouvel Obs.fr, Patrice Nordey, directeur de la branche Asie de la cellule de veille technologique l’Atelier fait part de sa réflexion en expliquant que « Si en Occident Facebook est le roi, ce n’est pas le cas en Chine où le marché des réseaux sociaux est ultra-concurrentiel Si Facebook tente de s’installer en Chine, ce sera un échec total. Je ne vois pas comment ils pourraient concilier leur philosophie et la façon de faire du business en Chine. » En effet, la Direction de Facebook a confirmé en novembre dernier que, pour l’heure, l’environnement était plutôt hostile « si notre mission est de connecter le monde entier, on ne peut pas connecter le monde entier et pas la Chine », a déclaré la Directrice d’exploitation. « L’absence de ce marché en pleine expansion n’est pas vraiment notre choix», a ajouté Mme Sandberg, « c’est le choix du gouvernement: nous n’y sommes pas accessibles parce qu’il a choisi que nous ne soyons pas disponibles » (Source : AFP).

Les professionnels du web ont déjà les yeux rivés sur la Chine depuis plusieurs années et récemment à l’occasion de l’annonce de l’extension au niveau international de Sina Weibo (250 millions d’utilisateurs en Chine) la journaliste du magazine Influencia, Chantal Garnier, glissait délicatement « à cause de la barrière linguistique, mais aussi de l’a priori que l’on a sur le fait que les Chinois ne font que copier, on ne cite jamais d’exemples venus de l’Empire du Milieu. Or s’ils nous copient, ils développent ensuite beaucoup plus vite ». Ce fut également le thème d’une conférence en octobre où Emmanuel Paget et Patrice Nordey ont débattu sur l’état du digital en Chine aujourd’hui où vous pouvez retrouver une partie de la présentation ici.

Le débat ne fait que commencer. Nous venons de quitter la Chine pour dire bonjour au Vietnam, et malgré l’échelle moindre de son nombre d’internautes, rebelote, Facebook est à nouveau sur la touche… ESC !

Le site What Women Wish

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Commentaires
  1. Jylores dit :

    Je suis en Chine en ce moment et on m’a conseillé d’utiliser vpnninja.com ; ça marche très bien pour ma part ! On m’ a aussi parlé d’autre VPN comme astrill ou vyprvpn, mais je ne les ai jamais essayé car mon vpn actuel me suffit amplement.

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