Exploration de l’identité numérique avec des LEGO

Avant-propos : cet article a été rédigé par Jean-Baptiste Mac Luckie. Il porte sur une expérience menée sur le thème de l’identité numérique dans le cadre d’un Bachelor réalisé à l’Université de Glamorgan à Cardiff. N’hésitez pas à lui faire des retours en commentaires ou via son compte Twitter @jbmacluckie.

Le concept d’identité numérique a été étudié sous différents angles, que ce soit d’un point de vue sémiologique, informationnel, info-communicationnel ou encore sociologique. Ce thème est devenu en l’espace de quelques temps une thématique discutée, débattue voire contestée et a fait l’objet de nombreux billets de blogs et publications scientifiques. Depuis 2010, ce concept occupe une place importante dans ma vie : j’ai construit, petit à petit, une présence en ligne que je voulais reflet d’une identité de professionnel en devenir, j’ai lu différents ouvrages et articles à ce sujet et je me suis rendu compte, au début de l’année universitaire 2011 – 2012, qu’il était temps pour moi de contribuer à l’exploration de l’identité numérique.

Cette opportunité s’est présentée à moi sous un angle purement académique, puisque j’étudie ce concept dans le cadre de mon BA Media & Communications à l’Université de Glamorgan à Cardiff. Mon envie d’étudier le concept d’identité numérique sous un angle nouveau résulte de la découverte d’un projet conduit par David Gauntlett (@davidgauntlett), professeur de communication à l’université de Westminster à Londres. Ce projet avait pour particularité de permettre à des individus de construire des modèles métaphoriques de leur identité avec des Lego. Lorsque j’ai évoqué à ma tutrice de mémoire, Caitriona Noonan (@caitrionanoonan) la possibilité d’utiliser cette méthode pour mes recherches, elle a montré une certaine réticence, réticence qui m’a poussée à persister davantage jusqu’à ce qu’elle accepte. C’était le début d’une belle aventure.

Pourquoi étudier l’identité numérique avec des Lego ?

Bien que j’aurais pu choisir d’autres méthodes, j’ai privilégié la « méthode Lego » car elle était cohérente avec l’objet de ma recherche. En effet, mon mémoire a pour but d’explorer la construction de l’identité numérique professionnelle d’étudiants en communication à la fois en France et à Cardiff. Dès lors, la dimension ludique des Lego et l’originalité de la méthode ont éveillé la curiosité de ceux qui se sont avérés être les futurs participants à mon projet.

Souvent décrite comme fragmentée, notamment à cause de la granularité du Web, multiple, complexe, l’un des aspects intéressant de la méthode Lego est qu’elle permet d’avoir une vue d’ensemble de ce que l’identité numérique des individus, ou du moins de la représentation qu’ils ont de la leur. Ainsi, toutes les facettes qui composent leur identité numérique sont représentées dans un même espace, avec des liens, des tensions et une organisation particulières qui, une fois assemblés, donnent un sens global à l’identité numérique.

Le processus de construction du modèle identitaire : 3 étapes clés

Pour mener à bien l’expérience, David Gauntlett décrit 3 étapes principales au processus expérimental : une introduction à la méthode, une phase de familiarisation à l’association de métaphores aux briques et figures Lego, et enfin une phase de construction de l’identité et ses influences.

• Dans l’introduction, l’objectif est de permettre aux participants de se (re-)familiariser avec l’utilisation de briques Lego en construisant une tour que je vais détruire sous leurs yeux souvent ébahis. Cette destruction a pour but de montrer les liens émotionnels qui existent entre notre cerveau et les constructions que nous faisons avec nos mains, théorie développée par Lego Serious Play.

• Puis les participants sont amenés à créer des constructions diverses en y associant des métaphores, à chaque nouvelle construction les participants décrivent ce qu’ils ont représenté à tout le groupe expérimental.

• Les participants sont ensuite amenés à représenter les différentes facettes de leur identité numérique. Bien qu’ils représentent souvent leurs différents profils sur les médias sociaux (profil Facebook, Twitter, blog, tumblr, LinkedIn etc.), certains participants ont directement représenté leur identité numérique par les aspects qui la composent (créativité, activisme, ego…). Ensuite, les participants représentent les agents qui influencent leur identité numérique de manière profonde et récurrente. Ces agents peuvent être d’ordre tangibles (les amis, l’environnement etc) ou intangibles (sentiments, projections, rêves, aspirations etc).

Quelques résultats de l’enquête

  • Des inégalités en matière de construction d’une identité numérique

Alors que chez les étudiantes de Cardiff qui ont participées au projet (cinq au total) l’aspect fondamental composant leur identité numérique est leur profil Facebook, les sept étudiants français ont une approche de l’identité numérique davantage comme un « écosystème ». L’identité numérique des étudiantes de Cardiff est en effet centrée sur leur profil Facebook, si bien que la présence numérique professionnelle sur des réseaux spécialisés type LinkedIn ou Xing est passive voire quasiment inexistante. Chez les français par contre, l’identité numérique est composée de plusieurs profils sociaux, plus ou moins professionnels, structurés de manière cohérente.

 

  • Une identité numérique complexe

L’identité numérique est souvent définie comme une collection de traces numériques laissées par l’internaute, ce que les anglo-saxons appellent « digital footprints ». Ces traces vont de l’adresse IP à un tweet en passant par un pseudo sur un forum d’heroic fantasy. Cette approche centrée sur une dimension informationnelle est intéressante mais simplifie une réalité plus complexe, puisque d’autres aspects entrent en jeu dans l’identité numérique. Mon travail n’apporte et n’apportera sûrement pas de réponses claires mais j’espère au moins apporter des pistes de réflexion.
L’identité numérique des étudiants, à Cardiff comme en France, s’apparente comme un véritable projet réflexif, une sorte de narration autobiographique au sens d’Anthony Giddens. Ainsi tous les étudiants ont réfléchi à leur identité numérique : comment la structurer, comment préserver leur « jardin secret » tout en mettant en avant leur identité de « professionnels en devenir ». Cette narration autobiographique a parfois un passé, mais surtout un présent et un futur.
L’identité numérique est également le lieu d’une gestion d’image, d’une présentation de soi au sens goffmanien du terme et d’un contrôle de ses traces numériques.

  • Identité numérique professionnelle : entre culte de la visibilité et gestion de la e-réputation

Les étudiants ayant réfléchi sur leur présence numérique professionnelle ont tous montré un attrait pour la visibilité : du CV en ligne au networking sur des services spécialisés tels que LinkedIn, Viadeo ou Xing en passant par le micro-blogging, l’objectif est d’être visible sur les moteurs de recherche afin de mettre en avant les compétences, le parcours et ainsi favoriser son employabilité.

Tous les étudiants, en France et à Cardiff, ont montré un intérêt pour leur e-réputation présente ou future et ce à différentes échelles. Alors que certains suppriment certains de leurs commentaires ou tweets après réflexion, d’autres se préservent du regard des autres quant à certaines de leurs pratiques sur le Web : streaming, téléchargement, passions pour les jeux vidéo en ne les mettant pas en avant. Il convient donc de penser la présence en ligne également comme une gestion d’image, quelle soit de marque ou autre.

Les feedbacks sur le projet

Voici quelques extraits de ce qu’ont pensé les participants.

Nuage de tags réalisé avec Tagul.com

Cet article n’est bien entendu qu’un aperçu du contenu du mémoire, que je vous invite à découvrir via SlideShare :

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Commentaires

  1. Simon Tripnaux
    4 juin 2012 - 17h00

    Il est clair qu’avec des Playmobils ce serait très limité : ces crétins ne savent même pas bouger les jambes séparément ! 😉

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