Interview : Éric Dupin présente le nouveau modèle économique de Presse-citron

citronsNous avons le plaisir d’accueillir Éric Dupin sur le blog ce matin. À l’aube de ses 10 ans, Presse-citron a récemment présenté son nouveau modèle économique, basé sur un partenariat avec 12 annonceurs « Premium ». En parallèle, toutes les bannières publicitaires ont été supprimées. Nous avons voulu en savoir plus et discuter avec Éric de l’intérêt du native advertising et des pièges à éviter.

Presse-Citron aura 10 ans cet été : quelles ont été les grandes étapes de son évolution ?

Difficile à dire comme ça, le temps est passé tellement vite, c’est juste dingue, je me souviens de mes premiers posts en 2005 comme si c’était hier… et ça fait 10 ans ! La première étape importante c’est quand quelques mois après le lancement du site une régie pub m’a contacté pour me proposer de monétiser avec des liens (ce qui n’était pas encore trop mal vu par Google). Quand j’ai reçu mon premier chèque (150 euros) je me suis dit wow c’est cool on peut se faire un peu d’argent de poche avec son blog perso alors que je n’avais aucun plan ni objectif de ce type. La deuxième étape est certainement celle où j’ai décidé de passer à plein temps (2008) et d’essayer d’en faire un vrai média viable. La troisième c’est l’arrivée d’autres rédacteurs, puis le recrutement d’un collaborateur (Valentin) à plein temps pour développer le média, les partenariats, les opérations spéciales hors média et l’événementiel.

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Le site opère aujourd’hui un virage important, en s’associant à 12 annonceurs : quel est le principe de ce partenariat ?

Mon idée depuis plusieurs années était de réduire drastiquement le nombre d’annonceurs afin de rendre l’accès et la lecture du site beaucoup plus agréable et fluide, sur une page minimaliste. Idéalement je me disais que si l’on pouvait « vendre » tout l’inventaire publicitaire à un seul « sponsor » à l’année en optimisant les espaces pour bien le mettre en valeur, ce serait balèze. Une fois que nous avons eu assez de crédibilité en tant que « marque » média et un trafic suffisant, à savoir stabilisé l’audience autour d’1 million de visiteurs uniques mensuels (Google Analytics), nous avons commencé à proposer notre offre « Premium » aux annonceurs avec comme condition que chacun bénéficie de 4 semaines de mise en avant exclusive à travers du contenu et non plus au travers de bannières. Les marques ont réagi très favorablement et nous avons bouclé nos 12 premiers annonceurs en quelques semaines. A tel point que nous commençons déjà à avoir une petite file d’attente pour 2016. Je précise que ces 12 annonceurs ne sont pas figés dans le marbre et que cela va certainement fortement tourner d’une année sur l’autre. Donc dire que nous sommes « mariés » à 12 annonceurs n’est pas très exact. D’autre part, traiter avec des dizaines d’annonceurs en native advertising me paraîtrait très difficile vu le travail que cela représente.

Quels sont les avantages du native advertising pour les annonceurs, les médias et les lecteurs ?

Très clairement, pour les annonceurs c’est la garantie d’une mise en avant bien plus valorisante que des bannières traditionnelles. Pour le média c’est une relation plus proche avec les annonceurs, donc plus professionnelle, et pour le lecteur, c’est vite vu : plus aucune bannière publicitaire, et une lecture claire et fluide.

Comment un lecteur peut-il avoir confiance en l’objectivité d’un média qui s’associe à des partenaires pour créer du contenu ? Par exemple, Orange fait partie des 12 partenaires de Presse-Citron. Si SFR présente un produit intéressant, allez-vous en parler librement ? Et à l’inverse, n’y-a-t-il pas un risque de parler systématiquement en bien d’un partenaire ?

Je vais te taquiner gentiment et te retournant la question : le Blog du Modérateur n’est-il pas associé à un seul annonceur, qui en est propriétaire ? Cela ne vous empêche-t-il pas de parler de vos nombreux concurrents sur le marché du recrutement ?

Je pense que nos lecteurs les plus fidèles, ceux qui nous font confiance depuis longtemps, savent que nous avons toujours été indépendants et objectifs, et il me connaissent assez pour savoir que j’ai l’habitude de dire ce que je pense quand je le pense, parfois même de façon un peu virulente. Mais ils savent aussi que nous ne sommes plus des enfants et que démonter une marque pour le plaisir de se payer un bon petit billet de blog qui fait le buzz n’est pas trop le genre de la maison. Tu prends l’exemple d’Orange : Orange est ce qu’on peut considérer comme « annonceur Premium » depuis plusieurs années, et personne ne l’avait remarqué jusqu’à présent. Pareil pour Microsoft. Ce sont des entreprises immenses qui communiquent chez nous via un de leurs nombreux services. Quand on a Microsoft Ventures en annonceur, cela ne veut pas dire que c’est toute l’entité Microsoft qui nous sponsorise, et cela ne nous empêchera pas de dire ce que nous pensons de Windows Phone ou d’un bug dans Excel ! Pareil pour Orange, ces entreprises sont tellement énormes et segmentées que l’on peut très bien travailler avec un service (Orange en l’occurrence c’est Orange Business Services, donc rien à voir avec Orange Grand Public) sans du tout être « redevable » des autres divisions de l’entreprise. Et il est bien évident que si SFR sort un truc qui tue nous en parlerons sans même nous poser la question, les choses sont très claires avec nos annonceurs sur ce point. D’ailleurs, faites une recherche sur Orange dans Presse-citron, vous n’allez pas trouver grand-chose. Et nos interlocuteurs dans ces grandes marques sont assez intelligents et respectueux de notre indépendance pour ne jamais nous avoir fait la moindre remarque sur nos contenus.

Cette question de l’indépendance d’un média vis-à-vis des annonceurs est récurrente mais elle ne concerne pas seulement Presse-citron ou les blogs. Allez voir comment ça se passe dans les « grands médias » dits indépendants. Je connais très bien beaucoup de monde dans ces médias, et on sait très bien que le fameux « cloisonnement » entre rédactions et régies/annonceurs n’est pas si étanche que ça, et que les journalistes subissent fréquemment des pressions du service commercial pour éviter de publier un article trop critique quand ce dernier vient de signer un gros contrat avec un annonceur. D’ailleurs, généralement, les pressions ne proviennent pas toujours des marques elles-mêmes.

On sait aussi que dans les médias traditionnels, y compris presse écrite, il y a toujours des annonceurs qui pèsent beaucoup plus lourds. Et pourtant je n’entends personne dire que tel journal ou telle radio fait allégeance à une marque. Dans notre cas, chaque annonceur représente un douzième, soit 8,33% de notre chiffre annonceurs. Je ne crois pas que cela puisse poser un problème de dépendance. Mais bon je sais que ces démonstrations ne feront pas changer d’avis ceux qui pensent que les médias pure player web « rentables » sont forcément vendus aux marques, et franchement je m’en fous complètement, ces personnes ne sont pas nos lecteurs, ne le seront jamais, et cela nous convient très bien comme ça 🙂

2015-02-27 10_45_41-Presse-citron - L'actualité du Web et des nouvelles technologies

Sur Presse-Citron, comment fait-on pour repérer un contenu réalisé en collaboration avec un annonceur ?

C’est clairement identifié (comme nous l’avons TOUJOURS fait avec les billets sponsorisés) par quatre repères repris sur chaque article :

  • par la catégorie « Entreprise Premium » avec une étoile devant
  • par une bannière « Entreprise Premium » en haut à droite de la sidebar correspondant aux articles de la catégorie
  • par les modules sociaux (Twitter, Facebook, autres..) de la marque en question dans la sidebar de l’article
  • par un texte de signature en bas de chaque article Entreprise Premium

S’il faut encore améliorer ceci nous le ferons sans problème. Voir un exemple ici : http://www.presse-citron.net/comment-payname-reussi-a-proposer-une-solution-de-cagnottes-100-gratuite/

Nous ne sommes pas les seuls à proposer cela, mais c’est peut-être un peu plus clairement identifié chez nous, ça doit être pour ça qu’on est les seuls à qui on pose ce genre de question 🙂

Quelles sont les bonnes pratiques du native advertising ? Et les pièges à éviter ?

Honnêtement, difficile à dire vu que c’est relativement nouveau pour nous. Évidemment je vais te répondre par une belle phrase bateau qui fera plaisir à tout le monde : nous allons éviter la complaisance. Voilà 🙂 Plus sérieusement, nous publions depuis longtemps des posts sponsorisés sur Presse-citron, en respectant une charte que j’ai publiée il y a plusieurs années et qui est toujours valable. Cela ne changera pas énormément de cette logique, même si « l’habillage » sera différent.

Une offre premium a également été pensée pour les lecteurs. Comment se présente-t-elle ?

C’est une sorte de « club » des lecteurs qui va leur donner accès à plusieurs avantages. D’abord, une box, qui n’est qu’une partie de l’offre, et qui va quand même leur permettre d’avoir l’équivalent de 100 euros en gadgets et services pour un montant de 35 euros. Ensuite nous allons réserver aux abonnés toute une série de petits bonus, comme l’accès à des concours, des visites d’entreprises de la tech, des invitations VIP à des évènements, des codes d’accès à des version beta de nouveaux services, etc. L’idée aussi est de leur faire profiter de choses auxquelles nous avons accès et où nous ne pouvons pas toujours être présents, de les rencontrer et faire vivre la communauté. Contrairement à ce que certains imbéciles racontent (sans même avoir pris la peine de venir voir notre offre en détail ou nous questionner comme tu le fais), cela n’a absolument rien à voir avec « payer 35 euros pour accéder à du contenu sponsorisé ».

Concrètement, cela représente-t-il une plus-value au niveau de la monétisation pour Presse-Citron ? Le site va-t-il devenir plus rentable ?

Le site est déjà rentable, même si cela reste une TPE 🙂 Notre objectif n’était pas de faire progresser le CA mais déjà d’arriver à faire le même avec un modèle radicalement différent. Pour le moment l’objectif est atteint puisque nous avons déjà réalisé en deux mois tout l’objectif de 2015, et dépassé le CA de 2014. Nous avons maintenant un problème de riche : arriver à faire patienter les marques qui voulaient faire partie du programme en 2015 et qui devront attendre 2016 (enfin si elles sont toujours intéressées d’ici-là).

D’autres projets sont-ils prévus dans le futur proche pour Presse-Citron ?

Nous allons déjà nous concentrer sur ces offres Premium afin que ce soit une vraie réussite pour tout le monde (lecteurs, annonceurs, startups, média) et nous allons bosser sur la deuxième édition de notre événement J-1 Workshop en mai prochain à Paris (et peut-être une édition en province en septembre), et… fêter dignement l’anniversaire des 10 ans de Presse-citron en juillet prochain ! Ça fait déjà beaucoup, je crois 🙂

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Commentaires

  1. Yann
    27 février 2015 - 12h25

    Bonjour,

    J’ai toujours un peu de mal à cerner 100% des enjeux et problématiques du native advertising, et de sa perception par les utilisateurs.

    -> Comment garder la confiance des lecteurs, et éviter justement cette complaisance ?

    -> Côté entreprise, le native advertising ne risque pas d’entrer en collision avec la logique de relations presse ?

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