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De Dronestagram à Dronestajob, interview d’Éric Dupin

Flavien Chantrel, le 2 mars 2017

Eric Dupin, blogueur historique sur Presse Citron et initiateur de nombreux projets web, a lancé il y a quelques années la plateforme Dronestagram, spécialisée dans les prises de vue réalisées par des drones. Depuis, le projet a pris de l’ampleur, connaissant un succès en France comme à l’international. Une levée de fonds et de nombreux projets annexes plus tard, un nouveau service vient d’être lancé il y a quelques jours : Dronestajob, une place de marché qui fait se rencontrer professionnels du pilotage de drones et particuliers et entreprises ayant besoin de leurs services. A cette occasion, nous avons interrogé Eric Dupin afin de revenir sur cette croissance continue et sur ses nouveaux projets autour des drones. Merci à lui pour ses réponses.

D’où t’es venue l’idée de lancer ton premier site sur les drones, Dronestagram ?

J’ai toujours été passionné par les modèles réduits, par les avions radiocommandés et par l’aéronautique en général, et évidemment les gadgets en tous genres. Avec Presse-Citron, suivant de très près l’actualité high-tech, j’ai fait partie des premiers acheteurs des hélicoptères radiocommandés et autres précurseurs des drones au milieu des années 2000. J’ai par exemple testé le Picoo Z, qui m’avait impressionné. Je m’étais dit que le jour où ces appareils seraient équipés d’une caméra, ce serait un carton. Quelques années après, les drones sont arrivés, et j’ai suivi le mouvement en achetant les premiers modèles. Les machines commençant à évoluer, je me suis dit qu’une vraie révolution était en marche, comme à l’époque des smartphones quelques années avant. Et si demain tout le monde avait son drone ?

J’ai commencé moi-même à faire de nombreuses photos et vidéos avec des drones. Et je me suis rendu compte qu’il n’existait pas de sites, d’applications, de plateformes pour publier et partager les contenus visuels faits avec ces drones. Partant de ce constat de manque, j’ai créé le site moi-même. Je l’ai bidouillé tout seul en une semaine. Je pensais que c’était une bonne idée, mais je ne pensais pas que cela partirait aussi vite. Je lançais le site le samedi, j’avais des premières retombées sur de gros sites US dès le lundi. Cela a généré un énorme trafic ! Il a généré 700 000 pages vues la première semaine alors qu’il n’était même pas encore indexé sur Google. Cela m’a un peu dépassé !

La cible et les utilisateurs sont finalement plus internationaux que français ?

Nous avons effectivement eu beaucoup plus de retombées média à l’international qu’en France. J’avais volontairement lancé le site en anglais, le sujet étant une niche, il n’y aura jamais 3 ou 4 milliards de drones dans le monde. La communauté des amateurs est elle-même internationale et très active. Nous avons aujourd’hui 35 000 utilisateurs enregistrés sur la plateforme pour 60 000 contenus disponibles. Nous visons les 100 000 en fin d’année.

Comment se passe la gestion du site au quotidien, à côté de tes autres activités ?

J’ai créé une société pour gérer le site et le différencier de mes autres sites. A cette occasion, j’ai levé 100 000 euros accompagnés de 20 000 euros de la BPI. Cela nous a permis de tenir jusqu’à maintenant et de recruter un collaborateur à plein temps, Guillaume Jarret, désormais actionnaire de la société. Il gère l’opérationnel, le développement de la société, les relations avec les sponsors et les annonceurs, les opérations spéciales…

Parallèlement à Dronestagram, vous lancez un nouveau service, Dronestajob…

Il s’agit d’une plateforme de service d’imagerie par drones qui met en service les pilotes et opérateurs professionnels de drones et les clients intéressés par leurs prestations, qu’ils soient particuliers ou professionnels. Elle est vraiment réservée aux professionnels, que l’on sélectionne et qui nous envoient leur Kbis et leur diplôme DGAC. Même si j’aurais bien voulu, il n’était pas possible de faire un Airbnb du drone, les questions de réglementation rendent ce concept impossible à mettre en place.

Pour le moment, le site se lance uniquement en version française, pour nous permettre de nous faire la main. La version internationale est prête, dès qu’on sera rodés, nous la mettrons en ligne ! Nous avons d’ailleurs eu de premiers inscrits étrangers dès l’ouverture de la plateforme ! Il y a actuellement un marché très important de la prise de vue aérienne par drone, que ce soient pour les promoteurs immobiliers, les agences immobilières, les entreprises pour des plaquettes commerciales ou de l’évènementiel, pour de l’inspection d’édifice, pour des particuliers également… Les raisons sont multiples. Dans ces cas, en quelques heures, nous pouvons permettre d’avoir quelqu’un qui se déplace et réalise la prestation simplement. Le marché est actuellement éparpillé et désorganisé, avec des pilotes de drones professionnels qui ne sont pas forcément très à l’aise avec le marketing mais qui sont très compétents, et des particuliers et entreprises qui ne savent pas à qui s’adresser. Nous les aidons à se mettre en relation, et nous offrons de la réassurance avec une sélection de professionnels qualifiés. En fait, nous allons contribuer à organiser le marché en faisant se rencontrer l’offre et la demande.

Nous nous rémunérons via une commission sur les montants facturés. Nous cherchons actuellement un investisseur pour nous donner les moyens de nous développer rapidement, nous avons déjà quelques contacts intéressants.

Vous avez une autre actualité, avec la sortie d’un livre…

Effectivement, nous allons sortir le recueil de photographies par drones « Photographier le monde avec un drone » le 22 mars en France et début avril à l’étranger. C’est un projet important, que nous développons depuis deux ans. Une maison d’édition britannique, Thames & Hudson, nous a contacté dès 2014 pour nous proposer de collaborer à un ouvrage. Cela nous a agréablement surpris, nous avons été ravis de nous lancer dans ce nouveau défi, très différent de nos activités habituelles. Nous avons sélectionné près de 300 photos sur le site, en demandant à chaque fois les droits aux auteurs, et en ajoutant légendes, descriptions, nom des photographes… Le livre va sortir en 4 éditions (français, néerlandais, allemand et anglais). Le premier tirage est à 20 000 exemplaires, ce qui est déjà conséquent ! Cela devrait améliorer encore notre notoriété et nous permettra d’atteindre un nouveau public.

Pour finir, quel est ton regard sur l’évolution du marché des drones ?

La diffusion a beaucoup évolué ces dernières années. Il y a encore 4 ou 5 ans, on était considéré comme un précurseur si on parlait de drone. Nous sommes passés dans une phase beaucoup plus grand public, où les drones sont un grand classique des cadeaux de Noël ou d’anniversaire. Le marché s’organise et se segmente, entre machines amateurs et professionnelles. Cela va continuer, notamment en fonction des usages. Il y a actuellement trois grands domaines :

    • Le drone racing, avec les courses de drones, où l’on recherche vitesse et sensations.
    • Le drone de loisirs pour faire de la photo ou de la vidéo.
    • Le drone autonome qui tient dans la poche et qui permet de faire des selfies.

Généralement, il s’agit de machines qui font moins de 200 grammes, qui tiennent dans la poche, et qui sont de vrais appareils photos volants. C’est une grande tendance !

Le développement des drones ne connait finalement qu’un seul frein à savoir la réglementation. Il est évident que cette dernière est nécessaire, pour des questions de sécurité notamment. Elle est simplement mal adaptée aux usages et à ce que sont devenus les drones, et trop restrictive. La technologie va beaucoup plus vite que cette réglementation, et si elle est trop draconienne, cela peut créer des effets pervers car de plus en plus d’utilisateurs pourraient rentrer dans une sorte de clandestinité et faire n’importe-quoi. Aujourd’hui, un drone de 500 grammes est totalement indétectable visuellement et auditivement dès qu’il est à seulement quelques dizaines de mètres du sol, et il peut voler à 150 mètres d’altitude sur plusieurs kilomètres : ce n’est pas en exigeant des pilotes qu’ils passent un brevet théorique de pilote d’ULM qu’on va régler ce genre de question. Il est nécessaire d’écouter les utilisateurs et les acteurs du domaine pour la faire évoluer.

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