La gestion des médias sociaux en période d’élections : l’exemple du Monde.fr

Les élections présidentielles sont toujours un moment important pour les sites d’information généralistes. Sur le web et les réseaux sociaux, la diffusion de l’information a beaucoup évolué en cinq ans, les médias doivent s’adapter à cette nouvelle donne. Nous sommes allés à la rencontre de Flavien Hamon, journaliste et Social Media Editor pour Le Monde.fr, pour aborder ce sujet. Les chiffres d’audience durant ce type d’évènement sont astronomiques : sur Facebook par exemple, 3 381 406 personnes ont vu les publications du journal la semaine du deuxième tour, le nombre de personnes qui en parlent atteignant 93 744. A noter que c’est autant que Le Parisien (34 782), Le Figaro (30 723), Libération (10 934), Le Nouvel Obs (13 167) et FTVI (4313) réunis. Tour d’horizon de la stratégie et des actions mises en place par le journal, sur le site et les réseaux sociaux à cette occasion.

 

 

Un évènement comme une élection présidentielle doit beaucoup influer sur l’audience et les flux de commentaires d’un site comme Le Monde.fr et ses présences en ligne. A quel point ?

Sur les réseaux sociaux, cela a été impressionnant ! Sur Twitter, en temps normal, nous nous situons aux alentours de 30 000 clics sur les liens que nous partageons. Du premier au deuxième tour, nous étions plutôt dans des ordres de grandeur de 130 000 à 150 000 clics. Sur le site Le Monde.fr à proprement parler, nous avons comptabilisé plus de 12 millions de visites le dimanche 6 et le lundi 7 mai et 51 millions de pages vues, des chiffres records. Au niveau de l’affluence sur les réseaux sociaux, qu’il s’agisse de Facebook, Twitter ou Google+, nous avons senti un besoin flagrant d’être informé de la part des internautes.

Quel bilan tirez-vous du dispositif mis en place ?

Le bilan est très positif. Le Monde a fait sa refonte au mois de mars, avec notamment la mise en place d’un live permanent sur la politique. Ce direct a été extrêmement suivi durant le premier et le second tour, ainsi que lors du débat d’entre-deux tours. Les internautes étaient demandeurs d’informations riches et exhaustives pendant la présidentielle, ils désiraient de l’information en continu. Nous avons transposé cela sur les réseaux sociaux, en faisant un live (un peu moins dense tout de même) sur Facebook. Sur Twitter, nous donnions les chiffres des résultats nationaux, départementaux, des twitpics des meeting, des militants…

Votre but est-il de centraliser les internautes sur une même plateforme ?

Bien évidemment, lorsqu’on ajoute une publication Facebook, celle-ci renvoie vers un article publié sur le site du journal. Cependant, le but est aussi d’apporter l’information sur la plateforme où se trouvent les internautes, en adoptant les us et coutumes du site en question. On sait qu’une partie du lectorat va s’informer uniquement via Facebook, en lisant uniquement les publications. Notre objectif est de leur apporter l’essentiel des informations, de leur montrer que Le Monde les informe où qu’ils soient. Par exemple, pour le second tour, l’information principale était les premières estimations. Nous avons donc diffusé les chiffres bruts directement sur Facebook, et les internautes pouvaient cliquer sur le lien connexe pour accéder aux détails complémentaires.

Est-ce que les bons résultats d’audience se traduisent par une augmentation de la fréquentation de vos espaces en ligne après les élections ?

Il est encore un peu tôt pour tirer des conclusions. Nous ne savons pas encore à quel niveau nous sommes retombés post-élection, mais il y a eu un engouement certain pendant la présidentielle. Cette période nous a également permis de revoir certaines pratiques : sur Facebook par exemple, nous annoncions quelques informations fortes sur la journée. Nous nous sommes rendus compte que les internautes en attendaient davantage, nous avons donc augmenté le nombre de publications quotidiennes. Nous nous limitions auparavant à 10 à 15 publications par jour pour éviter de trop spammer les internautes, mais nous nous sommes rendus compte que nous pouvions passer à 30 voire 40 publications quotidiennes, sans que cela ne leur pose de problème, bien au contraire. Nous avons donc augmenté ce flux. Chaque élément publié devient comme un post de forum, pendant la journée nous apportons des infos complémentaires et de nouveaux articles dans les commentaires (exemple : le procès du Médiator).

Quel dispositif humain avez-vous mis en place pendant les élections ?

La newsroom politique du Monde était sur le pied de guerre : plusieurs dizaines de journalistes qui écrivaient des analyses, des comptes rendus, participaient à des tchats, etc.  A cela s’ajoutent cinq personnes sur le live du site, qui ont retranscrit les discours, fait du fact-checking, répondu aux questions des internautes… En ce qui concerne les réseaux sociaux, j’étais la seule personne à m’en occuper. Au premier tour, j’ai commencé à 18h pour terminer vers 3h30 du matin. Et à cette heure nous n’étions pas les seuls, nos lecteurs étaient toujours présents. Au second tour, le suivi s’est terminé vers 1h, pour reprendre le lendemain entre 8h et 9h.

Quelle est la marge de manœuvre des community managers par rapport à la ligne éditoriale et à la politique fixée par le journal ?

Elle est quasiment totale. Le fait d’effectuer des lives sur Facebook et Twitter est assez nouveau. Avant Le Monde, aucun autre média n’avait testé ce genre de dispositif. Je suis arrivé fin mars au journal, et j’ai vu que la communauté du Monde réagissait de manière différente par rapport aux communautés que j’avais pu animer par le passé. J’ai voulu tester ce dispositif pour le premier tour, j’ai vu que cela fonctionnait. J’ai remonté l’information auprès du rédacteur en chef qui a été partant pour continuer pour le débat et le deuxième tour. Évidemment, même sur les réseaux sociaux, nous respectons la ligne éditoriale du Monde.

Pendant cette campagne, la règle de l’égalité du temps de parole a été beaucoup discutée. Est-ce que cette notion est également importante lorsque vous modérez les commentaires des internautes que vous relayez ?

Cette loi ne s’applique qu’à la télévision et à la radio, il n’y a pas de règle de temps de parole sur le web. Lorsque nous remontons les commentaires des lecteurs sur tel ou tel sujet, il est compliqué d’établir une égalité totale, avec autant de commentaires par candidat ou par parti. Nous ne traitons pas les interventions des internautes de cette façon : le fait de faire une revue de commentaires, de dire ce que pensent les lecteurs sur tel ou tel sujet, c’est une prise de température de leur opinion. Nous devons donc rester le plus fidèles possible à l’opinion des lecteurs du Monde. Si, par exemple, une majorité d’internautes est hostile à la mesure d’un candidat, nous allons le retranscrire dans le compte-rendu que nous allons rédiger.

Autre loi beaucoup discutée pendant les élections, celle qui interdit la publication des résultats avant 20h. Quelle a été la position du journal Le Monde à ce sujet ?

Nous nous sommes en effet posé la question de la publication des résultats avant 20h. Il a été décidé de ne pas le faire, de s’en tenir à la loi. Après tout, dès 18h tout le monde savait. Nous supprimions les commentaires des lecteurs qui donnaient les résultats pour éviter tout ennui avec la justice, mais cette situation était ridicule. Nous avons donc préféré attendre de voir s’il y avait un moyen de la modifier plutôt que de l’enfreindre pendant les élections.

Quelles sont les règles que vous vous fixez pour la modération des commentaires ?

Il y a des règles de conduite qui correspondent au bon sens et à la loi : la diffamation est à proscrire, tout comme les propos racistes, xénophobes, la discrimination… Tout se retrouve quasiment dans la loi. Ensuite, nous sommes assez ouverts, chacun a le droit d’avoir sa propre opinion, et nous acceptons également les critiques. Nous demandons simplement aux internautes d’être polis. Nous essayons de répondre au maximum aux interrogations des gens (lorsqu’ils critiquent un article ou posent une question…). Nous pouvons demander aux internautes de réécrire certains commentaires sur le site, c’est plus difficile dans le cadre imposé par Facebook. Nous devons supprimer certains commentaires sans pouvoir prévenir la personne, mais la règle générale reste le bon sens et le respect de la loi.

Quels sont les outils que vous utilisez pour la veille et la gestion des commentaires sur les différents espaces de discussion ?

Pour Twitter, j’utilise des clients comme HootSuite ou TweetDeck par exemple. Quel que soit l’outil, l’important est d’avoir un flux qui remonte ce qui se dit sur Le Monde et sur les différents comptes que nous pouvons gérer. Nous veillons par exemple un flux sur la requête « lemonde.fr », pour récupérer tous les tweets qui mentionnent une URL du Monde, pour pouvoir répondre directement avec le compte du Monde ou avec nos comptes personnels. Sur Facebook, nous regardons principalement les conversations directement sur la page du Monde, même chose sur Google+.

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Commentaires

  1. Veille 15 Mai « U:Kintch
    15 mai 2012 - 18h17

    […] La gestion des médias sociaux en période d’élections : l’exemple du Monde.fr : Lire l’article Ce qui va changer sur Facebook : Lire l’article Open graph Facebook : les premiers […]

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