Clone ou bien jeune diplômé recrutable ? Choisissez votre camp

C’est Pierre-Gaël Pasquiou, community manager spécialisé dans l’enseignement supérieur, qui inaugure le débat du mois consacré aux jeunes diplômés. Il explique comment il a pu créer son poste à la sortie de l’école… Un exemple inspirant !

Pierre-Gaël Pasquiou Pierre-Gaël Pasquiou a effectué une partie de sa scolarité au Lycée français international de Pékin et au Lycée français Louis Pasteur de Bogotà. Après un lycée hôtelier et un BTS en Management des Unités Commerciales en Bretagne, il intègre l’Ecole de Management Strasbourg par le concours « Passerelle ». Ancien Community Manager de l’EM Strasbourg, il est aujourd’hui responsable des partenariats pour Multiposting. Vous pouvez le retrouver sur son site et sur Twitter.

A l’heure où le marché du travail est loin d’être au meilleur de sa forme, je n’ai pas la prétention d’avoir la formule magique, cependant si mon histoire peut aider certaines personnes, je suis prêt à dévoiler un morceau de ma vie, morceau qui d’ailleurs se termine dans à peine quelques semaines.

Lorsque je passais les concours pour entrer en école de commerce, pendant la partie des oraux, je racontais toujours à mon jury, que s’il me prenait dans leur école, je ne serais pas juste un consommateur de formation mais un réel acteur dévoué à mon école. C’est d’ailleurs ce que j’expliquais l’été dernier à mes étudiants, lorsque je faisais des préparations aux oraux pour une prépa privée. Les écoles ne veulent plus de consommateurs pour remplir leurs promotions, ils veulent des étudiants qui vont faire vivre leur école, qui vont faire avancer les choses.

Dès la première année je me suis engagé dans la vie associative, j’étais vice président de liste, malgré le fait que j’en garde de bons souvenirs, j’ai un regard moins positif sur les activités de ces groupes qui se créent dans les écoles, d’après moi elles favorisent ce phénomène de mimétisme propre aux écoles, mais je ne m’étendrais pas plus sur ce sujet. J’ai déjà publié sur ce sujet un billet qui a fait grincé les dents de beaucoup d’étudiants. J’ai ensuite postulé au poste de coordinateur des associations, rebaptisé depuis « Président de la Fédération ». Pour postuler à ce poste il fallait renoncer à tout autre poste, afin d’éviter d’être plus indulgent envers sa propre association. J’ai donc décliné le poste de vice président de BDE qui s’offrait à moi, puisque nous venions de remporter les élections.

J’ai décidé de prendre ce risque parce que j’étais persuadé de l’intérêt de ce poste, ne nous le cachons pas, c’est de très loin le poste « sexy » pour les étudiants. La concurrence est bien moins rude que pour être le responsable des soirées de l’école. Question mission, on est également loin du poste de président de BDE qui consiste, en grande partie, à se montrer en soirée et à regarder des vidéos sur Facebook dans le bureau le plus « hype » du couloir des associations. Le poste de coordinateur consiste essentiellement à surveiller les comptes des associations, à organiser des évènements plus transversaux, à négocier et dispatcher les subventions, être présent aux comités de direction interminables et à représenter les intérêts des étudiants aux conseils d’école.

J’ai donc été élu à ce poste au début de ma seconde année en école. Il m’a fallu un peu de temps pour me faire accepter auprès des associations, les présidents régnant en petits « dictateurs » dans leurs bureaux de 5 mètres carré, ma légitimité n’a pas été facile à faire entendre. La décision de multiplier par deux les subventions de l’école suite à un long combat a certainement joué en ma faveur. Pendant un an j’ai organisé des réunions, mangé des plateaux froids et me suis arraché les cheveux pour défendre des personnes dont l’activité favorite consistait à me mettre des bâtons dans les roues. Je me souviens que mon entourage me disait toujours que je perdais mon temps, que je devais profiter comme les autres de mes années en école. C’est certainement mon coté masochiste qui me poussait à continuer, mais j’étais également persuadé que mes efforts porteraient leurs fruits un jour. Un acharnement que j’ai hérité de mes parents, qui d’ailleurs étaient les seuls, sans comprendre précisément ce que je faisais, m’encourageaient à continuer dans ce sens. Un jour lors d’un comité de direction, après avoir entamé l’éternelle salade froide, j’ai soulevé l’idée de recruter quelqu’un dont le travail serait la gestion de nos communautés avec un axe important de travail sur les réseaux sociaux. J’avais entendu parler de ce poste dans certaines entreprises et je trouvais que de l’extérieur notre présence en ligne était un joyeux bazar. Le directeur à l’époque, Michel Kalika, m’a demandé de faire de lui soumettre une proposition de fiche de poste pour la prochaine réunion. Chose que j’ai faite, une fois ma proposition validée en comité de direction, il restait quelques échelons administratifs à passer pour terminer en conseil d’école où je siégeais également.

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J’ai toujours eu horreur de ce type de démarches administratives qui d’après moi rend la flexibilité d’une entreprise très réduite, mais j’ai fini par m’y résoudre, non sans râler, c’est de toute façon inévitable pour n’importe quelle structure importante.

Le poste a ensuite été validé par le conseil d’école, il ne restait donc plus qu’à recruter quelqu’un. En plein conseil d’école, le directeur se tourne vers moi et me dit « Pierre-Gaël, pourquoi pas vous ? ». Je n’avais pas du tout prévu de prendre ce poste, d’ailleurs même pour réaliser la fiche de poste j’avais dû me plonger dans certains ouvrages et lire bon nombre d’articles sur le sujet parce que je n’avais aucune connaissance du métier. Par ailleurs cela impliquait que je fasse une pause dans mes études, donc que je retarde d’un an mon arrivée sur le marché du travail. Cependant il s’agissait là d’un nouveau challenge, je n’ai donc pas mis bien longtemps avant d’accepter. Il a fallu négocier sec en interne, un coup on voulait changer intégralement ma fiche de poste et on me proposait des missions de commercial qui n’avaient absolument plus rien avoir avec ce qui était prévu, un coup on me proposait un salaire qui couvrait à peine ma chambre dans un appartement en colocation. Après deux longs mois de bras de fer, j’ai réussi à imposer le poste avec mes conditions. L’année scolaire suivante j’étais donc Community Manager de l’EM Strasbourg, rattaché entre le service communication et le service relations entreprises.

Il y avait absolument tout à faire, et personne pour me conseiller. J’avais mis à profit mon été pendant lequel je travaillais comme standardiste pour lire énormément sur ce nouveau métier. J’avais donc déjà en tête plusieurs actions à mettre en place et tout un plan stratégique à faire valider à ma direction. J’ai commencé par segmenter nos communautés, faire un état des lieux de ce qui existait déjà, réfléchir aux moyens d’organiser l’ensemble, etc. Rapidement j’ai réalisé que comme personne ne comprenait vraiment ce que je faisais, je devais rapidement profiter d’une réunion pour présenter mon poste à tout le monde, dans la foulée j’ai mis en place un système de remontée d’information qui me permettait de montrer le travail effectué mais surtout que chaque service voit l’intérêt direct qu’ils allaient y trouver. Très vite j’ai organisé une journée de conférences sur ce métier, c’était l’occasion d’expliquer en détail ce nouveau métier aux étudiants, au personnel mais aussi aux entreprises alsaciennes. J’ai fait venir plusieurs grands noms de la communication comme Manuel Canévet de « Campus Communication », Catherine Ertzschied que l’on n’a plus besoin de présenter, Christophe Ramel la figure montante du CM de cette époque et Jean-Christophe Ana expert en réseaux qui était alors à l’APEC et qui désormais à ouvert son entreprise « Link Human ». Cette conférence est sans aucun doute l’un des tournants les plus importants de ma (toute jeune) vie.

On a commencé à regarder l’EM Strasbourg avec intérêt, j’ai répondu à un bon nombre d’interviews, et je me suis rapproché de personnes qui un an plus tôt me paraissaient inaccessibles; elles sont aujourd’hui bien plus que de simples connaissances professionnelles. A partir de cette date j’ai commencé à avoir une présence web importante et les choses sont allées très vite, j’ai commencé à organiser des ateliers pour se former à l’utilisation professionnelle de Twitter, j’ai participé à des conférences sur le thème du community management dans l’enseignement supérieur un peu partout en France, je suis même intervenu dans certains cours de management des système d’informations avec pour étudiants d’anciens camarades de classe.

Voilà pour la petite histoire, si j’ai voulu raconter tout cela en détail c’est avant tout pour faire comprendre qu’il n’y a pas d’efforts qui ne servent à rien. Si aujourd’hui j’ai la chance d’avoir décroché depuis l’étranger un CDI cinq mois avant même d’être diplômé c’est justement parce que j’ai travaillé dur. Il ne faut rien négliger, je me souviens que ma petite amie de l’époque me faisait toujours des histoires parce que je passais du temps dans les cocktails après des conférences et qu’elle était persuadée que ça ne servait absolument à rien. Pourtant ce sont pendant ces cocktails que j’ai commencé à creuser mon trou. L’exemple parfait c’est un aller retour que j’ai fait à Paris, pour un apéritif organisé par Campus Communication. Le principe était de faire rencontrer les « acteurs du sup 2.0″, et bien la personne qui m’a fait décrocher mon CDI aujourd’hui, c’est une personne avec qui j’ai échangé 10 minutes au cours de cet apéritif. Si j’avais choisi la facilité je serais resté tranquillement à Strasbourg. Un aller-retour à Paris pour un apéritif ça pouvait en effet paraître totalement superflu, et pourtant !

Je suis intimement persuadé que notre génération recèle des capacités non exploitées, beaucoup trop d’étudiants fonctionnent en sous régime pendant leurs études, persuadés que ce n’est surtout pas le moment de tout donner, que pour l’instant le plus important c’est la prochaine grosse soirée et le partiel de comptabilité qu’il faut valider. Pourtant tout se joue dès le début des études, c’est pendant ces années que vous ferez la différence entre un étudiant employable et un étudiant très employable. N’ayez pas peur d’être différent, la dynamique de groupe voudrait que nous soyons tous identiques, comme des clones qui sortent tous du même moule, et particulièrement dans le milieu des écoles de commerce. On prône la différence, mais on s’encourage à tous être pareil, et si vous vous écartez un tant soit peu du troupeau vous serez montré du doigt. Il est évident que c’est une situation plus compliquée à gérer, mais si il y a un point dont je suis certain, c’est que la facilité ne paye pas, encore moins aujourd’hui. Relevez vos manches, vous verrez on y prend même plaisir ; )

Commentaires

  1. Manuel
    13 mars 2012 - 15h19

    Encore un grand bravo à PGP pour ce parcours et ravi d’avoir pu « modestement » contribuer ;-) Longue vie !

  2. Jérôme
    13 mars 2012 - 15h28

    je n’ai malheureusement pas grand chose à dire sur cette longue réflexion car je suis d’accord avec tout ce qui est dit. Je rajouterai pour la fin que les efforts paient c’est sur mais c’est surtout une réelle source de satisfaction. J’ai toujours pensé que la facilité ne pouvait pas nous rendre satisfait et donc heureux.
    Par contre je ne suis pas sur que les écoles demandent aux élèves de ne plus être de simples consommateurs. Je suis peut être un peu extrémiste mais je pense que cela arrange tout le monde d’avoir des troupeaux de moutons à l’école, cela permet de ne pas remettre en question un système.

    bravo pour ce parcours et cet article.

  3. PierreGPasquiou
    13 mars 2012 - 18h03

    @Manuel Merci bcp !

    @Jérôme Merci également et le débat des écoles de commerce est plus complexe mais ce que tu dis n’est ni complètement vrai ni complètement faux. C’est un très large débat qui fait, et continuera, à faire couler beaucoup d’encre. Il faut tjs être prudent quand on parle de ça, j’ai eux plusieurs expériences de billets qui soulevaient ce sujet et qui entrainaient des réactions très violentes de la part des étudiants.

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