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Cité digitale : Bordeaux lance sa plateforme Je participe, entretien avec Michel Duchène

Anne-Laure Raffestin, le 8 décembre 2010

Je participe.comEn janvier dernier, la Ville de Bordeaux lançait une application iPhone dédiée à son agenda culturel, et proposait son site Internet en version smartphone. Ces projets s’inscrivent dans le cadre de « Bordeaux cité digitale« , un ensemble d’initiatives destinées à favoriser le développement du numérique, et à en explorer ses usages. Toujours novatrice, la municipalité de Bordeaux vient de lancer sa plateforme Je participe, pour favoriser la participation des habitants aux questions d’intérêt commun.

Sur cette plateforme, les bordelais sont invités à donner leurs avis sur divers sujets touchant à leur quotidien : en ce moment, les questions abordées concernent les pistes cyclables, les parents d’enfants de 3 à 11 ans, les nouveaux bordelais et l’engagement citoyen. Pour participer, il suffit de s’inscrire et de donner son avis. Beaucoup d’informations seront ensuite consultables.

J’ai donc interviewé Michel Duchène, Adjoint au maire chargé de la cité numérique entre autres, pour approfondir la vision de la Ville de Bordeaux concernant l’utilisation du numérique dans la vie politique de la cité.

  • Nous vous avions rencontré en janvier dernier, lors de la sortie de l’application iPhone et du site en version mobile. Quelles ont été les retombées de ces deux opérations depuis ?

Ca marche bien, très bien même. Ca va dans le sens que nous souhaitions. Nos nouveaux enjeux, maintenant : créer des lieux de mutualisation numérique. Nous allons sûrement ouvrir notre centre-ville, une sorte de pépinière numérique. Nous avons lancé un certain nombre d’opérations, nous allons en lancer d’autres. En ce moment, nous suivons particulièrement l’opération « Clic et déclic » contre la fracture numérique sur le quartier des Aubiers. Tout ce que nous avons lancé fonctionne plutôt bien avec une forte participation. La plateforme de concertation (je participe.com) démarre tout juste et déjà nous sentons de bons retours. Tout se passe bien !

  • Quel est l’objectif de cette plateforme ? Faire participer l’ensemble des citoyens aux décisions ?

Oui, dans la mesure où les habitants de Bordeaux demandent de participer aux projets, de ne pas se retrouver confrontés à des projets tout ficelés, tout préparés, tout pensés ; ils veulent vraiment participer. Un autre problème, pour lequel le numérique est un outil extraordinaire, c’est le niveau d’information et de formation de chacun. Pendant une réunion de concertation, on n’a pas toujours la possibilité de présenter des plans, on n’a pas toujours le temps de débattre, d’aller vraiment dans le fond du dossier. L’intérêt du numérique, c’est qu’on peut mettre à disposition de l’ensemble des habitants d’une ville, d’une région ou plus généralement de l’ensemble des personnes concernées, des documents de très grande qualité, qui parfois restent cadenassés dans des bureaux par des fonctionnaires qui n’ont pas toujours la volonté de les présenter au plus grand nombre. Les habitants pourront ensuite étudier ces documents dans la tranquillité de leur domicile. Ils sont chez eux, ils ont le temps, ils ont le moment qu’ils ont défini. On ne leur impose pas un cadre, une date, un horaire. Ils peuvent les étudier, ils peuvent les comparer, se renseigner. Enfin bref, ils peuvent travailler sur le document et à partir de là, se doter d’une position personnelle, autonome. On développe l’autonomie des individus, on développe aussi la connaissance des dossiers, mais surtout, on développe un savoir commun à l’ensemble des participants de cette concertation. C’est essentiel, car à partir de là, on peut avoir un débat très équilibré avec des gens formés et informés, qui prendront peut-être une position différente de celle de la mairie, mais qui sera une position de qualité. Il ne s’agira pas d’une position en réaction, mais une position en participation.

Je participe.com

  • Pourquoi avoir fait le choix de développer un outil nouveau, une plateforme entièrement autonome, plutôt que de se servir de réseaux déjà existants ?

Nous avons été les premiers en France en 1995 à créer les conseils de quartier, qui ne sont pas des petites réunions de concertation mais de vrais conseils de quartier. Nous avons un savoir et une histoire. C’est à partir de ce savoir et de cette histoire que nous avons développé le site jeparticipe.com, parce que nous voulions donner un nouveau souffle à la participation bordelaise. Il nous semblait que parfois, dans les conseils de quartier, on rencontrait un peu les mêmes personnes. Et nous n’arrivions pas à contacter les personnes qui, pour différentes raisons, ne venaient pas aux conseils de quartier : est-ce que c’est lié à l’âge, est-ce que c’est lié au temps, est-ce que c’est lié au travail, est-ce que c’est lié aux horaires… On sent bien qu’une partie de la population nous échappait. Le numérique est pour nous un moyen de contacter et de faire participer des personnes qui, peut-être, voire sûrement, ne seraient pas venues à nos réunions de concertation. Par exemple, pour un couple qui rentre du travail avec deux enfants en bas âge, ce n’est pas évident de faire garder les enfants et de les faire venir aux réunions.

  • Une fois les concertations terminées sur jeparticipe, la mairie prendra une décision en fonction des résultats ?

Tout dépend des questions, tout dépend des thèmes, mais globalement contrairement à ce que peuvent penser certaines personnes, la participation est vraiment très nettement mise en cause. J’ai connu des projets reportés, j’ai connu des projets modifiés, j’ai connu des projets annulés. Et le Net, par la participation d’un nombre beaucoup plus important parfois que dans les réunions de concertation, permettra à l’évidence de faire nettement évoluer les projets. C’est un message à faire passer : la concertation a un impact sur la vie politique, notamment sur la politique urbaine.

  • Comment se déroule le travail sur le numérique, au sein de la ville ?

Il y a une équipe numérique qui s’appuie sur les différentes administrations concernées par le projet ou la question de la concertation. Ca peut le service des sports sur les problèmes sportifs, l’urbanisme sur l’aménagement d’une place ou d’un éco-quartier, ça peut être la culture sur la vision que l’on a de la culture de proximité, ou sur de grands aménagements, ou sur d’autres thématiques comme l’architecture, la densité. Par exempl, il faut vraiment que l’on ait un débat sur la densité des hauteurs. Jeparticipe.com est un bon moyen, peut-être pas de trouver une solution définitive, (il faut se méfier du meilleur des mondes, et de la cité idéale) mais de faire avancer la culture commune, et de faire avancer un certain nombre d’idées qui ne se concrétiseront peut-être pas. Tout ceci crée une évolution intellectuelle.

Le site Je participe

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