flagInternet est un formidable espace de liberté. Déjà à l’époque du fameux modem 56k aussi bruyant qu’un moteur de tondeuse (la fameuse offre illimitée AOL à 99 francs), les possibilités offertes par cet outil faisaient rêver. Une dizaine d’années, 177 millions de noms de domaine et 58% des foyers connectés plus tard, les promesses ont été tenues. La connaissance et la communication sont à portée de clics : apprentissage d’une langue étrangère, informations d’actualité, sources scolaires, communication, logiciels en ligne… Le web est devenu un outil du quotidien, utilisable depuis nos téléphones, notre travail, notre domicile.

Mais un si grand espace de liberté connait forcément un revers de la médaille. Le village se fait global, la capacité des autorités à contrôler le réseau est forcément limitée. La psychose a donc augmenté aussi vite que le nombre de connections. Internet servirait également à apprendre à construire des bombes, à parier en ligne, à structurer des organisations mafieuses et terroristes et, pire que tout, à pirater des films et de la musique. La lutte contre ces dérives a donc pris forme. Les gouvernements mettent en place des opérations pour protéger les entreprises et les internautes. Ces derniers sont toutefois souvent réticents à toute forme de contrôle. A quelques jours de l’examen de la loi Hadopi, voici donc quelques exemples de ce qui se passe à l’étranger (et en France).

  • Australie

access L’initiative du gouvernement australien partait d’un bon sentiment. Pour protéger les australiens (et plus particulièrement les enfants), il a été décidé de mettre en place un système de filtrage pour censurer les sites illégaux et ceux aptes à choquer les plus jeunes. Les fournisseurs d’accès seraient obligés de bloquer une liste noire de sites inappropriés. Mais plusieurs problèmes se posent : le débit serait fortement ralenti pour les utilisateurs, 1% des sites bloqués le seraient par erreur, le dispositif est onéreux, dur à mettre en place et facile à détourner… Au-delà de çà, les internautes et associations de consommateurs s’élèvent contre un choix unilatéral. Ce dispositif de censure, le premier dans un pays occidental, a été mis en place sans consultation préalable. Et surtout, dans l’esprit collectif, ce serait ouvrir la porte à un contrôle de l’information, synonyme de liberté amputée. Vu sur le Twitter de latruffe, un outil a été mis en place pour sensibiliser les internautes. Proposez un lien, le site vous fournira une version censurée de la cible. Voici un exemple avec mon blog. Le message d’avertissement suivant apparaitra :

access denied

Au final, le projet est sans cesse repoussé, et ne verra peut-être même pas le jour, ses faiblesses étant trop nombreuses…

Ressources

EcransEn route vers un « Internet plus sûr »
No clean feedStop Internet Censorship in Australia

  • Nouvelle-Zélande

black La Nouvelle-Zélande a essuyé les plâtres de la riposte graduée avec la section 92a. Cela aurait pu être le titre d’un film de série B, mais il s’agit d’une loi visant à suspendre les abonnements des internautes s’adonnant à des activités illégales en ligne. Le piratage en tête de gondole bien sûr. Un front de révolte a rapidement vu le jour. Des manifestations, une pétition (18 000 signataires) et un blackout du web néo-zélandais ont été mis en place. Cette ferveur populaire a été couronnée de succès, puisque l’application de cette loi a été repoussée, avant d’être peut-être purement et simplement annulée.

Ressources

Creative freedomJoin the Internet Blackout
NumeramaLa Nouvelle Zélande suspend la riposte graduée au dernier moment !

  • Chine

chine La Chine est l’exemple le plus flagrant en matière de censure. La Grande Muraille pare-feu de Chine interdit ainsi l’accès à de nombreux sites jugés dissidents par les autorités locales. Cette régulation du web en fonction de la politique nationale est radicale : plusieurs dizaines de milliers de censeurs veillent. Certains acteurs majeurs se prêtent même au jeu. Les 300 millions d’internautes chinois (dont plus de la moitié bloguent) ont donc une vision (au sens propre) du web bien différente de la notre… Un plugin Firefox, China Channel, vous permet de surfer comme si vous étiez sur place. C’est instructif, n’hésitez pas à essayer. L’indignation internationale avait été forte au moment des Jeux Olympiques, elle semble retombée depuis. Le problème ne se limite de toutes façons pas au domaine du web…

Ressources :

Reporters sans frontièresVoyage au coeur de la censure
Rue89JO: la Chine censure Internet, et le fait savoir
The inquirerLa censure Internet se renforce en Chine

  • France

blackout Et la France dans tout çà ? Si vous ne vivez pas coupé du monde, vous avez entendu parler de la loi Hadopi et de son application : riposte graduée aboutissant à la suspension de la connexion Internet. Critiquée par bon nombre d’acteurs du web, d’internautes et même d’hommes politiques, elle sera examinée par l’Assemblée nationale le 10 mars prochain. Après avoir abandonné l’idée d’une licence globale, le gouvernement se lance donc dans la répression, soutenu par l’industrie du disque et du cinéma. Son application est jugée hasardeuse par beaucoup, onéreuse et compliquée à mettre en place. Le collectif La quadrature du net a lancé un appel au blackout, comme en Nouvelle-Zélande. Mais cette fois, il ne s’agit pas de fermer totalement les sites, mais d’y afficher les couleurs noires. Nous verrons si cela se révèle efficace.

Ressources

PCinpactDénoncer en quelques clics les contenus illicites
La quadrature du net - « riposte graduée » ? HADOPI ? « Création et Internet » ?
AccessOwebDébat participatif géolocalisé en temps réel contre l’Hadopi
Génération NTRiposte graduée : la France seule en Europe ?
EcransCombien va réellement coûter la loi Création et Internet ?

Au final, de nombreuses tentatives de contrôle du web par des acteurs du gouvernement ont été accueillies froidement par les internautes, qui n’ont pas hésité à manifester leur mécontentement. Cette pression populaire a parfois fonctionné. L’avenir nous dira ce qu’il adviendra de la loi Hadopi et de l’application qui en sera faite. De nombreuses questions se posent : comment réguler les contenus accessibles ? Vers quel modèle évoluer pour satisfaire à la fois l’industrie du divertissement et les internautes ? Où finissent les libertés individuelles et où commence le besoin de contrôle ? Le web va encore évoluer dans les prochaines années, l’interventionnisme des gouvernements et la mise en place d’autorités de contrôle également. L’absence de dialogue ne servirait qu’à créer des incompréhensions. Un équilibre doit donc être trouvé. Et vous, comment voyez-vous le web de demain ?

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