Le web, un espace de liberté ? Un peu trop aux goûts de certains. Si les internautes du monde entier n’ont pas mis longtemps à découvrir les possibilités offertes par le réseau, les gouvernements ne l’entendent pas de cette oreille. Le manque de contrôle fait peur, surtout quand les possibilités de filtrer l’information qui passe se font rares. Chacun cherche sa stratégie pour contrer au mieux les pirates et autres rebelles du web. La Chine y va franco, bloquant les recherches et les sites qui ne respectent pas sa ligne éditoriale (pour ainsi dire). L’Italie a passé un grand pas dans la répression, en interdisant à ceux qui ne disposent pas d’une autorisation ministérielle de publier des vidéos sur les sites de partage. Un coup dur pour les contributeurs actifs du User Generated Content qui fait les affaires d’un Silvio Berlusconi attaqué de toutes parts. L’Australie n’est pas en reste, avec un projet de filtrage des sites Internet à la source, une loi qui coûterait cher et instaurerait un contrôle étatique du web. Et c’est sans compter la projet ACTA, équivalent mondial de la LOPPSI et d’Hadopi combinés, qui prévoirait une coupure du web aux personnes qui ne respectent pas les droits de la propriété intellectuelle et l’accès aux informations personnelles sans contrôle d’un juge.

concours hadopi

En France, beaucoup ont vu en Nathalie Kosciusko-Morizet la solution au clivage politiques/internautes. Nos dirigeants ont encore un retard dans la compréhension des usages, l’inconnu faisant peur, la répression guettait donc forcément. L’arrivée d’une personne compétente en matière de web à un poste à responsabilités offrait de belles perspectives. Mais sa récente double prise de position (obligée ?) sur la Taxe Google et la Loppsi a fâché les geeks. Pour rappel, la Taxe Google concernerait les grands acteurs de l’Internet (Facebook, Google, Microsoft, Yahoo!…) et les imposerait en fonction de leurs revenus publicitaires. Une manière d’aider une industrie culturelle incapable de suivre le mouvement… La Loppsi (Loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure), elle, est une loi un peu fourre-tout qui concerne aussi bien la sécurité routière que les renseignements et Internet. Parmi les volets croustillants, l’obligation pour les FAI de bloquer une liste de sites interdits (çà ne vous rappelle rien ?) mais surtout la possibilité pour les services policiers de s’introduire par tous les moyens possibles sur les ordinateurs de personnes concernées par certains types d’enquêtes. La traque de la pédophilie est l’excuse avancée, cheval de Troie permettant d’ouvrir les portes d’une société de surveillance jusque là taboue. Le spectre de Big Brother a fait bondir plus d’un internaute averti… Le tout devrait coûter 2,5 milliards d’euros sur 5 ans. Rien que çà !

Dans un climat à peine radouci depuis les discussions autour de la loi Hadopi, liberticide et dépassée avant même son application, cela ne fait guère réagir que les geeks, blogueurs et autres groupes minoritaires d’internautes avertis. Les multiples déconvenues autour de ce projet pour le moins controversé ne remettent bien sûr rien en cause. La facilité de contournement du dispositif non plus. Et la neutralité du net est encore une fois remise en cause… Sans parler d’un Internet à deux vitesses qui se développe.

black out

Comment réagir et faire entendre sa voix ? Les réactions sont timides en France. En Australie, une loi de type Loppsi est sur le point de passer. La mobilisation est en marche, avec un Blackout de prévu du 25 au 29 janvier, à l’instar de l’initiative prise en Nouvelle-Zélande l’année dernière. Le principe ? Afficher un écran noir sur son site à cette période pour sensibiliser les visiteurs au problème. L’avenir nous dira si cet Internet Blackout sera efficace. Si c’est le cas, cela pourra donner des idées à d’autres…

Loin de moi l’idée de prendre une quelconque position politique. Mais la tournure des évènements doit nous pousser à prendre du recul et à analyser ce qu’il se passe. Les principaux concernés par ce type de mesures sont bien sûr les internautes, à eux de faire entendre leurs droits ! Et surtout de s’informer sur ce qu’il se passe. De nombreuses initiatives sont prises actuellement aux plus hauts niveaux dans de nombreux pays. Cela commence à ressembler à une tendance de fond… Et si la liberté du web n’était bientôt plus qu’un vague souvenir ? A quand une déclaration des droits de l’homme sur Internet ?

Aller plus loin :

Le filtrage c’est bon, mangez-en
Le site Internet Black out
Loppsi, taxe Google : NKM veut éviter le divorce avec les geeks
Projet de loi Loppsi 2 sur Internet : Filtrage, fichage et piratage à tous les étages
Italie : vidéos sur le Web sous contrôle de l’État ?
Les 3 royaumes : Google, la Chine et les internautes
ACTA : le traité secret qui pourrait changer la face d’internet

Source image 1 : concours de détournement du logo Hadopi sur PCinpact