10 solutions pour soigner votre tweet-addiction, par Jean-Paul Oury

Nous travaillons actuellement avec Benjamin Romei de Vendeesign sur un ebook collaboratif sur Twitter. Une trentaine de participants pour une somme de textes sur les pratiques, les outils, les usages… que ce soit pour le grand public, l’entreprise ou les journalistes. Un très bel ebook qui s’annonce ! Mais le projet a pris un peu de retard alors, pour nous faire pardonner, en voici un avant-goût avec un article sur l’addiction à Twitter, écrit par Jean-Paul Oury, pour vous faire patienter ! Vous pouvez également (re)lire le premier ebook : Tirer le meilleur parti de Twitter

Jean-Paul Oury est consultant en e-reputation chez Image et Stratégie. Spécialiste de la communication de crise sur Internet, il est titulaire Phd en histoire des sciences et technologies. il a écrit La Querelle des OGM (PUF, 2006). Vous pouvez le suivre sur son compte Twitter ainsi que sur son blog.

Après avoir mené une petite enquête sur le Web, j’ai trouvé une grande quantité de billets et de tests divers qui parlaient de l’addiction à Twitter, mais aucune méthode pour soigner cette pathologie. Il y a quelques temps, j’ai soigné mon addiction à Facebook en me mettant à Twitter. Je me suis donc amusé à imaginer une solution pour soigner cette nouvelle addiction qui est bien plus forte que la précédente (Je me suis rendu compte de la forme aigüe de mon addiction lors de mes dernières vacances. Arrivé à l’autre bout du monde dans un hôtel paradisiaque, logé dans une chambre avec vue sur mer, j’ai été extrêmement angoissé à l’idée de ne pas avoir de WiFi. Un nœud s’est dénoué dans ma gorge quand j’ai reçu les codes d’accès de la réception : j’allais enfin pouvoir tweeter une photo à mes followers).

1. L’abstinence

Comme pour toute addiction, allez-y doucement. Ne forcez-pas les choses. De la même manière que vous êtes venu progressivement à Twitter, vous allez devoir en sortir pas à pas. Commencez par vous forcer à passer une heure sans tweeter. Je ne vous cache pas que pour cela vous devez être armé d’une volonté à toute épreuve. Ce qui ne vous empêche pas de mettre en application quelques petits trucs et de saisir les opportunités qui se présentent. Profitez du fait que vous avez une grosse présentation à rendre de toute urgence pour ne pas lancer votre client Twitter habituel. Si vous avez une envie pressante, évitez de prendre votre Blackberry ou votre iPhone aux toilettes. Si vous ne résistez-pas, ouvrez simplement un onglet dans votre browser et connectez-vous sur le site Twitter (non non, Nambu ou Tweetdeck c’est interdit !!!!). Avec un peu de chance, la page s’ouvrira avec la baleine. Si ça n’est pas le cas, la lourdeur des opérations (même sur la nouvelle version) vous dissuadera de virevolter. Tenez-bon. Vous avez résisté une heure sans Twitter ? C’est bien. Accrochez-vous et réitérez l’opération le lendemain. Au bout de dix essais concluants, vous êtes mûr pour la journée. A ceux pour qui l’opération semble trop difficile, je leur conseillerais de tenter l’exercice lors d’un moment important dans leur vie : mariage, enterrement, naissance d’un premier enfant…. Si vous êtes croyant, se raccrocher aux fêtes religieuses peut sacrément aider. Rosh Hashana, le Carême, ou le Ramadan peuvent être de bonnes occasions fantastiques pour s’abstenir de tweeter. Si toutefois vous sentez votre volonté faiblir ou si vous rechutez, passez à la méthode forcée.

2. L’isolement

Une démarche « semi-forcée » peut être un pis-aller à la démarche volontaire. Il est certain que s’arrêter de soi-même sans que l’on n’ait été obligé de rien est toujours mieux, mais bon parfois, il faut savoir faire de nécessité vertu. Donc rendez-vous un week-end à la campagne avec de très bons amis. Choisissez un trou perdu où « ça ne capte pas » et où le WiFi signifie en patois local rien d’autre que le fiston du Wi (on se comprend !).

N.B. : partez avec des friends de Facebook et non des followers pour ne pas être tenté. En guise de substitution, vous pourrez encore leur placer en direct quelques commentaires sous les photos qu’ils prendront de vous.

Essayez de partir au moins une semaine. Si jamais en revenant vous vous rattrapez en vous connectant une journée entière pour tweeter l’ensemble de vos vacances et relisez le fil de la semaine passée, ce qui risque fort d’arriver, alors, vous venez d’échouer. Passez à la méthode forte : le dégoût.

3. Dégoûtez-vous de vos « followings »

Tout le monde se rappelle du Capitaine Haddock dans Tintin et les Picaros. Tournesol avait trouvé la pilule miracle pour le dégoûter à vie de son whisky le barbu. Vous pouvez donc, de la même manière, trouver quelques solutions pour vous dégoûter de Twitter. Commencez par follower tous les trolls que vous trouvez. Les bots qui retweetent les #lol, les #ptdr et les #j. Les ados qui racontent leur vie « J’ai trop la win ce matin ». Les influents qui se la racontent en balançant des « Salut les gens » le matin et des « Sur ce, je vous laisse, je vais dormir » le soir. Vous prenez le métro en période de grève ? Suivez les comptes des syndicats. Vous êtes célibataire ? Trouvez un ou deux couples qui tweetent en amoureux: « Chérie t’as sorti la poubelle ce matin ? », « Non mon amour, c’était ton tour ». Les twittos qui font 140 fautes au tweet. Les racoleuses aux shorty url chelous qui vous proposent 250 twitpics d’elles. Rajoutez quelques fils en serbo-croates et d’autres en japonais. Vous allez vite être dégoûté de votre #TL. Mais le travail n’est accompli qu’à moitié. Malgré tous vos efforts, vous vous rendez-compte que Twitter a encore un intérêt pour vous : vos followers. Voici une manière de les liquider.

4. Dégoûtez vos followers

Rien de plus facile que de perdre des followers. Ouvrez un petit #tweetclash contre vos meilleurs amis ou contre quelques blogueurs influents. Prenez-vous Eolas entre quatre tweets et démontrez-lui que ses billets ne valent pas un RT ou mieux qu’il devient commercial ces derniers temps. Vous tweetez habituellement pour une communauté heavy-metal ? Balancez-leur les derniers tubes de Justin Bieber et de Katy Perry. Vous faites partie de la sphère très fermée des #leftblogs ? Tweetez à tour de bras le lip dub de l’UMP et chantez les louanges de Sarko, Besson, Woerth sans oublier de RT chacun des tweets de @NK_M et @fred_lefebvre. Vous tweetez habituellement des versets de la Bible ? Racontez des histoires de fesses…. Je ne vais pas vous faire un dessin : vous savez certainement mieux que quiconque ce qu’il faut faire pour chasser vos followers. Oui, mais voilà : Twitter est un moulin à vent et la natwure a horreur du vide. Vous allez voir apparaître une nouvelle communauté : celle des fans de Bieber… bien plus nombreuse que celle des fans de Metallica. Et là saurez-vous résister à l’appel du RT ? Imaginez que vos « tweets » à contre-courants vous en rapportent plus et multiplient par deux ou trois votre communauté de followers… Vous voilà reparti à la case départ. Sortez les bonnes vieilles méthodes.

Addiction twitter

5. Le patch

Le fameux patch anti-Twitter. Comme il n’existe pas encore sur le marché et que je ne suis pas moi-même développeur pour lancer demain une application qui vous insulte chaque fois que vous tweetez ou qui transforme vos 140 signes en une bouillie incompréhensible, j’ai conçu une idée de patch artisanal. Rendez-vous dans une papeterie (si si ça existe encore !) Achetez un bon vieux calepin des familles et un crayon. Et chaque fois que vous avez une idée à tweeter, notez-la simplement sur une feuille de votre cahier. Attention, astreignez-vous à respecter les règles! N’oubliez pas de recopiez les RT et les shortlinks et comptez les 140 signes par vous-mêmes : ahah ! On fait tout de suite moins les malins. Mais le clou du spectacle : à la fin de la journée, prenez votre calepin et relisez-vous. Les tweets s’envolent mais le papier reste. Si vous trouvez que tout ce que vous avez écrit ne valait pas la feuille de votre calepin, alors vous venez de faire un premier pas. Par contre, si vous êtes fier de vous, alors c’est que la méthode a échoué. Il faut sortir l’artillerie lourde. La campagne de pub anti-Twitter !

6. Tu t’es vu quand tu tweetes ?

Il est clair que si vous en êtes arrivé à ce stade, cela veut dire que vous ne pouvez pas vous en sortir par vous-même. Il vous faut sérieusement une aide extérieure. Qui d’autre que l’Etat est capable de vous soutenir ? Car là il faut mettre les grands moyens et lancer une grosse campagne de publicité. Donc voilà, c’est parti coco. On lance l’appel d’offre : réaliser une campagne nationale qui montre les ravages de Twitter sur la jeunesse. Le slogan qui tue « Tu t’es vu quand tu tweetes ? ». Au hasard, un truc bien glauque qui montre des apprentis blogueurs qui tweetent des infos qu’ils n’auraient même pas vérifiées et qui déclenchent la 3ème guerre mondiale, des jeunes en train de tweeter et qui se suicident juste après ou encore, ou, encore mieux, un innocent qui tweete dans un coin et sans le savoir chaque tweet envoyé, c’est un arbre qu’on abat en forêt avec tout le texte légal qui va avec pour les équivalents carbone…. Et puisque tous ces mots ne peuvent avoir un impact sur vous que si on leur donne une déclinaison physique, notre agence va enfoncer le clou en organisant une grande campagne comportementale.

7. La mise à l’amende façon taxe carbone

Comme nous le rappelle le site Green IT, un employé de Twitter a évalué la consommation électrique d’un tweet à approximativement 90 joules, soit 0,025 Wh. Twitter génère donc 1 tonne de CO2 chaque jour soit 20 allers-retours Paris-Londres en avion. Qu’à cela ne tienne, il suffit d’imposer une taxe carbone sur chaque tweet et vous mettre à l’amende en le forçant à racheter votre addiction en équivalent carbone. Voici donc une méthode qui risque de faire mal à votre porte-monnaie. Mais, après tout, peut-être que vous êtes un écologiste convaincu et que vous êtes trop fier de pouvoir racheter vos tweets et dédommager ainsi la nature…. D’ailleurs vous militez pour l’environnement dans chacun de vos tweets. Donc c’est justifié de la même manière que les litres de kérosène de Yann Arthus Bertrand. Dans ce cas, je ne vois plus qu’une solution pour vous.

8. La twhérapie de groupe

Ca y est, vous y êtes. Vous vous levez de votre chaise pour prendre la parole devant l’assemblée

– Bonjour je m’appelle @guykawasaki

Le groupe
– Bonjour @guykawasaki
– Ca va être difficile pour moi de faire moins de 140 signes car j’ai tellement à raconter sur mon addiction…
Le twhérapeute
– Ne t’inquiètes-pas, Guy, ici tu peux te lâcher…. On est en mode Friendfeed. Si tu veux, au début, tu peux même t’aider avec un tweetlonger.
– Oui c’est sympa, mais je préférerais y arriver par moi-même….
Le twhérapeute
– On te comprend Guy, on est tous passé par là un jour et ça fait mal. Mais vas-y explique-nous ce qui t’amène ici.
– Et bien en fait, je me suis rendu compte que ça faisait quatre ans maintenant que je passais ma vie sur Twitter au rythme continu d’un tweet tous les quart d’heures.
Le groupe
– Humpfffff … Ca doit être dur….
Pendant ce temps, @guykawasaki en train de mettre sa main à la poche pour saisir son iPhone, le coach qui se précipite sur lui.
– Non Guy, pas ici, pas maintenant devant les autres, résiste…. tu es plus fort que ça….
– Bah quoi, je suis juste en train de checker ma présence parmi vous sur Foursquare…

addicted

9. La séance au sanatorium

Le problème de toute thérapie de groupe, c’est qu’elle vous laisse seul face à vous-même le soir. Rien ne vaut par conséquent de se faire interner dans un sanatorium. Au hasard, prenons… Lindsay Lohan. Il paraîtrait que la starlette accro à Twitter s’est faite interner dans une clinique spécialisée. Et oui, la réalité passe toujours la fiction. Mais on est en droit de douter qu’étant donné l’ampleur du trou de la sécu, le gouvernement français décide de prendre en charge l’hospitalisation des milliers de Français accros à Twitter. Pourtant Facebook a bien son Monsieur Apéro Facebook…. Pourquoi Twitter n’aurait-il pas le sien. Cela mérite réflexion non ?

10. Le Grenelle de la tweet-addiction

Voici donc la solution finale à tous les problèmes d’addiction. Quand on a un phénomène de société qu’on ne réussit pas à résoudre, dans notre cher pays, on fait un Grenelle. Donc la voilà la solution à votre tweet-addiction. Les plus grands spécialistes et des politiques qui vont se réunir en conciliabule pour réfléchir à des solutions sur votre appétence pour cet outil issu de la mondialisation sauvage… Et vous allez voir ce que vous allez voir ! Toute une série de mesures radicales et innovantes :
– La nomination d’un métwiateur de la République
– Mise en place d’une commission sur la tweet-addiction
– Ouverture des salles de Tweets où les gens trouvent des gens à qui parler de leur addiction
– Mise en place d’un Télétwon afin de financer le séquençage génétique des accros à tweeter afin de mieux les soigner…
– Etc, etc….

Et si avec tout cela vous n’avez pas trouvé le moyen de soigner votre pathologie, alors je ne vois plus qu’une solution pour vous : continuez à vous envoyer vos 14000 signes par jour (140 signes X 100 tweets) ou plus si vous pouvez, et surtout prenez-y le plus de plaisir possible !

Crédits photo : Despair et chrstphre, The Oatmeal

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Commentaires

  1. tetatutelle
    20 octobre 2010 - 2h34

    Je ne ferai en réponse que la réaction préférée de ce « sacré Jean Paul Oury lui-même : ahahahahah ! »

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